Vendredi 23 février 2018

Belgique

Les ambitions de De Jonckheere

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 30 octobre 2007

L’antiquaire veut faire entrer dans la cour des grands l’« auctioneer » bruxellois Sevarts Beaux-Art.

PARIS, BRUXELLES - Fondée en 1933, la Salle de ventes du Palais des beaux-arts, nommée ainsi parce qu’installée dans les locaux du Palais des beaux-arts de Bruxelles, a été longtemps leader sur le marché belge des ventes publiques. « C’est une société mythique. J’y allais avec mon grand-père et mes parents dans les années 1960 », se souvient Georges de Jonckheere, marchand belge spécialiste des maîtres flamands, fixé depuis vingt ans à Paris. Lorsqu’il s’associe au marchand bruxellois Willy d’Huysser il y a douze ans pour créer la société Servarts et ainsi racheter la société de ventes belge, l’affaire n’est plus florissante. « Quand on a repris le bébé, il était nettement en perte de vitesse et perdait de l’argent », indique-t-il. Cette salle de ventes généraliste offrait surtout le reliquat des maisons de ventes internationales comme Christie’s ou Sotheby’s, au premier rang pour écrémer les collections belges. En quelques années, Georges de Jonckheere (qui rachète avec son frère François les parts de Willy d’Huysser) travaille à lui donner un nouvel essor. Il développe deux pôles d’activités, les ventes bourgeoises et l’art belge des XIXe et XXe siècles, pour lequel la maison devient une référence. « Pour l’art belge, nous sommes le meilleur lieu de vente. Les pièces proposées à Paris ou Londres sont en grande majorité achetées par des Belges », argumente-t-il. Les résultats sont probants : redevenu premier auctioneer belge, Servarts Beaux-Arts et son équipe de 25 personnes (experts salariés inclus) réalisent à présent un chiffre d’affaires global annuel de 25 millions d’euros – « deux fois le chiffre d’affaires de notre plus proche concurrent ». Brassant quelque 30 000 lots par an répartis en une dizaine de ventes, elle obtient des enchères exceptionnelles à l’instar des 3 millions d’euros et 2,7 millions d’euros en 1999 pour des tableaux de Pieter Brueghel le Jeune (des records en vente publique à l’époque) ou des 3,4 millions d’euros atteints en mai 2003 pour L’Oiseau du ciel de Magritte (soit le montant le plus élevé jamais obtenu dans une vente aux enchères en Belgique).
Restait un problème, « nous n’étions pas dans nos murs », souligne Georges de Jonckheere. Justement, quand la volonté de la nouvelle direction du Palais des beaux-arts, début 2003, fut d’attribuer le lieu à l’organisation exclusive d’expositions, la salle des ventes n’avait plus lieu d’être dans son écrin d’origine, d’autant qu’elle n’appartenait plus à la Société des Expositions du palais. « Nous sommes convenus de quitter les lieux pour juin tout en obtenant de conserver le nom de “Beaux-Arts” », précise-t-il. Servarts Beaux-Arts a emménagé en juillet 2003 dans son nouveau siège, un bâtiment de prestige construit en 1921 pour le riche fourreur Raymond Mallien et qui abritait précédemment le Musée de la poste. C’est dans ce lieu emblématique de 4 500 m2 – où ont été entrepris des travaux qui devraient s’achever cet été –, « situé en plein cœur du Sablon, quartier bruxellois célèbre pour être le lieu d’élection des galeristes et des antiquaires de renom », que le marchand entend « franchir une nouvelle étape ». « Je compte sur le rayonnement de cette salle pour trouver une alternative aux ventes de Londres, Paris et New York, et défendre nos clients au niveau international, pas seulement sur certains lots mais sur des ventes entières. » Quid de son activité d’antiquaire ? « Mon métier d’antiquaire reste ma passion. Concernant Servarts, je suis un actionnaire qui donne des impulsions. Ces deux activités sont tout à fait étanches », répond l’intéressé, ajoutant que « Christie’s et Sotheby’s sortent souvent de leurs prérogatives en proposant des ventes à l’amiable. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°186 du 6 février 2004, avec le titre suivant : Les ambitions de De Jonckheere

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