Lundi 16 décembre 2019

Les chefs-d’œuvre d’une Parisienne

La vente Delubac devrait atteindre 12 à 15 millions de francs

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 27 février 1998 - 634 mots

Elle incarnait l’élégance parisienne et le raffinement, à la scène comme à la ville. À la suite de la disparition de Jacqueline Delubac, en septembre, peu de temps après la donation qu’elle avait faite au Musée de Lyon, l’étude Ribeyre-Baron dispersera le 21 mars, à Drouot Montaigne, un important ensemble de tableaux et de meubles lui ayant appartenu.

PARIS - Jacqueline Delu­bac, décédée à l’âge de 87 ans dans un stupide accident de la circulation, a été la troisième femme de Sacha Guitry, qui l’avait épousée en 1935 avant de lui offrir ses premiers grands rôles dans une dizaine de films, dont Désiré et le Roman d’un tricheur. Séparée de Guitry en 1939, elle a poursuivi sa carrière jusqu’au début des années cinquante, avant de se consacrer à deux de ses passions : la peinture et la mode. Égérie des grands couturiers, modèle d’élégance et de raffinement, incarnation de la Pari­sienne, Jacqueline Delubac était aussi une formidable collectionneuse, passion qu’elle partageait avec son dernier mari, Mirant Eknayan, un très riche diamantaire arménien qui était à la tête d’une fabuleuse collection de tableaux impressionnistes, parmi lesquels des Renoir, Manet, Gau­guin, Corot..., nombre d’entre eux ayant fait l’objet d’une donation au Musée des beaux-arts de Lyon en 1994. La comédienne préférait, elle, l’avant-garde. “Rien n’a jamais arrêté mes choix, et surtout pas la mo­querie”, disait-elle.

Jacqueline Delubac laisse à ses héritiers une importante collection de tableaux et de meubles, dont une partie sera mise en vente à Drouot Montaigne le 21 mars afin de payer les droits de succession. Cette vente rassemblera une quarantaine de lots, qui comprennent notamment une superbe huile sur toile de Kees Van Dongen, Le lit de la bonne, peinte en 1908 et estimée 4 millions de francs ; Tête aux yeux fermés, une huile sur carton de Georges Rouault, estimée 600 à 800 000 francs et un autoportrait de Marie Laurencin, daté de 1909, proposé à 500 000 francs. Viennent ensuite des bronzes de Rodin (Torse Iris à 250 000 francs ; Tête de luxure à 350 000 francs et Nu assis à 280 000 francs) et de Germaine Richier ; une œuvre de Fautrier, Tête d’otage (500 000 francs), une huile sur toile de Vieira da Silva, La ville (350 000 francs), et des œuvres de Poliakoff et Villon.

Quatre fauteuils Louis XV
Passion pour les tableaux modernes mais aussi pour le mobilier, chez Jacqueline Delubac. En témoigne ce secrétaire à doucines, en placage de bois de rose et amarante – travail de Montigny, reçu maître ébéniste en 1766 sous le règne de Louis XV –, estimé 1 million de francs. Sa partie haute est décorée de larges feuilles d’acanthe en bronze doré. Sur l’abattant, une figure de Junon tendant un bras vers l’aigle de Jupiter forme l’entrée de serrure. Les montants sont sertis de bronzes et décorés de volutes feuillagées dans leur partie haute. Le dessus est fait de marbre brèche.

Une suite de quatre fauteuils en bois naturel à châssis, d’époque Louis XV toujours, est estimée 2 millions de francs. Ce travail de Cresson, non signé, fait partie d’une série de huit fauteuils commandés par le marquis de Sourches pour le château d’Abondant, en Eure-et-Loir. Ces fauteuils présentent une curieuse découpe incurvée dans la partie centrale du haut du dossier, de façon à s’inscrire dans le dessin de la boiserie qui est, elle, conservée au Louvre avec deux marquises et une paire de canapés. D’autres marquises seront mises en vente, une agréable surprise pour les candidats acquéreurs. Ces pièces en bois doré, au dossier plat sculpté de fleurs, comportent une garniture de tapisserie au point de l’époque. Autre petit bijou : une paire de meubles d’appui en placage d’ébène d’époque Louis XIV, remontés sous Louis XVI. Quelques pièces intéressantes, témoins du bon goût d’une grande comédienne, collectionneuse et esthète.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°55 du 27 février 1998, avec le titre suivant : Les chefs-d’œuvre d’une Parisienne

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