Mardi 18 décembre 2018

Art précolombien

Les enchères reprennent leur cours

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 12 mai 2010 - 639 mots

Après avoir été entravées par des actions judiciaires à répétition, assorties de saisies conservatoires à la demande d’États d’Amérique latine, les ventes publiques d’art précolombien redémarrent. Les premières vacations sont organisées en mai et en juin, à Paris et à New York.

PARIS/NEW YORK - Entre 2003 et 2008, des pays d’Amérique latine n’ont eu de cesse d’entraver le marché de l’art précolombien par des actions judiciaires à répétition, assorties de saisies conservatoires d’objets à l’occasion de ventes publiques françaises. Après des années de procédures, les vendeurs vont pouvoir recouvrer leurs biens de plein droit.

« Les décisions rendues sont défavorables aux États réclamant les objets précolombiens et ce, quelle que soit la forme prise pour revendiquer l’action (procédure civile, pénale ou commission rogatoire dans le cadre de conventions d’entraide entre États) », rapporte Me Jean-Paul Chazal, avocat de plusieurs vendeurs, victimes de saisies avant vente. Il est aussi intervenu comme conseil du Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires) pour faire valoir l’intérêt général de la profession de commissaire-priseur, particulièrement malmenée par ces saisies, même si elles sont pratiquées à titre conservatoire.

Les pays demandeurs invoquaient leur propre législation en prétendant être propriétaires de tous les biens archéologiques issus de leur territoire. Ils ont été déboutés par les tribunaux français, car la loi applicable est la loi française, soit celle du pays où se situent les biens. De surcroît, les propriétaires des biens sont présumés de bonne foi.

Les États plaignants se révèlent incapables de renverser cette présomption. Ils ne fournissent aucun fait précis pouvant lier les objets revendiqués à un vol ou un pillage. L’affaire s’arrête donc là. Fortes d’une jurisprudence constituée en réponse à tous les cas de figure, les maisons de ventes repartent confiantes sur ce marché, « toujours avec le même sérieux quant à l’origine et la traçabilité des objets », insiste l’expert Jacques Blazy. Trois belles ventes sont programmées à New York et à Paris, en mai et juin.

Pedigree prestigieux
La trentaine de lots d’art précolombien de la collection Kerchache, qui avait été saisie le 12 septembre 2008 à Drouot (dont des figures de pierre olmèques, de Guerrero et de la région de Teotihuacan), sera présentée à nouveau, après la levée des scellés, lors de la vente du 14 juin organisée par la SVV Binoche. De plus, seront offerts un ensemble de jades du Costa Rica (pendentifs et amulettes estimés entre 1 500 et 4 000 euros) et un magnifique masque maya en mosaïque de jade (300 à 600 après J.-C.) au pedigree prestigieux, estimé 40 000 euros. Auparavant, le 31 mai à l’Atelier Richelieu, la maison de ventes parisienne Gaïa présentera la collection américaine de Tim Misenhimer.

Elle comprend un couple Jalisco en terre cuite, estimé 70 000 euros ; une statue aztèque en céramique du dieu Xipe Totec, estimé 38 000 euros ; une palma du Veracruz en basalte à effigie animalière, estimée 28 000 euros ; une sculpture du Veracruz en terre cuite représentant le vieux dieu du feu Huehueteotl, estimée 10 000 euros ; ou encore un rare autel aztèque en pierre qui était destiné à recevoir les cœurs des sacrifiés, estimé 22 000 euros.

Quant à la maison Sotheby’s dont les ventes ont été parfois perturbées aux États-Unis pour les mêmes raisons qu’en France, elle présente une importante vente le 14 mai à New York. Parmi les lots phare, on notera une statue en terre cuite El Zapotal du Veracruz, représentant un jeune guerrier assis, estimée 125 000 dollars (100 000 euros) et un rarissime « sniffer » haïtien en bois de culture Taino, estimé 80 000 dollars (63 000 euros). Ce dernier objet, dont on ne connaît que deux autres exemples dans le monde, pourrait intéresser le Musée du quai Branly qui a déjà acquis aux enchères, à Paris, deux pièces Taino, en 2008 chez Binoche.

SOTHEBY’S

Expert : Stacy Goodman
Estimation : 1 million de dollars (785 000 euros)
Nombre de lots : 67

SVV GAïA

Expert : Éric Geneste
Estimation : 1 million d’euros
Nombre de lots : 113

SVV BINOCHE- RENAUD-GIQUELLO

Expert : Jacques Blazy
Estimation : 700 000 euros
Nombre de lots : 120

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°325 du 14 mai 2010, avec le titre suivant : Les enchères reprennent leur cours

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