Vendredi 14 décembre 2018

Design

Les 10 ans de Design Miami/Basel

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 2 juin 2015 - 815 mots

À cette occasion, la foire de design réunit un majestueux versant historique
où brillent les années 1950, et présente aussi quelques récentes créations.

L’ histoire de Design Miami/Basel pourrait être emblématique de celle du design au sein du marché. Lors de sa création il y a dix ans, la foire rassemblait une quinzaine de galeristes dans un hall reculé, bien loin d’Art Basel. Aujourd’hui, dirigée par Rodman Primack, elle réunit près de 50 participants (dont 6 nouveaux et un socle de 12 exposants présents dès la première édition) qui présentent des accrochages muséaux dans l’impressionnant bâtiment de métal des Suisses Herzog & de Meuron. Désormais, le design joue dans la cour des grands. « Le marché du design s’est consolidé et les collectionneurs d’art ont réalisé que leur mobilier doit être du même calibre que leurs peintures et sculptures », indique le galeriste new-yorkais Patrick Parrish. « Tout prend de l’ampleur. Pour les pièces muséales, il y a de plus en plus de collectionneurs ! », explique le parisien Jacques Lacoste. « Le marché du design a vingt ans de retard sur l’art contemporain », tempère cependant Stéphane Danant (Demish Danant, New York), qui précise à propos de la foire : « Les stands sont magnifiques, les enjeux sont importants, mais il reste un décalage entre la grande qualité de cette foire et ce qu’elle attire comme monde. »

Design Miami/Basel s’attache à couvrir les XXe et XXIe siècles, de l’Art nouveau suédois et norvégien chez Franck Laigneau (Paris) aux créations les plus récentes chez Ornamentum (New York). C’est l’angle historique qu’a choisi Jacques Lacoste. « Je me penche sur l’art du travail », indique le galeriste qui propose quatre grands bureaux, des années 1920 avec Pierre Chareau aux années 1960 avec Mathieu Matégot. L’une des attractions de ce versant historique du design est l’adaptation par Richard Rogers de la maison démontable 6x6 créée par Jean Prouvé en 1944, et exposée par Patrick Seguin (Paris). « Cette architecture montre toute la modernité de Prouvé. Nous avons fait appel à Rogers afin de la contextualiser dans notre époque », précise le galeriste.

Tandis que l’Art déco reste peu représenté, les années 1950 sont abondamment célébrées et de belle manière. Patrick Parrish (New York) consacre ainsi l’intégralité de son stand au moderniste autrichien Carl Auböck, avec un magnifique ensemble de 350 pièces de cuivre, bronze, cuir, corne et bambou. Pascal Cuisinier (Paris) a aussi opté pour le solo show, également tourné vers les années 1950 et consacré à Jacques Biny, avec une sélection de luminaires où les nouveaux matériaux qu’étaient alors la tôle perforée ou le Plexiglas revêtent des formes dépouillées.

La décennie trouve encore de beaux représentants chez Dansk Mobelkunst (Paris) qui présente du mobilier du Danois Hans Wegner, parmi lequel un bureau ou une paire de chaises longues. Le stand de Demisch Danant, centré sur les années 1970, mêle les monumentaux tapis de prière de Sheila Hicks au bureau de Michel Boyer exécuté spécialement pour Elie de Rothschild.

La scène libanaise
Du côté du design contemporain, Carpenters Workshop (Londres, Paris) montre une commode déstructurée de Vincent Dubourg aux côtés de la dernière horloge de Maarten Baas. La parisienne Kreo présente une table noire en chêne créée en 2015 par Jasper Morrison et les dernières pièces du duo belge Muller van Severen ou de la jeune Française Julie Richoz. La présence du design non occidental reste timide, malgré l’arrivée de la libanaise Art Factum ou de la chinoise Gallery ALL. « La scène du design à Beyrouth explose, ce serait dommage de ne pas pouvoir en témoigner auprès du reste du monde. Et quoi de mieux que le présenter face à des homologues historiques du design ? », témoigne Rana Zaher chez Art Factum. La galerie expose les pièces « rétro-futuristes » de David Nicolas ou les assises en cuir de Karim Chaya. Quelques beaux spécimens de Joachim Teinero, pionnier du mobilier moderniste brésilien, sont proposés par la galerie new-yorkaise R & Company.
L’audace pourrait venir des programmes développés par la foire. Pour la deuxième année consécutive est organisée la section « Design at large », qui est ce que « Art Unlimited » est à la section générale : une sélection de projets « XXL ». Menée par le magnat de l’immobilier André Balazs, cette édition porte sur l’expression architecturale du design à travers la station-service Total (1969) de Jean Prouvé (Patrick Seguin) ou la PTH-02 Paper Tea House (2006) de Shigeru Ban (Nilufar Gallery, Milan). L’innovation est au programme de la plateforme d’exposition « Design Curio » : lancée en juin à Miami, elle installe plusieurs cabinets de curiosités au sein même des espaces dévolus aux galeries. Prochain pas pour la foire : rejoindre la mouture asiatique de l’empire Art Basel, direction Hongkong.

DESIGN MIAMI/BASEL

Directeur : Rodman Primack
Nombre d’exposants : 46 ( 5 dans Design Curio)
Nombre de visiteurs en 2014 : 26 000

Design Miami/Basel

Du 16 au 21 juin, Hall 1 Süd, Messeplatz, Bâle, 10h-19h, jusqu’à 20h le jeudi, www.basel2015.designmiami.com, entrée 25 CHF, billet combiné avec Art Basel 65 CHF.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°437 du 5 juin 2015, avec le titre suivant : Les 10 ans de Design Miami/Basel

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