Le XXe dans sa diversité

La nouvelle foire new-yorkaise a séduit

Le Journal des Arts

Le 17 décembre 1999

La dernière née de la famille Haughton, l’International 20th Century Arts Fair, qui s’est tenue à New York du 27 novembre au 1er décembre, au Seventh Regiment Armory, sur Park Avenue, semble avoir séduit à la fois collectionneurs et marchands, qui ont pour la plupart conclu de bonnes transactions.

NEW YORK (de notre correspondante) - Quelques-uns des plus grands marchands d’Art déco étaient présents au rendez-vous, tels Barry Friedman et Jean-Claude Ciancimino, trônant sur leurs stands sous un éclairage théâtral. Le jour de l’ouverture, une longue file d’attente serpentait devant l’entrée du salon. La nouvelle foire d’art du XXe siècle, lancée par Brian et Anna Haughton, a obtenu des résultats très positifs dans plusieurs secteurs. De nombreuses affaires ont été réalisées pendant les deux premiers jours, principalement avec des collectionneurs privés new-yorkais, comme Henry Kravis, mais aussi avec des décorateurs. Jacques de Vos, très satisfait, a vendu 75 000 dollars (490 000 francs) un salon de Pierre Chareau composé d’un canapé et de deux fauteuils, mais aussi une paire de chevets et une table en fer forgé recouverte d’un plateau en marbre, chacun pour 100 000 dollars.
Le marchand londonien de verrerie et céramique Adrian Sassoon a conclu plus de vingt-neuf transactions en deux jours.  Denis Galion, chez Historical Design, a vendu près de 75 % des pièces de son stand. Un collectionneur du Middle West a acquis une paire de portes en fer forgé d’André Arbus et Raymond Subes, encore recouvertes de leur dorure d’origine (125 000 dollars). Il pense les utiliser comme décor pour le 31 décembre ! Un New-Yorkais a acheté un vase en laque rouge et noir de Jean Dunand (50 000 dollars), ainsi qu’un vase Sécession de Karl Klaus (65 000 dollars).

Royère très demandé
Stéphane de Beyrie, installé à SoHo, a cédé 80 % du contenu de son stand, dont un lit de repos de René Herbst (50 000 dollars), une console en parchemin de Jacques Adnet (40 000 dollars) et, de Jean Royère, un canapé (45 000 dollars), une paire de fauteuils garnis de tissu (40 000 dollars) ainsi que d’autres meubles à 25 000 dollars l’unité. L’exposition que le Musée des arts décoratifs, à Paris, consacre à ce décorateur a certainement constitué un bon stimulant pour les ventes.

Participant pour la première fois à une foire américaine, Dansk Mobel Kunst, de Copenhague, présentait des créations de Hans Wegner, Arne Jacobsen et d’autres designers, à des prix inférieurs à 20 000 dollars pour la plupart et qui se sont bien vendues. La galerie Elliott Brown, de Seattle, s’est séparée d’une sculpture en verre soufflé de Dale Chihuly (30 000 dollars) et de deux œuvres monumentales du couple tchèque Stanislav Libensky et Jaroslava Brychtova (32 000 et 50 000 dollars). Chez Garth Clark, la céramique a beaucoup séduit, confirmant la popularité de cet art. De petites cruches et des coupes de l’Américain George Ohr, dont les œuvres passent rarement en vente, étaient proposées à 22 000 dollars et 32 000 dollars pièce. Les visiteurs se sont pressés sur les stands des onze marchands de bijoux anciens. Charon, qui représentait des orfèvres européens, a vendu près de 150 pièces entre 400 et 10 000 dollars. Peintures, dessins et photographies figuraient en bonne place sur plusieurs stands. Le Québécois Robert Landau, qui exposait des toiles de Picasso, Magritte, Chagall et Van Dongen, semble avoir bien travaillé. La galerie londonienne Portland présentait des peintures de John Vettriano, un ancien mineur, dont le style détonnait. Bien que son travail ait été régulièrement décrié par la critique et les professionnels, 23 de ses toiles ont trouvé preneur, dont une acquise par Sir Terence Conran. Peu après le vernissage, presque tous ses tableaux pseudo-érotiques avaient été vendus (de 8 000 à 35 000 dollars). La galerie de Toronto Jane Corkin a cédé des photographies de friches industrielles de Robert Bourdeau (environ 6 000 dollars pièce). Fort du succès de cette première édition, Brian Haughton annonce pour l’an prochain un nombre d’exposants plus élevé.

La foire de Design de Sanford Smith fête son 14e anniversaire

Organisateur de l’International Antiques and Fine Art Fair de Chicago et de plusieurs foires new-yorkaises, comme la New York Photography et Works on Paper, Sanford Smith a lancé au milieu des années quatre-vingt un salon consacré au Design du XXe siècle qui fêtait cette année sa quatorzième édition. Au Seventh Regiment Armory, du 11 au 14 novembre, on trouvait du mobilier d’André Arbus et Charles Eames, des textiles signés Marimekko, des portefeuilles en crocodile, des radios en Bakélite, des céramiques iznik de William de Morgan, mais aussi de la photographie, un secteur qui réunissait onze marchands. Dépourvue de comité de sélection, la foire a accueilli soixante-dix-huit marchands, dont trente-trois new-yorkais. La forte demande des collectionneurs pour le design a influé sur la cote des objets, qui s’est enflammée. Denis Galion a vendu une chaise sitzmachine de Hoffmann dans son état d’origine (30 000 dollars, 195 000 francs) et un bureau prototype de Louis Sognot, en verre de Saint-Gobain monté sur acier tubulaire (24 000 dollars), tandis que Catherine de Beyrie s’est séparée d’un bureau de René Herbst (100 000 dollars) et de créations d’Alexandra Noll, Jean Royère et Georges Jouve. Richard Wright, un descendant de Frank Lloyd Wright, propriétaire d’une galerie dans l’Illinois, a cédé une chaise en forme de cœur de Vernon Panton (6 000 dollars), ainsi qu’un chandelier et deux chaises d’Eames (9 500 dollars).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°95 du 17 décembre 1999, avec le titre suivant : Le XXe dans sa diversité

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