Lundi 17 décembre 2018

Le Pavillon du XXe siècle

L’art des années 1940 et 1950 triomphe aux Tuileries

Le Journal des Arts

Le 13 avril 2001 - 793 mots

Cette quatrième édition du Pavillon des antiquaires et des beaux-arts, qui s’est tenue dans les jardins des Tuileries du 24 mars au 1er avril, a consacré le triomphe des arts décoratifs du XXe siècle très bien représentés sur de nombreux stands. Le salon, toujours aussi séduisant du fait de sa jeunesse et son éclectisme, a cependant souffert cette année de la défection de quelques figures clés de la profession.

PARIS - Cette année encore, le mélange des genres était de rigueur sous la grande tente blanche plantée au bord des Tuileries. L’art primitif côtoyait le mobilier français et scandinave du XXe siècle, les arts d’Extrême-Orient et du Moyen-Orient ou le mobilier français classique. Quelques grandes pointures du marché parisien comme Georges de Jonckheere (tableaux flamands et hollandais), Jacques Barrère (art d’Extrême-Orient), Patrick Perrin, Camille Bürgi, Jean-François Anne (mobilier classique français) et Hopkins-Thomas-Custot (tableaux et sculptures modernes) étaient au rendez-vous. Mais la défection de plusieurs autres grands noms, qui ont délaissé Paris pour Genève et son Salon de Mars, n’est pas passée inaperçue. Manquaient cette année les chefs-d’œuvre africains et océaniens d’Alain de Monbrison, les meubles et objets Art déco de Christian Boutonnet et d’Anne-Sophie Duval, les tableaux et dessins sélectionnés par Patrick Bongers (galerie Louis Carré). Manquait aussi cette bouffée de fraîcheur qui avait fait le charme des précédentes éditions. Était-ce dû à la décoration moins soignées, aux cloisons des stands parfois mal fixées vibrant au passage des visiteurs ? Ou à cette implantation un peu monotone des galeries le long de deux interminables allées ? Le salon a pu souffrir aussi d’une modeste représentation des arts primitifs d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique, défendus par seulement deux marchands : Johann Levy et Bernard Dulon. C’est sans doute dans ce secteur que la concurrence du Salon de Mars s’est le plus fait sentir. Alain de Montbrison dit “avoir opté pour Genève pour son côté international et pour le niveau des affaires“, tout comme Philippe Ratton et Daniel Hourdé (art africain et océanien). Cette quatrième édition du Pavillon a été, une fois encore, une vitrine du XXe siècle triomphant, un écrin pour les meubles et objets d’art des années 1940 et 1950. Ainsi, pour Jean Royère, dont le formidable luminaire Flamme en tube d’acier laqué noir et forme de liane est parti à 500 000 francs chez Jacques Lacoste, mais aussi pour Maxime Old, dont deux belles consoles murales étaient cédées 500 000 francs l’ensemble chez Pierre Passebon. Jacques Adnet était, lui, à l’honneur chez Yves Gastou avec des fauteuils tubulaires et une armoire tendue de cuir rouge, vendue environ 400 000 francs. Jean Prouvé était tout aussi courtisé chez François Laffanour qui proposait pour 200 000 francs une paire de fauteuils visiteurs en lattes de bois et métal.

Terre cuite du Japon chez Jacques Barrère
Tout aussi populaires étaient les stands spécialisés dans les arts d’Extrême-Orient comme celui de Laurent Colson (galerie Luohan) ou de Jacques Barrère. L’antiquaire de la rue Mazarine présentait un ensemble de pièces archéologiques de la fin du Néolithique au début de notre ère, dont une belle terre cuite orange du Japon de l’époque Kofun (IIIe-Ve siècle) arborant un coq Haniwa, et un groupe de sculptures et peintures bouddhiques datant du XVe siècle.

La peinture figurait en bonne place, en particulier chez Philippe Cazeau et Jacques de la Béraudière mais aussi chez Bernard Prazan, qui présentait notamment un tableau de Gérard Schneider et une très belle huile de Poliakoff. La galerie Hopkins-Thomas-Custot mettait en avant un ensemble de dessins de Botero datant des années 1990 qui ont été vendus entre 400 000 et 700 000 francs. Curieux et collectionneurs ont visiblement pris goût à ce mélange des styles, en papillonnant d’un stand à l’autre, des meubles d’époque Louis XVI de Jean-François Anne,  aux armes de Bernard Croissy, en passant par les papiers anciens de Carolle Thibaut-Pomerantz et les céramiques du XVIIIe siècle d’Antoine Lebel. L’arrivée de nombreux nouveaux exposants, dont Alexandre Espitalier (galerie Intérieur de chasse), Nicolas Moufflet (estampes et affiches de la fin XIXe et du début du XXe siècle) et Philippe Ménager (La galerie scandinave, design des années 1950 à 1970) a encore accentué le côté chine et découverte qui a pu séduire les visiteurs.

La majorité des marchands se sont montrés satisfaits des affaires conclues, comme Patrick Seguin qui a vendu dès les premiers jours une dizaine de pièces, entre autres de Jean Prouvé, Alexandre Noll et Charlotte Perriand. Le mobilier de Jean Royère a, lui aussi, obtenu un franc succès chez Jacques Lacoste comme chez Jousse Entreprise. Satisfaction encore pour Applicat-Prazan, qui a cédé plusieurs Estève.

Les incertitudes boursières ne se sont apparemment pas fait sentir, à quelques exceptions près, notamment pour Jean-François Anne, spécialisé dans le mobilier du XVIIIe siècle, qui a rencontré des clients plus hésitants.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°125 du 13 avril 2001, avec le titre suivant : Le Pavillon du XXe siècle

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