Dimanche 18 février 2018

Analyse

Les « eighties » reviennent au galop

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2008

Pour les amateurs de people, Roman Abramovitch et Brad Pitt étaient les superstars de la foire de Bâle (lire p. 27).

Mais pour ceux qui regardaient davantage les cimaises des stands que les visages dans les allées, les guest stars se nommaient Keith Haring, Julian Schnabel, Jon Kessler ou Ashley Bickerton. Longtemps vouées aux gémonies, associées à la « flambe » des yuppies de Wall Street et à l’impérialisme cynique des années Reagan, les eighties reviennent au galop !
Le revival se révèle payant. Une heure après le vernissage, les tableaux d’Ashley Bickerton étaient tous vendus sur le stand de la galerie Lehmann-Maupin (New York). Ce peintre longtemps décrié arborait même des prix consistants, entre 75 000 et 90 000 dollars ! Julian Schnabel sort aussi du purgatoire, grâce sans doute à la popularité de ses films. La galerie Sperone-Westwater (New York) proposait pour 450 000 dollars une grande pièce récente, intitulée Theory of relativity, inspirée des divinités indiennes. « Ses prix sont plus importants que dans les années 1980. Ils ont doublé ces cinq dernières années », indique David Leiber, directeur de la galerie Sperone-Westwater. Lors de son exposition chez Gagosian à Los Angeles en février dernier, ses grands tableaux se sont vendus en un tour de main dans une gamme de prix allant de 600 000 à 1 million de dollars. De telles transactions ont permis de revaloriser d’autres œuvres plus anciennes, notamment la série des assiettes brisées. Autre grand retour, celui de Jon Kessler, à l’honneur sur Art Unlimited avec une installation baptisée Blue Period inspirée par Guy Debord, et pour laquelle Arndt & Partner (Berlin) réclamait 280 000 dollars. On voyait aussi des œuvres plus « domestiques » autour de 20 000 dollars chez l’Allemand Hans Mayer (Düsseldorf). « Depuis deux ans et demi, les gens le redécouvrent, grâce à l’exposition au PS1 (New York), puis chez Harald Falckenberg à Hambourg et ensuite à Louisiana au Danemark. Lorsque j’ai fait une exposition personnelle dans ma galerie voilà un an et demi, Falckenberg a tout acheté. Mais ses prix restent raisonnables par rapport à la qualité des expositions qu’il a eues », observe Hans Mayer.
L’embardée la plus impressionnante s’observe surtout pour Keith Haring. Le galeriste new-yorkais Jeffrey Deitch présentait à Bâle un tableau de 1984 traité en or et émail noir pour 1,2 million de dollars. Son confrère Tony Shafrazi réclamait, quant à lui, la somme délirante de 6 millions de dollars pour une très grande bâche représentant un chien sautant à travers un homme. De son côté, le marchand Per Skarstedt (New York) a vendu plusieurs pièces de son exposition à New York au-delà de 2 millions de dollars. « Quand on voit les prix de certains dessins de 1981-1982 de Haring dans les ventes de New York, cela ne semble pas plus exagéré qu’un autre artiste, observe le galeriste parisien Jérôme de Noirmont. Voilà trois ans, on demandait le quart des prix actuels. Mais le marché a changé et le type de clientèle aussi. Avant, il intéressait un public new-yorkais plus “branché” mode, alors que maintenant ce sont plutôt des grosses pointures de l’art moderne et contemporain qui l’achètent. L’audience est devenue aussi plus internationale. » Si internationale que cet artiste populaire a même séduit la famille royale d’Abou Dhabi.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°284 du 20 juin 2008, avec le titre suivant : Les « eighties » reviennent au galop

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