Mercredi 12 décembre 2018

Lent démarrage de Prague

Dorotheum y a organisé sa première vente le 11 novembre

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995 - 495 mots

Résultats en demi-teinte pour la première vente internationale d’œuvres d’art et d’objets anciens (peintures, art décoratif, joaillerie, mobilier…) organisée en République tchèque par la succursale locale de la maison de vente autrichienne Dorotheum. Le montant total de la vente s’est établi à 3,26 millions de couronnes (615 000 francs), pour un peu moins de 50 % des lots vendus, à des acheteurs autrichiens et tchèques pour l’essentiel. En toute logique, la vente n’a pas battu de records mais marque une étape importante pour le marché de l’art naissant dans ce pays.

PRAGUE (de notre correspondant) -  Le prix le plus élevé – 320 000 couronnes (60 000 francs) – a été payé pour une huile du peintre tchèque Jakub Schikaneder (1855-1924), intitulée Une rue de Prague la nuit. Comme bon nombre des quatre-vingt-neuf dessins et tableaux proposés, elle était mise en vente par son propriétaire après sa restitution par un musée d’État. Une petite aquarelle d’Oskar Laske (1874-1951), La cathédrale de Tyn, a créé la surprise en atteignant 80 000 couronnes (15 000 francs).

Parmi les autres lots marquants, une photo de nu en noir et blanc de Frantisek Drtikol, datée et signée de 1927, est allée à un collectionneur tchèque pour 140 000 couronnes (26 400 francs) ; un magnifique verre conique du début du XIXe siècle, haut de 10 cm, de fabrication tchèque, peint à la main et signé C.L. Hoffmeister, a été acheté 120 000 couronnes (22 600 francs) ; une lithographie en couleurs d’Alfons Mucha de 1899, pour une publicité Moët & Chandon, a atteint 95 000 couronnes (18 000 francs).

Le marché de l’art prend son essor dans la République tchèque : l’antenne pragoise de Sotheby’s annonce que dix à quinze pièces lui passent entre les mains les meilleurs mois, tandis que deux maisons de vente tchèques organisent régulièrement des vacations, avec, il est vrai, plus ou moins de bonheur.

Développement du marché… noir
Malgré ces signes encourageants, les œuvres importantes n’ont pas encore refait surface, et la qualité de celles qui surgissent se révèle assez médiocre. De plus, les lourdeurs de la procédure bureaucratique liées à l’octroi des certificats d’exportation nuisent parfois aux affaires. De nombreuses œuvres au catalogue de la vente de Dorotheum étaient d’ailleurs accompagnées d’un astérisque signifiant "ne peut être exporté". Aux termes de la nouvelle législation réglementant la circulation des œuvres d’art et des antiquités (lire le JdA, n° 3, mai 1994), les autorités sont tenues d’offrir au vendeur le prix du marché pour toute pièce n’obtenant pas le certificat.

Soumis à de graves restrictions budgétaires, les musées tchèques éprouvent cependant de sérieuses difficultés à réunir les fonds nécessaires. Dès lors, l’application de cette nouvelle législation – destinée à l’origine à endiguer le flot grandissant des vols et des transactions frauduleuses – n’est pas sans effets pervers : "Je suis convaincue que de plus en plus d’œuvres aboutissent sur le marché noir du fait des interminables procédures de sortie", déclare Katharina Podewills, de chez Sotheby’s.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Lent démarrage de Prague

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