Les cent ans du cabinet Bourgey

Trois générations, une triple célébration

Le Journal des Arts

Le 1 mars 1996

Le célèbre cabinet de numismatique de la rue Drouot fête son centenaire. Sabine Bourgey, la petite-fille du fondateur, raconte son aventure familiale et la passion d’une clientèle secrète et érudite.

PARIS - "Ma carrière ici est un mariage de raison, devenu passion." Assise sous le portrait de son grand-père Étienne, entourée de ses collections paternelles d’antiquités grecques, l’expert Sabine Bourgey représente la troisième génération d’une famille qui gère, depuis cent ans et dans les mêmes locaux, l’un des plus importants cabinets de numismatique en France. C’est chez Bourgey, au 7 de la rue Drouot, que Sacha Guitry a constitué sa collection de monnaies d’or de grande taille, tandis qu’André Breton y achetait des pièces gauloises, attiré par la grande fantaisie picturale de leurs motifs.

En direct à la télévision américaine
Le centenaire du cabinet Bourgey sera célébré cette année à travers trois événements. La mairie du IXe arrondissement, rue Drouot, juste en face du cabinet, abritera du 15 mars au 5 avril, dans un décor de Jacqui Deval, l’exposition Trésors, légendes et réalités, consacrée à quelques-unes des monnaies qui ont marqué l’histoire de la famille Bourgey. Parmi celles-ci, figure le trésor d’Arras, le plus grand amoncellement de monnaies romaines jamais trouvé en France, expertisé par Étienne Bourgey après sa découverte en 1922, ou encore celui de la rue Mouffetard, qui comprend des milliers de pièces d’or Louis XV, mis au jour en 1938 dans un immeuble voué à la démolition. Également dans l’exposition, des objets du Titanic : Sabine Bourgey a assisté en tant qu’expert à l’ouverture du coffre du paquebot, en 1987, en direct à la télévision américaine.

Un milieu exclusivement masculin
Aux Éditions de l’Amateur, paraît le livre de Sabine Bourgey, également intitulé Trésors, légendes et réalités, qui raconte l’histoire de nombreux trésors. Comme journaliste, entre 1988 et 1990, l’auteur a suivi de près la découverte de deux d’entre eux, enfouis dans des galions submergés au large des Bahamas et de la Floride. Le troisième événement sera constitué par la vente qu’organise l’Étude Oger-Dumont le 15 mars à Drouot, qui comprendra plus de 200 lots de monnaies, estimés entre 800 000 et 1 million de francs et expertisés par Sabine Bourgey (voir notre article sur les ventes de mars).
 
Membre de la Compagnie nationale des experts, munie d’un doctorat de troisième cycle, de licences de droit et d’histoire, Sabine Bourgey est entrée en 1983 dans le cabinet familial, dont elle a assumé la responsabilité dix ans plus tard, après le décès de son père Émile.
 
"Notre secteur est l’antithèse du tableau moderne," explique-t-elle. "Nos acheteurs sont très connaisseurs, des gens d’une vraie culture, qui adorent l’histoire. Pas du tout intéressés par le côté mondain de la collection, ils sont complètement secrets – au point qu’ils rechignent à assister aux ventes, préférant laisser des ordres – et cachant souvent leur collection à leur famille. La collection est un peu comme une maîtresse ; souvent la famille la déteste et la jalouse."

Le milieu de la numismatique est presque exclusivement masculin : les très rares femmes qui achètent, commente Sabine Bourgey, le font pour compléter la collection de leur mari ou de leur père. Les collectionneurs viennent aussi de tous les milieux sociaux, car la numismatique, de par ses prix, n’est pas affaire de riches.

"Beaucoup de pièces ne coûtent que quelques centaines de francs, et à partir de trois ou quatre mille francs, le collectionneur trouve des monnaies d’un réel intérêt. La numismatique n’est pas du tout un domaine spéculatif. Ceux qui ont fait de l’argent sont ceux qui ont collectionné par amour."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°23 du 1 mars 1996, avec le titre suivant : Les cent ans du cabinet Bourgey

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