Les meilleures enchères françaises de 2002

Les peintures anciennes et modernes ont atteint des sommets, contrairement au mobilier

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 20 décembre 2007

Sur le marché parisien, l’année 2002, ponctuée de quelques records, aura couronné la peinture ancienne, confirmé la tenue des prix des beaux tableaux modernes et salué quelques autres chefs-d’œuvre. Le mobilier classique, qui a sans doute plus souffert de la morosité économique que d’autres spécialités, est resté, à une exception près, en retrait de ce palmarès.

1/ 4 596 340 euros, Le Marché au Minho, 1915, Sonia Delaunay (1885–1979) (record mondial pour l’artiste), peinture à la cire sur toile, signée et datée en bas à droite, 92,5 x 127,5 cm ; provenance : collection privée, France (acquise directement auprès de l’artiste), vendu le 14 juin, Drouot-Richelieu, Calmels-Cohen.

Ce tableau est l’œuvre la plus importante que l’artiste ait peinte au Portugal, où elle a loué une maison avec son mari à Vila do Conde dans la vallée du Minho. Elle y a poursuivi les recherches entreprises à Paris depuis 1913 sur la décomposition de la lumière. Il existe deux versions de ce tableau. La seconde, une peinture à la cire de 1916 dont la composition est plus épurée, est au Musée national d’art moderne, à Paris, depuis sa donation par l’artiste en 1963. La technique de la cire est complexe, mais elle permet aux couleurs de garder leur vibration. “J’ai essayé d’exprimer la lumière, la richesse et la force des couleurs des femmes, des légumes et des fruits […], pour finalement me concentrer sur un seul sujet – le marché grouillant de vie, de couleurs, gens, bêtes, légumes, avec le pays dominé par un viaduc sur la hauteur”, a noté Sonia Delaunay. La toile a été adjugée dix fois son estimation.

2/ 3 656 000 euros, Amphore de type du vase lustré de l’Alhambra de Grenade (record mondial pour une céramique européenne et pour une céramique islamique), haut.  115 cm, Andalousie, art hispano-mauresque, XIVe siècle ; provenance : amiral d’Estournelle de Constant, château des Aygulades ; collection Stora et Heilbronner, vendue le 17 juin, Drouot-Richelieu, Rieunier, Bailly-Pommery.

Cette pièce en terre cuite coulée en relief et émaillée, à panse ovoïde, présente une base conique et un col évasé en corolle hexagonale, deux anses en “ ailerons de requin “. Son décor tapissant émaillé en bleu de cobalt sur fond blanc est identique sur les deux faces. Une frise épigraphique en écriture cursive délimite les registres inférieur et supérieur de la panse. La forme de ce vase est similaire au “vase de l’Alhambra”. Sa technique et son décor, proches des tinajas exécutés à Tolède et en Andalousie, permettent de localiser son origine au sud de l’Espagne, probablement au royaume de Grenade dont Abul Hajjaj I (Yusuf) et Abul Ajjaj II furent les souverains, de 1333 à 1354 pour le premier et de 1386 à 1392 pour le second.

3/ 2 805 000 euros, Bouquet de tulipes et de roses dans un vase posé sur un entablement, Ambrosius Bosschaert l’Ancien (Anvers, 1573-1621) (record français pour l’artiste), cuivre, 23 x 17 cm, vendu le 18 décembre, Drouot-Richelieu, Piasa (Picard, Audap, Solanet, Velliet).

Cette nature morte inédite au vase de fleurs est une redécouverte dans l’œuvre de l’artiste. Ambrosius Bosschaert l’Ancien est considéré comme l’un des précurseurs de la nature morte en Europe et le créateur de l’école de Middelbourg dont la famille Bosschaert (avec Johannes, Ambrosius et Abraham le Jeune), Balthasar van der Ast, Christoffel van den Berghe et Johannes Godaert sont les illustres représentants. Cette école aura une influence considérable sur la représentation florale en Hollande.

4/ 2 693 000 euros, Paris, le quai Malaquais, vers 1872-75, Pierre Auguste Renoir (1841-1919), huile sur toile, signée en bas à droite, 38 x 46 cm ; provenance : coll. Georges Viau, vendue le 21 juin, Drouot-Richelieu, Piasa (Mes Picard, Audap, Solanet & associés).

Les thèmes parisiens sont rares et recherchés dans l’œuvre de Renoir. Trois tableaux figurent dans des musées américains : Le Pont Neuf (1872) à la National Gallery à Washington, La Vue de l’Institut et le Pont des Arts (1867-1868) au Norton Simon Museum à Pasadena (Californie) et Les Grands Boulevards (1875) au Philadelphia Museum of Art.

5/ 2 470 000 euros, Marie l’acrobate, 1933, Fernand Léger, huile sur toile, signée et datée, 97 x 130 cm ; succession Olga Carré (ancienne collection Louis Carré), vendue le 9 décembre, hôtel Dassault, Piasa et Arcurial-Briest-Poulain-Le Fur.

Cette belle toile figurative sur fond monochrome fait partie, avec La Grande Julie, des œuvres majeures où Léger introduit des formes rectangulaires qui dynamisent la composition, contrastant avec un personnage statique aux formes arrondies et situé à gauche. À cette époque, Léger libère l’objet de toute contrainte et crée le “Nouvel Espace” en dispersant les objets de façon dynamique – ici, un porte-manteau, en opposition avec les personnages. En outre, Marie l’acrobate est l’un des premiers tableaux de Léger introduisant le thème du cirque.

6/ 1 978 000 euros, Le Disque rouge, 1919, Fernand Léger, huile sur toile signée et datée, 65 x 56 cm ; succession Olga Carré (ancienne collection Louis Carré), vendue le 9 décembre, hôtel Dassault, Piasa et Arcurial-Briest-Poulain-Le Fur.

Cette toile, au graphisme tubulaire rappelant celui de Malévitch, appartient à la période mécanique (1918-1921) de l’artiste. Cette période extrêmement féconde est l’un des temps forts de sa carrière. Ses tableaux y portent tous les signes de la modernité naissante : la machine, transportée en élément plastique – ici, sous la forme du disque –, et la ville, thèmes emblématiques de cette époque chère à Léger, sont tous deux présents dans le Disque rouge. Par un jeu savant de lignes et de courbes, de formes simplifiées, un modelé dans les tons purs, Léger traduit dans cette œuvre une sensation de dynamisme et de puissance en faisant abstraction de l’espace.

7/ 1 491 000 euros, 46 estampes dont la série complète des Trente-six vues du mont Fuji, vers 1830-1835, Katsushika Hokusaï (1760-1849) ; collection Huguette Berès, vendues le 27 novembre, galerie Charpentier, Sotheby’s.

Considérée comme un chef-d’œuvre, la série des Vues du mont Fuji, qui a établi la renommée d’Hokusaï, apparaissant pour la première fois complète en vente publique, fut publiée à Edo (Tokyo) dans les années 1830-1835 par l’éditeur Nishima Yohachi. Elle comprend les trente-six vues dont La Vague à Kanagawa, une image universellement connue, une superbe épreuve du Fuji par temps d’orage à contours bleus dans un premier tirage, et les dix estampes supplémentaires montrant le Fuji vu de l’autre versant, qui furent publiées à la suite du succès des 36 vues.

8/ 1 395 000 euros, Composition à l’escalier, 1925, Fernand Léger, huile sur toile, signée et datée, 65 x 92 cm ; succession Olga Carré (ancienne collection Louis Carré), vendue le 9 décembre, hôtel Dassault, Piasa et Arcurial-Briest-Poulain-Le Fur.

Cette belle composition architecturale de Léger est caractérisée par l’utilisation de formes géométriques fortement structurantes, de couleurs posées en aplats, et par un espace clos. Christian Zervos écrit dans les Cahiers d’art en 1933 : “1925-1926 sont les deux années où Léger accomplit définitivement sa peinture statique […]. Ses peintures d’alors ne rompent plus avec l’architecture, comme à l’époque dynamique, mais s’associent intimement avec elle […]. C’est une des périodes les plus réussies de Léger.”

9/ 1 328 000 euros, mobilier de salon d’époque Louis XVI, estampille de Jean-Baptiste Boulard, 16 décembre, Paris, Christie’s.

Il s’agit du mobilier de salon provenant du cabinet intérieur de la reine Marie-Antoinette au château des Tuileries. L’ensemble est composé d’un canapé, de deux bergères, six fauteuils, un écran de cheminée et une chaise, en hêtre mouluré, finement sculpté et peint en blanc, avec un dossier à la reine en anse de panier richement sculpté d’un rang de perles et bordé de rais de cœur, des accotoirs rattachés au dossier par une agrafe feuillagée – les montants d’accotoirs émergeant d’une feuille d’acanthe, la ceinture également ornée de perles et de rais de cœur reposant sur des pieds fuselés et cannelés surmontés d’une rosette feuillagée et sculptés de feuilles d’acanthe. La garniture de soie brochée à fond ivoire et liseré vert d’eau, usée, date de la fin du XIXe siècle.

10/ 1 295 000 euros, Bellevue, 1899, Paul Signac (1863-1935), huile sur toile signée et datée, 73 x 92 cm, vendue le 3 juin, hôtel Dassault, Piasa et Arcurial-Briest-Poulain-Le Fur.

Ce tableau se place parmi les œuvres enchanteresses de Signac. La Seine coule ses eaux majestueuses au sortir d’un écrin de verdure. Au premier plan, la végétation composée de milliers de touches de toutes les couleurs répand ses ondes lumineuses, tandis que les reflets aquatiques amènent le regard à se perdre dans les brumes rosées et bleues du lointain. Historiquement, le lieu est d’importance : Bellevue a vu défiler un cortège d’artistes de la fin du XIXe siècle, à l’exemple de Manet, Rodin, Renoir et Sisley.

11/ 1 161 000 euros, Portrait de la comtesse de Latour-Maubourg, Rome, 1841, Théodore Chassériau (1819-1856) (record mondial), huile sur toile signée, située et datée, 132 x 94,5 cm ; provenance : les descendants de la comtesse de Latour-Maubourg, acquis par le Metropolitan Museum de New York le 27 juin, galerie Charpentier, Sotheby’s.

L’artiste n’a que vingt et un ans lorsqu’il exécute en Italie cet important portrait qui forme avec deux autres conservés au Louvre un groupe homogène dans le style de son ancien maître Ingres. Le tableau n’est pas vraiment du goût des collectionneurs privés, qui préfèrent davantage les œuvres romantico-orientalistes de l’artiste. Il était logique que l’œuvre intègre les collections d’une grande institution.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°163 du 24 janvier 2003, avec le titre suivant : Les meilleures enchères françaises de 2002

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