Mercredi 19 décembre 2018

Tajan

Le surréalisme revient à Paris

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 24 septembre 2004 - 787 mots

Près de 900 lots de la collection du marchand new-yorkais Julien Levy sont dispersés à Paris par la maison Tajan avec l’assistance de Marcel Fleiss.

 PARIS - La liste des artistes attachés au nom de Julien Levy (1906-1981), le premier marchand – et longtemps le seul –, à avoir promu les surréalistes outre-Atlantique, est impressionnante. Man Ray, Max Ernst, Salvador Dalí, Alberto Giacometti, René Magritte, Frida Kahlo, Paul Delvaux, Arshile Gorky et Matta lui doivent leur première exposition monographique aux États-Unis. Fait exceptionnel à son époque, il voua également sa galerie d’art à la photographie ancienne et moderne. Et, bien que la vente qui aura lieu à Paris chez Tajan début octobre ne comporte pas de photographies (1), l’épais catalogue d’un poids de 2,4 kilos ne compte pas moins de 874 lots de 200 artistes en rapport avec le surréalisme ou issus du néoromantisme, mouvement des années 1940 (2) très représenté ici.
Que cet ensemble soit importé des États-Unis pour être dispersé à Paris, échappant ainsi aux griffes des auctioneers, relève de l’exploit, qui n’aurait cependant pas été possible sans l’engouement international qu’a suscité la vente Breton à Paris. Avant de décrocher ce contrat de vente estimé à 6 millions d’euros, la nouvelle propriétaire de la maison Tajan, Rodica Seward, a été en compétition pendant plusieurs mois avec Christie’s, Sotheby’s et même Phillips. Son meilleur atout : Marcel Fleiss, l’expert de la vente Breton pour l’art moderne, imbattable dans le domaine du surréalisme. En outre, la concurrence voulait éclater la collection selon la nature et la qualité des œuvres sur différents sites d’enchères entre New York, Paris, Londres et dans diverses ventes (art latino-américain, surréalisme, art moderne…). La maison Tajan partait, elle, sur un catalogue unique. Mais la bataille s’est surtout jouée sur l’attribution et l’estimation des œuvres. Tableaux et dessins « anonymes » évalués au mieux quelques centaines de dollars sur l’inventaire dressé par les sociétés multinationales ont été clairement identifiés par l’expert français. Notamment deux œuvres sur papier de la meilleure période de Wolfgang Paalen (record mondial à la vente Breton), estimées 18 000-20 000 euros chacune ; une peinture de Prampolini, estimée 35 000-38 000 euros et exposée à la Biennale de Venise en 1932 ; une huile sur toile de Dalí, estimée 100 000-120 000 euros, et une huile sur toile de 1947 de Gorky, estimée 180 000-200 000 euros. « Le Gorky avait été marqué comme huile abstraite et estimé 125 dollars par les Anglo-Saxons alors qu’il figurait dans le catalogue de l’œuvre peint de l’artiste », s’amuse Marcel Fleiss. Même si ce dernier est un grand spécialiste du surréalisme, l’amateurisme des autres compétiteurs est édifiant : le différentiel d’évaluation de la collection dépasse le million de dollars. Comme pour la vente Breton, plusieurs surprises sont attendues, y compris sur des petites œuvres, dont les prix pourraient s’envoler, à l’instar d’ une gouache de 1930 signée Herbert Bayer (lot 1) et estimée 8 000-10 000 euros, rappelant le travail de De Chirico ; quatre toiles surréalistes de Robert Schuppner (lots 38 à 41) et de précieux dessins de Leonora Carrington (lots 57 à 61) à partir de 1 000 euros pièce ; une toile de la série des Portraits de Erró de 1968 (lot 123) montrant Julien Levy, estimée 8 000-10 000 euros ; La Petite Fortune, 1942, une huile sur toile signée Eugène Berman (lot 21), estimée 8 000 euros, ou encore quatre gouaches du Latino-Américain René Portocarrero (lots 84 à 87) estimées autour de 5 000 euros l’unité. Les projecteurs se porteront aussi sur L’Œuf domestique (1944), un objet unique de Man Ray (lot 3) estimé 40 000 euros ; For Sitting Only de 1957, objet-lunette de WC et faux seins en caoutchouc, estimé 100 000-120 000 euros, de Marcel Duchamp (lot 88), l’un des artistes stars de la vente avec plus d’une vingtaine de lots ; un Portrait de Jean Levy (1961) par Massimo Campigli (lot 104) qui pourrait dépasser les 120 000 euros ; Oiseaux, 1924-1925 de Max Ernst pour 100 000 euros et The Pirate I, 1942 et Pirate II, 1943, deux tableaux signés Gorky (lots 35 et 389), estimés  respectivement 1,5 et 1,2 million d’euros.

(1) La collection de photographies de Julien Levy a été acquise par le Philadelphia Museum of Art.
(2) La dernière collection d’œuvres néoromantiques mise aux enchères sur le marché était celle de Pierre Le-Tan qui, couplée aux surréalistes, fut dispersée à Londres avec succès le 25 octobre 1995 chez Sotheby’s.

HOMMAGE À JULIEN LEVY

Vente les 5, 6 et 7 octobre, SVV Tajan, Espace Tajan, 37, rue des Mathurins, 75008 Paris, expositions publiques : jusqu’au 4 octobre, du lundi au vendredi 10h-18h et le samedi 11h-18h, tél. 01 53 30 30 30, www.tajan.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°199 du 24 septembre 2004, avec le titre suivant : Le surréalisme revient à Paris

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