Dimanche 25 février 2018

Analyse

Les « appropriationnistes » captés par le marché

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 5 septembre 2007

« Appropriation », « citation », « simulation ». De tels concepts nourrissent la démarche des artistes Richard Pettibone, Sturtevant ou André Raffray. Avalisées par les critiques d’art et les musées, leurs œuvres commencent tout juste à être comprises et captées par le marché.
À l’affiche du Musée des beaux-arts de Rouen jusqu’au 16 janvier, André Raffray joue sur la transposition des chefs-d’œuvre modernes avec « une touche de distorsion délibérée ». Une distorsion traduite par un changement de technique, les crayons de couleur remplaçant la peinture à l’huile. L’entrée de Raffray sur le marché est assez récente. Lors de la dernière exposition organisée par Pierre et Marianne Nahon en décembre à Paris, onze des seize pièces présentées ont été vendues en trois jours. Les prix, de 15 000 à 50 000 euros, ont progressé de 30 % en trois ans.
De leur côté, Sturtevant et Pettibone se sont saisis d’œuvres du pop art, bien avant qu’elles n’acquièrent un statut historique ou médiatique. Précédant d’une quinzaine d’années le mouvement des « appropriationnistes » promu dans les années 1980 par Sherrie Levine et Mike Bidlo, les deux artistes ont opéré dans un rapport de quasi-simultanéité, voire de complicité, avec leurs modèles. Comme le souligne Grégoire Billault, directeur du département Art contemporain chez Sotheby’s France, ces artistes ont apporté une troisième dimension à la notion de pop art. Les grandes figures de ce mouvement avaient recyclé des images publicitaires ou de bandes dessinées, lesquelles offraient déjà un premier filtre avec la réalité. En reproduisant leur démarche, Pettibone et Sturtevant ont enfoncé le clou. Pour éviter toute confusion avec les Warhol et Lichtenstein, ils se sont longtemps cantonnés dans des formats miniatures.

Six Marilyn,clin d’œil à Warhol
Restés en sommeil, les prix de Surtevant ont progressé depuis un an, dans la foulée d’une
rétrospective organisée fin 2004 au Musée d’art moderne de Francfort. Le galeriste parisien Thaddaeus Ropac rappelle qu’aucune des cinq expositions organisées à Paris n’a joui de succès commercial. Exception faite d’une vente à un collectionneur privé, seuls les musées avaient répondu à l’appel. En 1990, Ropac a présenté un grand Flowers, d’après Andy Warhol, pour 40 000 dollars. Récemment, il s’en est vu offrir 150 000 dollars (125 000 euros). Le frémissement se perçoit aussi en ventes publiques. Un set de trois petites Flowers (28,3 x 27,9 cm) a été adjugé 51 600 dollars sur une estimation de 15 000 en novembre chez Phillips à New York.
Les prix de Richard Pettibone ont aussi évolué de manière spectaculaire jusqu’au record de 144 0000 dollars en mai chez Christie’s pour six Marilyn, clin d’œil à Warhol. Des œuvres qui, en 1998, valaient à peine 5 000 dollars ! Une autre réplique de In the Car de Roy Lichtenstein s’est envolée
pour 33 600 livres sterling (47 000 euros) sur une estimation de 3 000 livres en juin 2003 à Londres chez Sotheby’s. Une somme qui ne rivalise pas avec le vrai In the Car de Lichtenstein, adjugé 16,2 millions de dollars en novembre à New York chez Christie’s. La prime va toujours à l’original !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°228 du 6 janvier 2006, avec le titre suivant : Les « appropriationnistes » captés par le marché

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