Salons du dessin

Le Paris du dessin

L’excellence ou l’éclectisme

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2009

Devenu incontournable, le Salon du dessin fait sa révolution à Paris en s’ouvrant cette année à l’art contemporain. À côté du Salon du dessin contemporain, les galeristes de la capitale favorisent cette spécialité tandis que les maisons de ventes proposent plus de 750 feuilles aux enchères.

PARIS - Cette année, le Salon du dessin, présenté au Palais de Bourse, ne sera pas seulement un baromètre de l’état du marché sur ce segment. Il révélera aussi l’évolution des sensibilités. Car la crise tend à cristalliser et accélérer les variations de goût, même si des tendances se précisent depuis plusieurs années. Pour Marie-Christine Carlioz, codirectrice de la galerie Scala (Paris), « les gens recherchent actuellement des dessins “coup de poing” plutôt que des choses plus douces, subtiles ou fades ». La fadeur est un mot étranger à Éric Coatalem (Paris), lequel présentera sur la foire une belle Étude d’épagneul de François Desportes et une étrange figure féminine d’Alfred Kubin. Poussés par la raréfaction, les exposants se calent sur les fluctuations tant esthétiques qu’économiques, sans pour autant faire profil bas. Stephen Ongpin (Londres) prévoit ainsi pour 800 000 euros un pastel de Monet illustrant le Pont de Waterloo. « Il faut être compréhensif, s’attendre à ce que les gens achètent peut-être un seul dessin au lieu de plusieurs, ou bien à ce qu’ils fassent des offres, concède le marchand. Mais il serait contre-productif de ne faire un stand qu’avec des choses peu coûteuses. Cela ternirait la qualité du salon. » Un point de vue que partage Matthieu de Bayser (Paris), fort de son Portrait de tanneur marocain par Delacroix : « Le marché est tiré par le haut de gamme alors que les dessins dont les prix sont inférieurs à 5 000 euros se vendent plus difficilement. » Même souci de la qualité chez David Levy (Paris), qui propose une grande aquarelle de Louis Anquetin représentant Juliette Vary. Du côté de l’art moderne, le visiteur aura le choix entre une aquarelle de 1921 d’Amédée Ozenfant chez Zlotowski (Paris) ou un dadaïste belge, Paul Joostens, chez Ronny Van de Velde (Anvers).

Suroffre actuelle
Rétif jusqu’à présent à l’art actuel, le Salon du dessin connaît une petite révolution au palais en intégrant trois galeries d’art contemporain. Daniel Templon (Paris) fait son entrée avec des œuvres de Valerio Adami, Jim Dine, Germaine Richier et Robert Longo. De son côté, la New Galerie de France (Paris) présente vingt-sept dessins de la main de Martial Raysse, Chloe Piene, Gilles Aillaud, Louise Bourgeois ou Paul Chan. « Je ne m’attends pas à vendre quoi que ce soit car le public espère autre chose, confie Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg). Mais c’est une foire de connaisseurs, ce qui n’est pas le cas du Salon du dessin contemporain, dont la qualité est inégale. Il faut que le dessin devienne un univers spécial, et pas l’à-côté de l’art contemporain. »
Le dessin se serait-il mué en « à-côté », en médium de crise permettant de pallier les affres du marché de l’art contemporain ? « Avant la récession, le dessin était sous-représenté. Maintenant tout le monde le sort de derrière les fagots. On est dans une période de sur-offre », remarque Jeanroch Dard (Paris), lequel mettra l’accent au Salon du dessin contemporain sur Christophe Chemin. Pour Laurent Boudier, directeur de cette manifestation, « les dessins sont des œuvres plus accessibles, mais aussi plus secrètes. Il y a une part d’intime ». De gaieté brouillonne aussi. Transféré in extremis de la Cité de la mode au Carreau du Temple, le Salon mise toujours sur le foisonnement joyeux et frais. Aussi pourra-t-on butiner entre les histoires bibliques pétries d’humour de Casey Jex Smith chez Polaris (Paris) et des recouvrements d’images d’Épinal par Jochen Gerner chez Anne Barrault (Paris). Galleria Continua (San Gimignano, Pékin) parie, elle, sur la rotation quotidienne, en montrant successivement Serse, Nedko Solakov ou Pascale Marthine Tayou. Si le contemporain s’insinue chez les anciens, le moderne fait irruption au Salon du dessin contemporain grâce aux Hans Bellmer de Natalie Seroussi (Paris).

Année d’aiguillage
Incidemment, les époques s’entrecroisent. Au point que l’on se demande si les deux foires ne devraient pas s’unir. Une perspective encore taboue, tant ces manifestations diffèrent par leur degré de maturité. Quand le Salon du dessin brigue l’excellence, son contrepoint contemporain revendique l’éclectisme. « Le marché du dessin ancien n’est pas sur le même registre financier que l’art contemporain. Les rythmes de collections sont différents, les gens ne revendent pas dans les deux ou trois ans », martèle pour sa part le marchand Bertrand Gautier (Talabardon & Gautier, Paris). Les questions de paternité du label « Paris Capitale du dessin » ont aussi suscité l’acrimonie. De fait, chacun tire-t-il à hue et à dia, sans synergie aucune, malgré le jeu de miroir instauré entre la collection de Daniel et Florence Guerlain, exposée au Salon du dessin, et celle d’Agnès b., visible au Salon du dessin contemporain. Président de la Société du dessin, Hervé Aaron (Paris) admet toutefois : « L’année prochaine sera une année d’aiguillage pour le Salon du dessin. Soit on intègre davantage l’art contemporain, ce qui suppose peut-être de changer de lieu, soit on revient là où on était. »

Vers trop d’événements « off »

Jusqu’en 2007, les ventes publiques et expositions en galerie constituaient les vrais « off » du Salon du dessin. Or, depuis 2008, Slick Dessin s’est greffé à l’opération. Cette foire se professionnalise cette année en s’installant dans l’Atelier Richelieu, situé à 200 mètres de la Bourse. « L’an dernier, c’était un test pour voir si les acheteurs de dessins anciens viendraient chez nous. Cela a été le cas, car le dessin est une technique rassurante, transversale, consensuelle », souligne Cécile Griesmar, codirectrice du Salon. Celle-ci a réuni une vingtaine de participants, parmi lesquels les galeries parisiennes Trafic et Gilles Peyroulet & Cie. Prétentieusement baptisée « Foire internationale alternative : le dessin du 21e siècle » (FID), un micro-événement rassemblant douze exposants sort aussi du bois. Son concept ? Montrer des dessins sur des tables, sans cadre. Ce foisonnement ne risque-t-il pas d’être contre-productif, nivelant des événements solides comme le Salon du dessin et une foire off qui laisse circonspect telle la FID ? « Il ne faut pas que le dessin soit galvaudé. Toute cette multiplication nous déplaît », regrettent Daniel et Florence Guerlain. Parole de collectionneurs !

SALON DU DESSIN, 25-30 mars, Palais de la Bourse, place de la Bourse, 75002 Paris, www.salondudessin.com, les 25, 27, 28, 29 et 30 mars 12h-20h30, le 26 mars jusqu’à 22h.
SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN, 26-29 mars, Carreau du Temple, 1, rue Dupetit-Thouars, 75003 Paris, www.salondudessincontemporain.com, les 26, 28 mars 11h-20h, le 27 jusqu’à 21h, le 29 jusqu’à 18h.
SLICK DESSIN, 28-30 mars, Atelier Richelieu, 60, rue de Richelieu, 75002 Paris, www.slick-paris.com, les 28, 29 mars 11h-20h, le 30 mars 11h-16h.
FOIRE INTERNATIONALE ALTERNATIVE : LE DESSIN DU 21e SIÈCLE, 27-29 mars, Espace Nikki Diana Marquardt, 10, rue de Turenne, 75004 Paris, www.foireinternationaledudessin.com, le 27 mars 15h-21h les 28 et 29 mars 11h-20h.

Salon du dessin
Organisation : Société du dessin
Nombre d’exposants : 36
Tarif du stand : forfait de 22 000 euros
Nombre de visiteurs en 2008 : 10 500

Salon du dessin contemporain
Directeur : Laurent Boudier
Nombre d’exposants : 63
Tarif : 220 euros HT le mètre carré
Nombre de visiteurs en 2008 : 14 000

Slick dessin
Direction : Cécile Griesmar, Johan Tamer-Morael, Aude de Bourbon, Sandrine Bisognin
Nombre d’exposants : 21
Tarif : 1 500 à 3 500 euros
Nombre de visiteurs en 2008 : 8 000

FID
Direction : Sergheï Litvin Menollu
Nombre d’exposants : 12
Tarif : forfait de 900 euros

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°299 du 20 mars 2009, avec le titre suivant : Le Paris du dessin

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