Le mobilier se maintient

Mais lors de la vente test, le marché ne s’est pas emballé

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2007

Il fallait tout vendre, alors quasiment tout est parti dans la vente du 28 février à Drouot, qui mettait à l’honneur du très beau mobilier. Mais les enchères sont restées raisonnables. Radiographie d’une vente test.

PARIS - La vente de meubles d’exception qui s’est déroulée le 28 février à Drouot sous la houlette de la SVV Jorom-Derem devait témoigner de la bonne santé du meuble classique (lire le JdA n° 165, 21 février 2003). Au vu des résultats qui, sans être spectaculaires, ne sont pas non plus mauvais, le bilan est plutôt moyen. S’agissant de pièces issues de successions, donc sans prix de réserve, on s’attendait globalement à mieux. Premier constat : “Cette vente saine à l’esprit de collection a séduit un bon nombre de particuliers”, a remarqué l’expert Guillaume Dillée. Les antiquaires sont restés plus frileux. Du côté des bonnes surprises, une table du milieu, d’époque Louis XIV, à piètement en bois sculpté et doré avec un plateau florentin en marqueterie de marbres de couleurs, estimée 20 000 euros, a été adjugée 61 300 euros ; une paire de fauteuils en acajou, d’époque Directoire, estampillés Jacob, sont partis à 33 000 euros contre une estimation de 9 000 euros ; une grande table ronde de salle à manger en acajou de la fin du XIXe siècle, estimée 8 000 euros, a été emportée à 82 600 euros ; un canapé corbeille en acajou et placage d’acajou, un travail néoclassique étranger vers 1800, estimé 20 000 euros et présenté hors catalogue, a atteint 80 200 euros. “L’acajou a bien marché”, a constaté l’expert. Une paire de chaises de forme rectangulaire en hêtre finement sculpté et doré, d’époque Louis XVI, estampillées Georges Jacob et portant la marque du château de Château-Neuf, a fait trois fois son estimation de 8 000 euros, tandis qu’une paire de larges bergères à dossier plat “à la Reine” d’époque Louis XV, estampillées Claude Séné, est partie à 81 400 euros, au-dessus de son estimation.
Les pièces maîtresses n’ont en revanche pas déchaîné les passions. Une spectaculaire console en arbalète, d’époque Régence, vers 1720, estimée 120 000 euros, en bois sculpté laqué vert sur des contre-fonds jaunes, présentant à la ceinture un décor feuillagé et trois masques sculptés dont deux de Bacchus et un de Renommée, a été adjugée 130 000 euros, une enchère correcte. Et le bel ensemble de salon d’époque Louis XVI, comprenant un canapé, une paire de bergères et une paire de fauteuils en bois finement mouluré, sculpté et doré, avec sa garniture en tapisserie d’Aubusson d’époque à décor d’“amusements champêtres”, n’a pas dépassé 32 000 euros, son estimation haute.
Les vraies déceptions sont venues des commodes. Les deux importantes commodes “à pont” en placage d’écaille brune et cuivre à décor de rinceaux fleuris et feuillagés, à riche ornementation de bronzes ciselés et redorés, d’époque Régence (vers 1720-1730), attribuées à Noël Gérard et estimées 180 000 à 230 000 euros chacune, ont toutes deux été adjugées à leur estimation basse. Un autre modèle, le lot 161, aurait pu créer la surprise. Mais pour la commode galbée d’époque Louis XV, estampillée Félix, en placage de bois indigène à décor de larges bouquets de fleurs et feuillages et à superbe ornementation de bronzes ciselés et dorés, le marteau est péniblement tombé à 140 000 euros, alors qu’on en attendait 150 000 à 230 000 euros. “Ces meubles, même rares, ne sont peut-être plus à la mode”, a estimé Guillaume Dillée, un tantinet déçu. Finalement, l’expert a conclu : “La vente s’est bien passée, compte tenu de la conjoncture”, un commentaire qui équivaut à dire que cela ne va aussi bien que cela.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°167 du 21 mars 2003, avec le titre suivant : Le mobilier se maintient

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