Art Cologne

Les dérives du gigantisme

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 18 novembre 2005

COLOGNE - Bouclant le marathon des foires d’octobre (28 octobre-1er novembre), Art Cologne avait quelque chose de ressourçant et d’exténuant à la fois après la fashion londonienne. En dépit d’un contexte peu sexy comme d’un éclairage désolant, on avait enfin plaisir à voir des œuvres, des vraies. Il y en avait d’ailleurs pour tous les goûts, du plus radical avec l’ensemble de vingt-huit dessins de Hanne Darboven (175 000 euros) chez Francesca Kaufmann (Zurich), au plus branché comme les dessins de Hernan Bas (6 000 euros) chez Sandroni.Rey (Los Angeles). On appréciait tout autant la parfaite cohérence du stand de Michel Rein (Paris) ou le courage d’une petite galerie iranienne, Elahe (Téhéran). « Si j’étais un collectionneur américain, je serais venu à Cologne, confiait Kate Zamet, de la galerie Ritter-Zamet (Londres). On peut acquérir de très belles œuvres, sans trop de concurrence, car les collectionneurs allemands ne se décident pas vite. » Certains professionnels l’ont bien compris, à l’image du Genevois Pierre Huber, lequel a acheté lors du vernissage deux pièces de Rudolf Stingel chez Schmela (Düsseldorf) ainsi que plusieurs dessins de Rosemarie Trockel. Nouveauté de cette édition, la section « Open Space » combinait harmonieusement des pièces aussi diverses que les peintures de Josh Smith, les photographies d’Elina Brotherus ou une sculpture de Thomas Hirschhorn. Cet « Art Unlimited » à échelle humaine avait surtout le mérite de remettre la notion d’œuvre au cœur de la foire.
Pour dénicher ces pépites, il fallait toutefois de l’énergie, tant les bonnes galeries étaient noyées dans l’immensité du salon et le maelström de structures faibles ou moyennes. En cela, Art Cologne a loupé le coche de son déménagement dans de nouveaux halls. Plutôt que de jouer la carte de la sélectivité, elle a basculé dans un gigantisme suicidaire.
Tout en perdant en route des poids lourds locaux comme Michael Werner et Gmurzynska (Cologne), la foire a compté une cinquantaine d’exposants supplémentaires. La direction du salon objecte qu’il est difficile de rejeter des enseignes allemandes promptes à lui intenter un procès en cas d’exclusion. Est-il pour autant nécessaire de garder des galeries coréennes de faible niveau ?

En quête d’un concept
Plus de rigueur dans la sélection aurait peut-être mobilisé les collectionneurs internationaux. À l’exception des membres de l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf), les amateurs étrangers se sont faits rares à Cologne. Et face au faible mordant des acheteurs locaux pour un art autre qu’allemand, la plupart des galeries étrangères ont invoqué un commerce plutôt mou. « Je ne suis pas désabusé, notait toutefois Hervé Loevenbruck (Paris). Les Allemands ne consomment pas comme dans une foire électrique. Art Cologne n’est pas un salon de retour immédiat. Il faut le travailler à long terme. » Si la manifestation n’a pas prise sur l’appétit des collectionneurs germaniques, elle peut en revanche peaufiner sa propre stratégie. Mieux, en trouver une. « L’année prochaine, Art Cologne aura 40 ans, rappelle Elizabeth Kaufmann. On devrait peut-être se demander pourquoi elle a été créée et lui trouver un concept fort. » Tout est dit.

ART COLOGNE

- Nombre de visiteurs : 72 000 - Dates de l’édition 2006 : 1er-5 novembre

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°225 du 18 novembre 2005, avec le titre suivant : Les dérives du gigantisme

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