Lundi 20 septembre 2021

Foire

Le portrait figuratif à Art Paris

Par Anne-Charlotte Michaut · L'ŒIL

Le 24 août 2021 - 991 mots

PARIS

Art Paris a confié cette année une carte blanche à Hervé Mikaeloff qui propose, au sein de la foire, un parcours autour du portrait dans l’art contemporain en France.

Collectionner -  Alors assez peu en vogue à la fin du XXe siècle en France, la figuration a connu un vrai retour en force au tournant du siècle, à un moment où l’art entrait dans ce que certains appellent une « ère post-médium », impulsant une remise en question du statut de l’art, des images et des représentations. De nombreux artistes, de différentes générations, ont redonné à la figuration ses lettres de noblesse et ont démontré qu’il était possible de renouveler un genre aussi classique que le portrait. La figuration peut en effet revêtir une multitude de formes, de l’hyperréalisme aux confins de l’abstraction, et offre d’infinies possibilités d’expérimentation, aussi bien technique et formelle qu’esthétique. Le portrait, quant à lui, peut s’entendre dans une large acception : au-delà de la représentation fidèle d’une figure humaine, il permet de donner à voir un rapport au monde.

C’est en souhaitant refléter ces multiples potentialités qu’Hervé Mikaeloff, consultant en art et commissaire invité à Art Paris, a choisi de proposer un parcours intitulé « Portrait et figuration. Regard sur la scène française ». Selon lui, « c’est à partir du visage qu’on peut considérer la manière de penser le rapport à autrui ; derrière le visage de l’autre, il y a toute l’humanité. Représenter l’homme, c’est finalement nous renseigner sur nos propres responsabilités vis-à-vis du monde. » Cette thématique permet ainsi de soulever de nombreux questionnements, liés aussi bien au statut des images qu’à notre environnement sociopolitique ou encore à l’identité et l’altérité. Il s’agit, pour Hervé Mikaeloff, de rassembler une grande variété d’artistes présents sur la scène française autour de leur pratique du portrait figuratif, et ainsi de « donner une sorte de panorama de la figuration en France aujourd’hui ». Ainsi se côtoient des œuvres d’artistes internationalement reconnus, comme Yan Pei-Ming ou Marc Desgrandchamps, de très jeunes artistes tout juste diplômés tels qu’Arnaud Adami ou Rose Barberat, ainsi que d’autres, de génération intermédiaire comme Claire Tabouret ou Thomas Lévy-Lasne. Cette diversité se reflète également dans les prix des œuvres, qui vont de quelques milliers à une centaine de milliers d’euros. Néanmoins, si les très jeunes artistes présentés ont une cote de débutant relativement stable, ils sont pour la plupart déjà suivis par des collectionneurs, ce qui témoigne de l’engouement actuel pour le portrait figuratif.

Questions à… Hervé Mikaeloff, commissaire invité

Pourquoi avoir choisi le thème « Portrait et figuration » ?
J’étais moi-même en train de réfléchir sur la scène française, j’observais ce qui se passait et ce qui me semblait intéressant. Je me suis dit : soyons un peu radicaux et explorons un thème qui existe réellement dans la jeune création et la peinture française aujourd’hui, mais qui n’est pas mis en valeur en tant que tel.

Ne parle-t-on pas assez de peinture figurative aujourd’hui ?
C’est une thématique très vaste, il y a un vrai retour, mais je trouve qu’on ne la met pas beaucoup en perspective, qu’on ne met pas les artistes en regard les uns par rapport aux autres. J’ai voulu essayer de trouver les liens, de présenter différentes générations, d’explorer la variété du sujet.

Était-ce également une manière de donner à voir la diversité présente à Art Paris ?
Oui, c’est aussi ça que j’avais envie de refléter. C’était intéressant pour moi de montrer des artistes qui sont « accessibles » – toute proportion gardée évidemment. Art Paris, c’est aussi une sorte de portrait de la scène artistique parisienne, on peut y trouver une vitalité chez les jeunes artistes présentés, des œuvres d’art moderne relativement accessibles et en même temps des œuvres très importantes, historiques, avec des valeurs un peu plus fortes.

12 000 € 

1. Rose Barberat Tout juste diplômée des Beaux-Arts de Paris cette année, Rose Barberat (née en 1994) crée des univers monochromatiques dans lesquels évoluent des personnages aux limites du réel. Travaillant à partir de photographies de ses proches, elle distille dans chacun de ses tableaux des symboles, comme autant de manières de déjouer les codes de représentation classiques. Ainsi s’empare-t-elle de mythes qu’elle réinterprète à l’aune de notre société contemporaine, comme en témoigne le grand tableau L’Avenir, sur le stand de la Galerie Pact, représentant un cyclope « déchu de sa bestialité » (Sophie Bernal).


17 000 € 

2_. fois hyperréaliste, très colorée et avec une dimension presque maniériste, voire kitsch. Comme en témoigne Les Deux Amis sur le stand de la Galerie Sator, ses tableaux, qu’elle considère comme des « images mentales », sont peuplés de références diverses, notamment mythologiques, culturelles et à l’histoire de l’art. Le portrait s’affranchit ici des conventions traditionnelles pour devenir une mise en abyme et acquérir une dimension polysémique.


20 000 à 30 000 € 

3. Jérôme Zonder Connu pour ses dessins virtuoses en noir et blanc, Jérôme Zonder (né en 1974) aime la physicalité du geste et cultive un aspect brut en travaillant principalement la mine de plomb et le fusain. Le portrait est pour lui « un prétexte à dessiner » et expérimenter. Vendue chez Nathalie Obadia, son Étude pour un portrait de Pierre-François #22 est emblématique de son travail : elle mêle à la figuration une pointe d’abstraction, de flou, et confère ainsi à son dessin une dimension déstabilisante. Souvent, les œuvres de Zonder sont bouleversantes, voire angoissantes, en ce qu’elles reflètent et révèlent des parts sombres de l’être humain.


80 000 à 100 000 € 

4. Yan Pei-Ming Internationalement reconnu pour ses portraits, de personnalités et de ses proches, Yan Pei-Ming (né en 1960) avait exploré l’autoportrait dès ses débuts, avant de délaisser cette pratique pendant plus de trente ans. Autoportrait, l’épuisement appartient à un ensemble d’œuvres réalisées pendant le confinement, transcrivant sur son visage différentes émotions par lesquelles il est passé pendant cette période d’isolement contraint. On retrouve dans ce tableau la palette, la touche et l’expressivité caractéristiques de l’œuvre du peintre franco-chinois, pionnier du renouveau du portrait (Galerie Thaddaeus Ropac).

« Art Paris »,
du 9 au 12 septembre 2021. Grand Palais éphémère, Champ-de-Mars, Paris, www. artparis.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°746 du 1 septembre 2021, avec le titre suivant : Le portrait figuratif à Art Paris

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