Bijoux

Les diamants sont-ils éternels ?

Le Journal des Arts

Le 23 juin 2010

Les résultats décevants des grandes ventes de bijoux de Saint-Moritz en février font craindre une baisse durable sur le marché.

SAINT-MORITZ - Les résultats décevants des ventes de bijoux chez Sotheby’s et Christie’s à Saint-Moritz en février ont-ils été simplement une fausse note dans un marché qui avait miraculeusement évité la crise, ou sont-ils le signe avant-coureur d’un sérieux repli ?

À première vue, les produits de vente sont honorables. Les 18 et 19 février, Sotheby’s a enregistré un résultat de 23 264 975 francs suisses (94 millions de francs), contre 35 805 805 francs suisses lors de sa vente de février 1993 et 24 150 730 l’année précédente. Les 16 et 17 février, Christie’s avait même obtenu son meilleur résultat à Saint-Moritz : 22 200 000 francs suisses, soit 27 % de plus qu’en 1993. Mais les pourcentages de vendus en termes de valeur, en revanche, sont inquiétants : respectivement 54 % et 60 %, à comparer avec 91 % et 77 % lors des mêmes ventes l’année dernière.

À la veille des plus récentes ventes, les responsables de Sotheby’s et de Christie’s trahissaient un manque de confiance d’autant plus étrange que les résultats enregistrés lors des ventes de Genève, en novembre 1993, avaient été triomphaux. Les raisons de l’incertitude sont multiples. Premièrement, le marché de l’art reste traumatisé par le krach des tableaux modernes du début des années 90. En plus, les experts en pierres précieuses s’étaient mis à douter de la capacité du marché à absorber une accumulation importante de grosses pierres, et de ce fait ont refusé bon nombre de diamants importants.

Un autre facteur qui aurait perturbé les ventes est le fait qu’elles se sont déroulées en plein ramadan, période pendant laquelle, dans le monde islamique, – d’où viennent tant de clients importants – l’activité économique connaît un inévitable ralentissement. Cette année, les deux plus grands acheteurs d’Arabie Saoudite ne se sont pas déplacés pour les ventes de Saint-Moritz, et leur absence s’est fait lourdement sentir.

Une autre raison qui explique le malaise des experts est le nombre élevé de pièces que l’on pourrait qualifier "d’industrielles", c’est-à-dire des copies de créations signées par un orfèvre, fabriquées dans le meilleur des cas en Italie, mais de plus en plus fréquemment en Extrême-Orient, principalement à Bangkok. Les experts de Sotheby’s et de Christie’s font état de pressions importantes exercées par les marchands pour faire accepter ce genre de bijou en vente.

Curieusement, les lots les plus convoités lors des récentes ventes furent ceux créés dans les matériaux les moins nobles : les bijoux de fantaisie créés par la princesse Luciana Pignatelli dans les années 70 et 80, qui ont figuré dans la vente de Christie’s. D’inspiration indienne, faites en grande partie de pierres semi-précieuses, ces pièces reflètent l’engouement pour cette période où les femmes préféraient porter des bijoux aux formes spectaculaires, sans grande valeur commerciale, mais dotés d’une grande originalité.
Les experts attendent maintenant les ventes du mois de mai à Genève pour voir si la tendance à la baisse se confirme.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Les diamants sont-ils éternels ?

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