Vendredi 26 février 2021

Photographie

L’empreinte poétique de Michael Ackerman

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 19 juin 2019 - 505 mots

Inspirées par les villes qui jalonnent la vie du photographe américain, ses images inédites présentées chez Camera Obscura font surgir intimité ou histoire.

Paris.À l’ouverture de l’avant-première de l’exposition Michael Ackerman à la galerie Camera Obscura, le 5 juin dernier, ils étaient les premiers. Christian Caujolle était déjà dans la galerie quand Marin Karmitz la rejoint. Leur présence était chargée de symbole. Christian Caujolle a été le premier à lui organiser sa toute première exposition en 1998 et Marin Karmitz le premier à acheter ses photos. Frappé par le travail qu’il découvrait, le cofondateur et directeur – de l’époque – de Vu l’avait immédiatement intégré à l’agence et à la galerie, puis dirigé vers Robert Delpire qui, à son tour, avait édité deux ans plus tard Half Life. Aujourd’hui « Watermark » marque officiellement l’entrée de Michael Ackerman dans la galerie Camera Obscura après son départ de la galerie Vu il y a quelques années. Michael Ackerman explique ce choix de l’enseigne parisienne par sa « rencontre avec Didier Brousse via Sarah Moon », représentée pour sa part depuis longtemps par la galerie. « Sarah me parlait beaucoup de Didier. J’aime sa sensibilité et son respect. » Didier Brousse dit, de son côté, n’avoir « jamais connu un photographe qui s’implique autant dans la préparation d’une exposition ». « Watermark » (filigrane en français) a « demandé deux ans de réflexions et maintes visites à la galerie », précise le galeriste. « Je suis quelqu’un de lent », dit Michael Ackerman. L’instinct n’en gouverne pas moins la prise de vue et le choix de l’appareil en fonction de ce qu’il photographie, comme cette série de portraits réalisés en 2018 en format carré dans le quartier de Harlem, à New York, et tirés en petit format (1 080 € pour une édition 1/15, encadrement inclus).

Des images personnelles

Les photographies inédites et réalisées au cours de ces dernières années dominent la sélection. Les assemblages d’images pour ne former qu’une seule pièce sont, de leur côté, bien plus nombreux que d’habitude et frappent toujours autant. Ces photographies parlent de ce qui retient son regard, de ce qu’il vit, ce qu’il ressent, des êtres ou des animaux qu’il affectionne et des villes auxquelles il est attaché : New York, Varsovie, Varanasi ou Calcutta en Inde. Berlin ramène à la vie familiale, à la naissance de sa fille en 2009 entre autres. « Warsaw », ensemble de tirages jet d’encre sur papier japon du cimetière juif de Varsovie photographié entre 2013 et 2018 (25 000 €, édition N° 1/5) fait écho à la Shoa ; le singe funambule à Varanasi évoque la fragilité, la gracilité aussi d’une existence ; tandis que la composition de vingt Polaroid réalisés entre 2012 et 2017 entre Warsaw, Bucovina et New York réunit des êtres qui lui sont chers tels Robert Frank et sa femme June (pièce unique à 25 000 €). Le temps se dilate chez Ackerman, les géographies se confondent et le vécu se fait chair, émotion et présence dans un monde, où petite et grande histoire se télescopent pour le meilleur ou pour le pire.

Michael Ackerman, Watermark,
jusqu’au 27 juillet 2019, galerie Camera Obscura, 268, boulevard Raspail, 75014 Paris, www.galeriecameraobscura.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°526 du 21 juin 2019, avec le titre suivant : L’empreinte poétique de Michael Ackerman

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