Grand Palais

Le paradis des bibliophiles

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008

Le Salon du livre ancien est monté en puissance du 18 au 20 avril.

PARIS - Pour sa seconde édition sur le site du Grand Palais, à Paris, le Salon du livre ancien a pris un très bon pli, au gré d’un aménagement plus aéré et élégant. Si Heribert Tenschert (Ramsen, Suisse) a joué le grand jeu, avec notamment une Bible de 1462, dotée de 481 feuillets enluminés (5 millions d’euros), la manifestation réservait aussi son lot de pièces savoureuses et moins coûteuses notamment chez Serge Plantureux (Paris) avec les affiches Wanted diffusées aux États-Unis entre 1918 et 2000 pour débusquer les criminels. Pour qui aime butiner, il y avait des découvertes croquignolettes comme ce dessin du cinéaste Sergueï Eisenstein chez Frédéric Castaing (Paris). Homosexuel refoulé, le réalisateur s’était adonné à des croquis secrets, représentant ainsi un éphèbe embroché par le pistil d’une plante carnivore ! Autre mignardise, un poème expérimental érotique de Michaux, jouant sur la mutation lexicale et phonétique, chez Pascal de Sadeleer (Bruxelles). De cet écrivain, l’amateur pouvait aussi glaner une Poésie pour le pouvoir, furieusement incantatoire, reliée dans une couverture cloutée chez Lardanchet (Paris).
Malgré un vernissage peu échauffé, le commerce fut plus fluide que l’an dernier. La librairie Sourget (Chartres) s’est délestée de quelques pièces importantes comme les Fables de la Fontaine, illustrées par Oudry. Alain Nicolas (Paris) a, quant à lui, vendu à un confrère américain Daphnis et Chloé illustré par Bonnard, ainsi que les épreuves de Stèles de Segalen, annotées par l’auteur. Toujours en négociation avec la Bibliothèque nationale de France (BNF) pour l’édition originale du Côté de Guermantes de Proust, Jean-Baptiste de Proyart (Paris) a cédé une quinzaine de pièces, notamment l’édition originale de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen au collectionneur Pierre Leroy. Celui-ci s’est aussi porté sur un Sonnet à Orphée de Rilke chez Lame Duck (Cambridge). « Le Salon du livre est mieux pour nous que la Biennale des Antiquaires, que nous avons décidé de ne pas refaire, confiait enfin Heribert Tenschert. Les gens sont plus intéressés et instruits que ceux de la Biennale qui achètent Jeff Koons ou Le Greco mais pas des livres anciens. »
Malgré ce compliment de la part d’un des plus grands marchands d’enluminures, la direction de l’Établissement public du Grand Palais semble toujours considérer le salon comme une variable d’ajustement. Aussi, lui a-t-il proposé comme dates l’an prochain le week-end de Pâques (sic !) ou, option plus réaliste, la mi-juin. Les exposants devront alors croiser les doigts pour éviter l’effet de serre sous la verrière…

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Le paradis des bibliophiles

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