Lundi 10 décembre 2018

Multiple

Le Salon de l’estampe renaît à Paris

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2006 - 787 mots

Après deux ans d’éclipse, la manifestation s'installe aux Tuileries du 12 au 14 mai.

 PARIS - S’il est une discipline mal aimée en France, c’est bien l’estampe. Un désamour dont les causes sont – sans mauvais jeu de mots – multiples. La déferlante d’éditions infâmes dans les années 1970 et l’affaire des faux Dalí ont porté un coup sévère à ce secteur. Si les tenants de l’estampe ancienne ont pu remonter la pente sans trop d’encombre, le chemin fut plus ardu pour leurs confrères contemporains. Par ailleurs, les confusions entre « multiple » et « reproduction » ou « unique » et « original » restent tenaces. « L’estampe n’est pas une pièce unique, mais ce n’est pas une reproduction pour autant, explique la galeriste Sylvie Tocci-Prouté (Paris). Si une estampe est tirée sur un cuivre original, elle est considérée comme une œuvre originale, même lorsqu’il s’agit de
tirages tardifs. » Les réticences s’expliquent enfin par la place congrue, voire inexistante, qu’occupe l’estampe dans les musées hexagonaux. « En France et en Europe du Sud, les estampes sont conservées dans des bibliothèques, rattachées au livre, précise Antoine Cahen, de la galerie Terrades (Paris). En Angleterre et aux États-Unis, le département des Estampes est lié au musée. Les Anglo-saxons regardent l’estampe comme une image et non comme un sous-produit du livre. »
Dans ce contexte guère porteur, le Salon international de l’estampe fait office de miraculé. Les velléités pour promouvoir une manifestation autour du multiple se sont souvent soldées par des échecs. L’ancêtre du genre, la FIEST (Foire internationale de l’estampe), lancée en 1985, cède la place en 1987 au SAGA (Salon de l’édition d’art à tirage limité). Celui-ci finit par se saborder en 1999 après avoir été marié pour sa dernière édition au Salon du livre, à la porte de Versailles, à Paris. En 2002, les marchands d’estampes anciennes inaugurent de leur côté dans la capitale le Salon international de l’estampe, à l’Espace Auteuil. L’interdiction obtenue par les riverains de construire des tentes à Auteuil enterre provisoirement la foire en 2004. Il a fallu l’énergie de quelques membres de la Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau pour la faire renaître cette année au Carré des Sangliers dans le jardin des Tuileries, à Paris.
La liste des exposants s’avère toutefois disparate. Une petite poignée de grandes pointures internationales, comme Helmut H. Rumbler (Francfort-sur-le-Main), Prouté ou C. G. Boerner (New York), vient côtoyer une majorité de marchands de moyenne importance. L’adhésion des pontes étrangers est d’autant plus appréciable que le marché français s’avère étroit au regard des États-Unis, où C. G. Boerner effectue 70 % de son chiffre d’affaires. « Paris est l’un des gros marchés pour les tirages posthumes de Rembrandt à 4 000-5 000 euros, observe Eric Gillis, de la galerie C. G. Boerner. Les gens n’ont pas forcément les connaissances sur l’état d’impression ou de conservation pour comprendre les disparités de prix. L’initiation du public français est un travail de longue haleine. » Une initiation qui suppose de ne pas jouer petit bras. Si Helmut H. Rumbler compte se concentrer sur les gravures d’Albrecht Dürer, Terrades propose de son côté une gravure allemande du XVe siècle représentant Le Martyre de saint Érasme. C. G. Boerner prévoit une escarcelle d’estampes de Rembrandt ainsi qu’un florilège XIXe autour notamment des Nabis. Prouté apporte pour sa part le Chanteur espagnol d’Édouard Manet et la Maison enchantée de Rodolphe Bresdin. La fin du XIXe siècle sera à l’honneur chez Sagot-Legarrec (Paris) avec la Rêverie de James Tissot et une lithographie en couleur, le Chapeau vert, de Félix Vallotton, plus connu pour ses bois gravés. Le salon s’autorise aussi une ouverture du côté des affiches du XIXe siècle avec la Galerie Documents (Paris) et une fenêtre sur les estampes japonaises avec Tanakaya (Paris).
Il est néanmoins regrettable qu’hormis Maeght (Paris) et Sims Reed (Londres) la foire n’ait pas capté des exposants plus contemporains. Certes, ces derniers expriment souvent leur réserve à se ranger aux côtés de marchands anciens. Les éditeurs peinent pourtant à s’insinuer dans les foires généralistes d’art actuel. Depuis l’an dernier, la Foire internationale d’art contemporain (FIAC), à Paris, ne possède plus vraiment de secteur « Édition », les quelques Mohicans s’étant répartis en 2005 entre les halls 4 et 5 de la porte de Versailles. Faute de place au Grand Palais, Art Paris n’a compté cette année que cinq éditeurs sur les dix habituellement présents. L’union des forces entre anciens et modernes au sein d’un salon spécifique permettrait pourtant un renouvellement du socle encore modeste de collectionneurs.

SALON INTERNATIONAL DE L’ESTAMPE

- Direction : Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau - Nombre d’exposants : 26 - Tarifs des stands : 375 euros le m2

SALON INTERNATIONAL DE L’ESTAMPE

Du 12 au 14 mai, Carré des Sangliers, jardin des Tuileries, Paris, tél. 02 38 90 11 83, les 12 et 13 11h-19h, le 14 11h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°236 du 28 avril 2006, avec le titre suivant : Le Salon de l’estampe renaît à Paris

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