Les musées face à l’explosion du marché

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007 - 551 mots

« On reçoit toujours les catalogues de vente. Ce sont comme des boîtes de bonbons qu’on ne peut pas acheter. » Tel est le constat de Jean- Patrice Marandel, conservateur du Los Angeles County Museum of Art (LACMA), dans un article récent du Los Angeles Times. Face à la flambée des prix en art contemporain, les musées semblent souvent hors-jeu. Avec respectivement des budgets d’acquisition de 1,6 million et 660 000 euros en 2006, le Musée national d’art moderne (MNAM) et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris (Mamvp) ne peuvent croiser le fer avec les gros collectionneurs. Le tout, pour eux, est d’acheter avant inflation. Le MNAM a pu acquérir en 2003, via sa société des amis, un tableau de Thomas Scheibitz pour 22 000 euros. Bien lui en a pris, du moins sur le plan financier, puisqu’en mars 2006, une toile a décroché le record de 307 200 dollars chez Christie’s. Ironiquement, le prix de certains artistes grimpe à la suite d’une exposition muséale. Il n’est qu’à voir l’attachement qu’accorde le Kunst Kompass (qui classe chaque année les artistes) aux lieux où sont exposés les artistes de son palmarès.
L’exposition peut toutefois être un levier propice à l’achat. Après avoir présenté Christopher Wool l’été dernier, le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg a pu négocier un tableau à un prix avantageux. « Pour les galeries et les artistes, les musées sont des lieux refuges. Ils savent qu’on ne peut pas revendre, donc spéculer. De fait, ils ont toujours fait des prix aux musées », indique Fabrice Hergott, ancien directeur du musée strasbourgeois qui vient de prendre la direction de Mamvp. La connivence avec les créateurs s’avère aussi porteuse. « Parfois, une acquisition s’accompagne d’un don comme ce fut le cas avec Wim Delvoye, Cildo Mereiles et Jean-Marc Bustamante », souligne Alfred Pacquement, directeur du MNAM.
Les musées doivent surtout opter pour des chemins de traverse face à l’uniformisation des ventes publiques. En la matière, Sotheby’s et Christie’s n’ont pas fait assaut d’originalité dans celles de février à Londres. Tous deux ont mis Warhol et Lichtenstein en première et dernière de couverture de leurs catalogues. Chacune affiche aussi un Mao de Warhol et une anthropométrie de Klein… « Nous allons là où le marché ne va pas, observe Philippe Vergne, directeur adjoint et conservateur en chef du Walker Art Center à Minneapolis. Voilà une dizaine d’années, nous avons commencé à acquérir des pièces du groupe Gutaï, puis des actionnistes viennois. Avec les artistes, nous préférons la concentration à l’échantillonnage, ce qui nous permet d’avoir une distance critique vis-à-vis du marché. » Les musées américains misent aussi sur la philanthropie. Toutefois, le système ingénieux du don fractionnel, qui permet aux collectionneurs de reverser tous les ans un pourcentage de l’œuvre à une institution, s’avère discuté par l’administration de George W. Bush.
Outre-Atlantique, les musées ont trouvé une dernière astuce pour acheter : ils revendent ! Courant 2007, la Albright-Knox Art Gallery, à Buffalo, dispersera chez Sotheby’s sa collection d’antiquités chinoises et de tableaux anciens pour se porter sur l’art contemporain. Cette procédure de deaccessioning ne risque pas encore d’atteindre la France. Le souvenir amer de la vente du Trésor de Saint-Denis à la Révolution française et celle des bijoux de la Couronne en 1887 cultivent heureusement les réticences.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Les musées face à l’explosion du marché

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