Vendredi 14 décembre 2018

Tuilleries

Le Pavillon fête ses dix printemps

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2006 - 707 mots

Le Pavillon des antiquaires, prévu du 25 mars au 2 avril, affiche une coloration définitivement XXe siècle.

 PARIS - Pour fêter ses 10 ans, le Pavillon des antiquaires se dérobe au trémolo nostalgique. Enlevé et éclectique, il a été l’un des rares salons parisiens à faire peau neuve en accueillant les jeunes marchands des puces ou du Quartier Drouot moyennant des stands gratuits la première année. Une ouverture qui se poursuit avec l’arrivée de Jean-David Botella (Paris), Brocéliande (Paris) ou encore Alvina Kessedjian et Sabine Vazieux (Paris), tous spécialisés dans le XXe siècle.
Car le salon a définitivement hissé le pavillon du moderne. Au point que certains exposants fidèles mais plus classiques comme Anne-Marie Monin ou Flore (Paris) ont préféré tirer leur révérence. Tel le village gaulois en terre romaine, reste en lice le Lyonnais Michel Descours ! Conscient de l’incongruité de sa présence, le marchand joue la carte du brassage avec des meubles du XVIIIe siècle, mais aussi de l’art primitif et des peintures de Robert Pernin. Organisateur de la foire, Patrick Perrin (Paris), dont le stand XVIIIe ouvrait jusque-là le salon, s’est aussi retiré, laissant le champ libre aux exubérances seventies d’Yves Gastou (Paris). De retour « par amitié », ce dernier prévoit une paire de lampadaires par César et Jean-Claude Farhi et une colonne peinte par Vasarely vers 1975 pour le marché new-yorkais. Après une année d’absence de la scène parisienne, Olivier Watelet (Paris) fait sa première apparition sur le salon. Attaché aux décorateurs des années 1940, il les révèle sous un jour inédit avec un ensemble dédié au métal.
Le virage vers l’art actuel se mesure à l’aune du stand de Hopkins-Custot (Paris). Si la galerie déploie son stock de Nabis et de surréalistes à la foire de Maastricht, elle présente ici Marc Quinn, un Young British Artist connu pour sa sculpture représentant l’artiste cul-de-jatte Alison Lapper dressée sur Trafalgar Square à Londres. Les inconditionnels de Kate Moss s’attarderont sans doute devant le Sphynx, une sculpture représentant le mannequin dans une contorsion suggestive !

Une clientèle privée
La tonalité du Pavillon sera cette année très italienne avec de nouvelles recrues comme Daniela Balzaretti et Rossella Colombari (Milan). Même Alexandre Biaggi (Paris), de retour après six ans d’absence, joue la carte transalpine. Reste à savoir si ces marchands, dont le chiffre d’affaires repose pour 50 à 80 % sur des décorateurs américains, trouveront du grain à moudre sur un salon à la clientèle très parisienne. « Le marché parisien est très fermé sur lui-même, convient le décorateur Chahan Minassian (Paris). Les gens se rassurent en n’achetant que ce qu’ils connaissent. J’avais des pièces de Paul Evans l’an dernier, mais ce sont les étrangers qui s’y sont intéressés. » Le décorateur proposera des meubles de l’Américain Karl Springer, proche dans l’esprit de Jean-Michel Frank.
Un bémol : exception faite de la Galerie Flak (Paris) et de la Galerie Afrique (Saint-Maur), les marchands d’arts primitifs, comme les Parisiens Bernard Dulon et Alain de Monbrison, se sont désistés. « C’est un salon que j’aime beaucoup, explique Bernard Dulon. Mais avec l’ouverture du Quai Branly et la vente “Vérité”, nous avons un moment historique pour les arts primitifs en juin. » Le Pavillon a aussi perdu en cours de route ses exposants en beaux-arts, partis qui vers Art Paris, qui vers la foire Tour & Taxis de Bruxelles.
Est-ce pour garder la main dans ce domaine que Patrick Perrin compte relancer le Salon des beaux-arts (du 13 au 17 septembre), formule déjà éprouvée entre 1995 et 1997 ? « Il y a une vraie demande de la part des jeunes marchands pour deux salons parisiens », insiste-t-il. Sa première tentative de dupliquer le Pavillon des antiquaires à l’automne s’était soldée par une seule et unique édition en septembre 2004, doublée de frictions avec le Syndicat national des antiquaires. De l’eau semble avoir coulé sous les ponts. En se calant sur l’agenda de la Biennale des antiquaires (15-24 septembre), le Salon des beaux-arts devrait jouir, par capillarité, de l’arrivée éventuelle de collectionneurs étrangers. Il pourrait surtout récupérer certains marchands déboutés du Grand Palais. Qui risquent d’être nombreux.

Pavillon des Antiquaires

25 mars-2 avril, jardin des Tuileries (face au 234, rue de Rivoli), www.pavillondesantiquaires.com, tlj 11h-20h, les 28 et 30 mars jusqu’à 22h.

Pavillon des Antiquaires

- Directeur : Patrick Perrin - Nombre d’exposants : 78 - Nombre de visiteurs en 2005 : 35 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°233 du 17 mars 2006, avec le titre suivant : Le Pavillon fête ses dix printemps

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