Vendredi 19 octobre 2018

Art déco

Les maisons de ventes se mobilisent

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 avril 2004 - 937 mots

Beaucoup d’objets et peu de meubles dans les grands rendez-vous de la spécialité du mois de mai à Paris.

 PARIS - Les ventes d’arts décoratifs du XXe siècle du mois de mai affichent plus d’objets que de meubles. Patente chez Sotheby’s, cette inversion des propositions se confirme auprès des autres acteurs. La verrerie représente la moitié des 150 lots de la vente de Camard & associés. Chez Christie’s, sur 74 lots, on ne relève qu’un petit tiers de meubles. La raréfaction des poids lourds de l’Art déco aidant, l’Art nouveau fleurit dans les catalogues de Camard et de Sotheby’s. La verrerie 1900 semble sortir de sa convalescence comme le prouve le succès d’une collection de 170 objets Art nouveau chez Piasa le 23 mars. Le centenaire d’Émile Gallé et l’intervention récente des Russes et des Japonais ne sont pas étrangers à ce retour en force.
Après les 350 lots de Boisgirard, dont un vase Huit perruches de Lalique (est. 25 000-30 000 euros) le 5 mai, Camard donne le coup d’envoi le 14 mai avec un catalogue un peu maigre, comportant seulement un tiers de pièces Art déco. À l’affiche, un lit (12 000-15 000 euros) et deux chevets (8 000-10 000 euros) de Pierre Chareau, conservés depuis vingt-cinq ans dans une collection parisienne. Cet ensemble ne relève toutefois pas du Chareau moderniste qu’apprécie le marché, mais d’un modèle en bois plus classique. Notons aussi un mobilier de chambre à coucher de Gallé en marqueterie florale pour 25 000 euros. « La marchandise est difficile à sortir. En cinq jours, je peux faire 3 500 kilomètres pour chercher les objets », confie Jean-Marcel Camard, dont 40 % des lots viennent de province.
La vente de Sotheby’s du 17 mai est plus engageante. On repère pour 150 000-200 000 euros un vase Roses de France en verre multicouche vert pâle de Gallé, provenant de la collection Madeleine Jourdan-Barry, dont Sotheby’s avait cédé des pièces d’orfèvrerie en décembre 2002. « C’était un modèle très difficile à réaliser. Neuf fois sur dix, ces pièces claquaient à la cuisson », rappelle Jean-René Delaye, spécialiste de la vente. Issue de la même collection et toujours de Gallé, une lampe Aristolochia s’offre pour 350 000-450 000 euros. Une pièce similaire, mais cassée, n’avait pas trouvé preneur chez Christie’s Genève le 11 novembre 1990 sur une estimation de 100 000-150 000 francs suisses. De Jean Goulden, on remarque pour 50 000-60 000 euros une grande coupe en argent massif, la base décorée d’émail champlevé jaune. En prévision peut-être d’une future brèche dans le design, la queue de la vente comprend des sièges d’Alvar Aalto, un peu déplacés dans le contexte.

Table avec certificat
La sélection de Christie’s  du lendemain offre une tonalité plus Art déco. La couverture du catalogue arbore pour 25 000-35 000 euros un panneau décoratif de Gustave Miklos vers 1925. Un paravent de Jean Dunand de 1928 se démarque pour 80 000-100 000 euros. Provenant de la famille d’Armand-Albert Rateau, une paire de chenets en forme de félins antiquisants affiche l’estimation de 90 000-120 000 euros. Christie’s avait déjà cédé le 7 juin 2001 une autre paire, moins belle que celle-ci, pour 150 000 dollars (176 728 euros). « Cette vente était moins difficile à monter que celle de novembre, observe Cécile Verdier, du département Arts décoratifs du XXe siècle. En quantité et en qualité, on a vu beaucoup plus de choses, mais les gens ne sont pas toujours vendeurs, ou vendent plus tard. »
Dans la minuscule section des meubles, Christie’s déploie pour 130 000-160 000 euros un bureau d’Eugène Printz en bois de palmier et son fauteuil, proche de celui adjugé 227 000 euros chez Camard & associés le 22 octobre 2002. Pour éviter les déconvenues de novembre 2003 où l’auctioneer avait dû retirer une table basse de Paul Dupré-Lafon jugée fausse, un certificat de la famille accompagne une table avec un plateau en marbre brocatelle du Jura (est. 50 000-70 000 euros). Les quatre lots issus de l’atelier des frères Jan et Joël Martel laissent en revanche l’amateur sur sa faim.
Clôturant le marathon le 27 mai, la vente de Tajan ne faillit pas à sa réputation en présentant un large éventail de meubles. En guise de morceau de choix, on retrouve un bureau en palissandre et fer battu noirci de 1927 modèle MB 405 de Pierre Chareau (270 000-300 000 euros). La version réalisée pour Mallet-Stevens avait déjà été adjugée 1,8 million de francs en 1993 chez Poulain-Le Fur. La pièce phare est sans conteste le cabinet de travail personnel de Paul Dupré-Lafon comportant un bureau en poirier noirci, une lampe de Poul Hennigson, un fauteuil et une corbeille, l’ensemble pour l’estimation importante de 450 000-500 000 euros.
Au niveau des objets, on relève une psyché d’Albert-Armand Rateau en trois éléments pour 160 000-180 000 euros. Un modèle similaire avait été ravalé à 80 000 euros le 3 décembre 2003 chez Fraysse et Associés. Contrairement au miroir proposé par Tajan, sa décoration en bronze était incomplète.

- Le 5 mai à 14 heures, Boisgirard, Drouot-Richelieu salle 1, 9 rue Drouot, 75009 Paris, tél. 01 47 70 81 36. - Le 14 mai à 14 h 30, Camard & associés, Drouot-Richelieu salle 1, tél. 01 42 46 35 74. - Le 17 mai à 14 h 30, Sotheby’s, 76 rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris, tél. 01 53 05 53 05. - Le 18 mai à 19 heures, Christie’s, 9 avenue Matignon, 75008 Paris, tél. 01 40 76 83 58. - Le 27 mai à 20 heures, Espace Tajan, 37 rue des Mathurins, 75008 Paris, tél. 01 53 30 30 30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°192 du 30 avril 2004, avec le titre suivant : Les maisons de ventes se mobilisent

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