Les dessins s’envolent au Salon comme à Drouot (part II)

Deux aquarelles de Gauguin triplent leur estimation

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 14 avril 2000

Parallèlement au Salon du dessin, deux ventes spécialisées étaient organisées à Drouot. Les très fortes enchères enregistrées marquent la bonne santé de ce marché, en forte croissance depuis trois ans. Plus de 98 % des 193 lots présentés le 31 mars à Drouot par l’étude Piasa ont été vendus, générant un produit total approchant les 30 millions de francs. L’étude Tajan, qui dirigeait le 29 mars une vente nettement moins riche, n’a cédé que 70 % des 250 lots proposés, pour un produit total de 3,4 millions de francs.

PARIS - C’était l’œuvre phare de la vente Piasa. Estimée 2,5 à 3 millions de francs, elle a triplé son estimation haute pour s’envoler à 9,4 millions de francs (8,5 millions sans les frais), quittant le territoire français en direction du Royaume-Uni. Ce sous-main de Paul Gauguin sur lequel étaient fixées deux aquarelles du peintre avait été peint en 1894 à Pont-Aven. Le XIXe siècle a été particulièrement à la fête lors de cette vacation, avec notamment plusieurs œuvres de Théodore Géricault et Eugène Delacroix. Paysan romain debout tenant un enfant dans ses bras, une aquarelle gouachée de Géricault, estimée 800 000 à 1 million de francs et reproduite en couverture du catalogue, a été emportée à 2,7 millions de francs, tandis que  Combat d’un lion et d’un tigre, trois études de tête de lion et une étude de patte était adjugé 1,2 million de francs. Un lavis d’encre, plume et encre de Chine d’Eugène Delacroix, Faust et Méphistophélès dans les montagnes du Harz, s’est vendu 1,4 million de francs, contre une estimation à 300-400 000 francs. Cette étude pour une des lithographies du Faust de Goethe a été publiée par Charles Motte en 1828, accompagnée de dix-sept illustrations exécutées par Eugène Delacroix. Belles enchères aussi pour des feuilles de Corot : Arbres dans les rochers avec personnages italiens, un dessin au crayon noir, a été adjugé 1,4 million de francs, et Torrent à Civita Castellana (1827), une plume et encre brune sur papier bruni, 210 000 francs. Une plume et encre brune de Jean-François Millet, le Prieuré de Vauville, est partie à 200 000 francs, et une aquarelle et plume noire de Daumier, les Saltimbanques, à 800 000 francs. Ces fortes enchères témoignent d’un marché soutenu pour les beaux dessins du XIXe siècle qui ne cessent de s’enchérir depuis trois ou quatre ans. Le marché du dessin XXe est tout aussi prospère, comme le montrent les 95 000 francs obtenus par une feuille de Renoir représentant une Femme, assise de profil. Les dessins d’André Dunoyer de Ségonzac sont beaucoup plus abordables. Une Femme nue assise, exécutée vers 1908-0910, a fait 19 000 francs et deux paysages datant des années vingt autour de 13 000 francs.

Un François Boucher à 800 000 francs
La vente organisée par l’étude Tajan, nettement moins riche en œuvres de qualité, a enregistré des prix moins élevés, à l’exceptions d’une sanguine et craie blanche de François Boucher, Femme nue couchée tournée vers la droite (ou Mademoiselle de... en habit d’été) qui a trouvé preneur à 800 000 francs. Le prix de cette feuille a doublé en l’espace de douze ans ; présentée le 30 mai 1988 à Drouot Montaigne, lors de la dispersion de la collection Polo, elle avait été adjugée 420 000 francs par Me Tajan. Deux femmes conversant dans un jardin, une petite feuille de Louis Carrogis, dit Carmontelle, s’est vendue 50 000 francs, et une aquarelle de Théodore Rousseau 110 000 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°103 du 14 avril 2000, avec le titre suivant : Les dessins s’envolent au Salon comme à Drouot (part II)

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