Dimanche 25 février 2018

Les peintres allemands sortent leurs griffes

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 21 septembre 2007

Les prochaines expositions de Saatchi voudraient consacrer les nouvelles écoles allemandes. Les deux prochains volets de « The Triumph of the painting » révèlent les artistes allemands des écoles de Leipzig et de Dresde, intronisés aussi chez les collectionneurs Don et Mera Rubell et Rosa et Carlos de la Cruz à Miami. Cette nouvelle fournée de peintres issus de l’Allemagne réunifiée explose sur le marché depuis 1998.

Originaire de Leipzig, l’artiste Neo Rauch est la grande star du moment. Son travail multiplie les références à l’histoire de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres sur un mode onirique. En 1996, un tableau valait autour de 20 000 euros à la galerie Eigen Art. Aujourd’hui, il faut plutôt compter entre 140 000 et 180 000 euros. Des prix liés à la stratégie de rétention de la galerie et à la faible production de l’artiste qui peint une vingtaine de tableaux par an. Dans la foulée de ce quadragénaire dont Saatchi ne semble posséder aucune pièce, les jeunes peintres de l’école de Leipzig se sont agrégés en 2000 en collectif autour de Tilo Baumgärtel, Martin Kobe, Tim Eitel et David Schnell. Deux ans plus tard, cette phalange inaugure à Berlin sa propre galerie, baptisée Liga. Ces artistes développent une peinture narrative, parfois hyperréaliste, à l’exception de Martin Kobe, attaché à un univers abstrait et architecturé. En voulant se démarquer de l’objectivité de la photographie allemande, dominante dans les années 1990, ces artistes ne révolutionnent pas la peinture. Un constat qui n’empêche pas leurs prix de quadrupler en trois ans. Les trois peintures de Martin Kobe que la galerie Dogenhaus présentait sur la foire Art Cologne en octobre 2003 se sont vendues chacune autour de 4 000 euros. De tels tableaux se négocient actuellement autour de 12 000 euros, les grands formats
taquinant les 20 000-25 000 euros. Il est toutefois peu probable que les prix de ces jeune artistes talonnent ceux d’un Neo Rauch, même si leur production, très réduite, est cadenassée par les galeries.

Un nouveau feu de paille ?
Une inflation des prix s’observe aussi pour des peintres plus abstraits de Dresde comme Thomas Scheibitz et Frank Nitsche. En 1999, il était encore possible de les trouver pour moins de 10 000 euros. Les prix de Nitsche varient actuellement de 15 000 à 25 000 euros à la galerie Nathalie Obadia. L’offre étant volontairement modérée et la demande exponentielle, les prix en ventes publiques ne cessent d’enfler. En novembre 2003, la première peinture de Scheibitz passée en vente décrochait 50 000 dollars chez Christie’s. En mai dernier, un autre tableau fusait à 88 000 dollars.
En marge de ces groupes plus ou moins informels, se détachent quelques figures isolées comme
Daniel Richter et Jonathan Meese, à l’affiche du second volet de « The Triumph of painting ». Les prix de Jonathan Meese, lequel emprunte beaucoup à la brutalité des expressionnistes, ont doublé en deux ans. Le galeriste Daniel Templon a récemment vendu un de ses grands triptyques pour 30 000 euros au Fonds national d’art contemporain.
Certains voient dans cette école la relève des Young British Artists. D’autres brandissent l’épouvantail des nouveaux fauves, peintres allemands des années 1980 dont la vogue ne fut qu’un feu de paille. « S’agirait-il d’un rebond orchestré par le marché allemand, très nationaliste, soutenu lui-même par
le marché américain », s’interroge la conservatrice Christine Macel.
La réponse semble évidente.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°569 du 1 mai 2005, avec le titre suivant : Les peintres allemands sortent leurs griffes

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