Jeudi 20 septembre 2018

Les musées français font leurs emplettes

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 22 octobre 1999 - 652 mots

Les quelque 500 lots d’archéologie méditerranéenne dispersés les 30 septembre et 1er octobre par François de Ricqlès, assisté de l’expert Jean-Philippe Mariaud de Serres, ont séduit collectionneurs et musées. La vente a réalisé un produit total de 11,2 millions de francs, frais compris, dépassant le résultat de l’automne 1998 (environ 8 millions de francs). Quatorze pièces ont été préemptées, dont six pour le département des Antiquités orientales du Louvre.

PARIS - Neuf mois après l’exposition des “Portraits de l’Égypte romaine” au Louvre, deux saisissantes représentations dites “du Fayoum” étaient mises en vente à Drouot. Les multiples ouvrages et articles publiés en début d’année sur cette période longtemps éclipsée par l’Égypte pharaonique n’ont pas fait flamber ces portraits, qui se sont vendus à des prix raisonnables, au niveau ou en dessous de leur estimation. Le premier, le buste d’un homme barbu aux cheveux châtains, vêtu d’une tunique blanche, a été adjugé 130 000 francs ; le second, une femme habillée d’une tunique rouge, parée d’un collier et de boucles d’oreilles, 160 000 francs, contre une estimation de 280-300 000 francs.

Les plus belles enchères sont allées à deux statues égyptiennes de grande taille (160 et 120 cm) datant de l’Ancien Empire, Ve et VIe dynasties. Estimées 300-350 000 francs, ces pièces en bois ont toutes deux trouvé preneur à 630 000 francs. Une stèle en calcaire de la même époque – une fausse porte gravée en son centre d’un dignitaire assis devant une table d’offrande – a été acquise à 190 000 francs. Le magnifique bas-relief figurant probablement Meretaton, fille du roi Akhenaton, a toutefois été ravalé. Cette pièce d’époque amarnienne, qui illustrait la couverture du catalogue de la vente, était estimée 400-450 000 francs.

De beaux résultats ont salué la dispersion des pièces d’art grec : 80 000 francs pour une statuette en terre cuite du IIIe siècle av. J.-C., une femme penchée en avant, se regardant dans un miroir posé sur ses genoux ; 260 000 francs pour un casque de type italo-corinthien doté de couvre-joues gravés de sangliers. La statuaire romaine a également bien tiré son épingle du jeu. Ainsi, une tête de Vénus en marbre blanc bien conservée (Ier-IIe siècle) a fait 170 000 francs, et une statue fragmentaire de la même époque représentant un Silène debout en appui sur son outre, 150 000 francs. Une charmante Diane chasseresse acéphale, vêtue d’une tunique courte laissant découvert son sein droit, a cependant été adjugée 210 000 francs, moitié moins que son estimation haute.

Des pièces d’art étrusque, on retiendra le candélabre tripode en bronze et feuille d’argent (fin du Ve siècle-début du IVe av. J.-C.), parti à 140 000 francs. Au sommet du fût trône une statue d’Apollon tenant par l’épaule un éphèbe, alors que le pied est orné de pattes de félin. Nettement plus ancien, un vase conique sumérien en calcite beige (IIIe millénaire av. J.-C.), portant une procession de quatre taureaux en relief, s’est vendu 100 000 francs.

Quatorze préemptions
Quatorze pièces ont été préemptées, dont six pour le département des Antiquités orientales du Louvre, parmi lesquelles un ensemble de sept plaquettes en terre siliceuse décorées de hiéroglyphes, XXVIe dynastie, (150 000 francs), et une plaquette gravée en bois et stuc doré, XVIIIe dynastie, où le scribe Imenmes offre eau et encens à son dieu tutélaire, Thot, représenté sous la forme d’un ibis (52 000 francs). La Bibliothèque nationale de France a préempté trois lots pour le Cabinet des médailles, dont une bague en or sertissant une intaille, art romain, Ier siècle (4 500 francs). Le Musée de Rochefort a enrichi ses collections d’une momie de chat (52 000 francs), un travail égyptien d’époque romaine issu des collections du célèbre Rochefortais Pierre Loti, tandis que le Musée de Châteaudun jetait son dévolu sur deux pièces égyptiennes, dont une table d’offrande en basalte noir (16 000 francs). L’État dispose d’un délai de réflexion de quinze jours pour confirmer ces préemptions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°91 du 22 octobre 1999, avec le titre suivant : Les musées français font leurs emplettes

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