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Les ventes de mauvais goût

Par Aurélie Romanacce · L'ŒIL

Le 21 novembre 2016 - 444 mots

Après la vente aux enchères des cendres de l’écrivain Truman Capote le 26 septembre dernier à Los Angeles, retour sur un curieux phénomène : les ventes d’objets de mauvais goût.

L’adage veut qu’à chacun ses goûts. Il est toutefois des objets qui témoignent d’un attrait douteux. La vente aux enchères, le 24 septembre 2016, d’un rouleau de papier toilette dans la très sérieuse maison de ventes irlandaise Whyte’s en fait indubitablement partie. L’estimation comprise entre 80 et 100 euros peut d’abord faire sourire. Pourtant, son adjudication à 290 euros prend rapidement une dimension scabreuse quand on apprend que le fameux rouleau de la marque Edelweiss était destiné aux soldats nazis de la Seconde Guerre mondiale. Car s’il est un marché de très mauvais goût qui rassemble de nombreux amateurs prêts à mettre le prix fort, c’est bien celui des objets ayant appartenu aux dignitaires nazis. La preuve en est avec cette vente retentissante des effets personnels de hauts responsables du IIIe Reich, le 18 juin 2016. Dans l’ensemble des lots mis en vente par la maison Hermann Historica à Munich, une veste d’uniforme d’Hitler fut adjugée 275 000 euros à un collectionneur argentin. Entre polémique et bonnes affaires, ces objets d’un goût suspect assurent une publicité tapageuse aux maisons de ventes et des revenus souvent importants.

Aussi choquantes soient-elles parfois, ces ventes de mauvais goût ne datent pas d’hier. Près de quarante ans en arrière, une vente aux enchères à l’hôtel Drouot était consacrée au… pénis de Napoléon ! Le fameux organe, désigné sous le terme de « tendon » par manque d’authentification, a fait l’objet de plusieurs transactions sous le manteau avant de connaître le son du marteau de l’hôtel des ventes de Drouot. Vendu une première fois dans un lot de souvenirs en 1916 à un éditeur anglais Maggs & Co puis racheté en 1924 par le docteur Rosenbach pour 2000 dollars, le lot comprenant le précieux tendon sera acquis pour la somme de 35 000 dollars par Bruce Gimelson en 1969. Si l’organe impérial fait recette cette année-là, ce ne sera pas le cas lors de la vente consacrée à Napoléon le 26 octobre 1977 à Drouot. Le lot 54 intitulé « cheveux, tendon et poils de barbe » sera acquis par le médecin et urologue John K. Lattimer pour la « modique » somme de 3 000 dollars. Peut-être parce que la fameuse relique, lors de son exposition en 1927 au Museum of French Art de New York, fut décrite à l’époque dans la presse comme « un bout maltraité de lacet en peau de daim », « une anguille ridée » et un « morceau de bœuf séché ».

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°696 du 1 décembre 2016, avec le titre suivant : Les ventes de mauvais goût

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