Vendredi 22 novembre 2019

Art d’après guerre et contemporain

« Le marché est compulsif »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2011 - 774 mots

Les grandes ventes de New York affichent des chiffres toujours plus élevés, avec encore et toujours Andy Warhol.

NEW YORK - Les 10, 11 et 12 mai à New York chez Sotheby’s, Christie’s et Phillips de Pury & Company, les ventes du soir d’art d’après guerre et contemporain ont rapporté 528 millions de dollars (370 millions d’euros). Christie’s enregistre le meilleur score avec une sélection d’œuvres qui a rapporté 301,6 millions de dollars. « C’est notre plus grosse vente depuis la crise de 2008, lance Alexandre Carel, spécialiste international et directeur du département de Christie’s France. Nous sommes dans un nouveau paradigme. Le marché est compulsif. »

Estimé 20 à 30 millions de dollars, un Autoportrait (1963-1964) d’Andy Warhol composé de quatre panneaux montrant l’artiste « starisé » avec des lunettes de soleil et un postiche argenté dans différentes poses, peint dans différentes variations de bleus, s’est envolé à 38,4 millions de dollars. Restée dans la même collection américaine depuis sa création, l’œuvre établit un record pour un portrait de l’artiste. L’acheteur européen a été favorisé par un dollar bas. Un particulier européen a aussi emporté, pour 33,6 millions de dollars, un tableau inédit de Mark Rothko peint en 1961, au-dessus d’une estimation très raisonnable de 18 à 22 millions de dollars. Three Studies for Self-Portrait (1974), triptyque de Francis Bacon estimé 22 millions de dollars, est parti à 25,2 millions de dollars. Le marché était parfois spéculatif. Mais les acheteurs ont aussi rectifié le tir. Ainsi, un Autoportrait de 1986 de Warhol estimé 30 à 40 millions de dollars a été adjugé 27,5 millions de dollars. Ocean Park #121 (1980), huile sur toile de Richard Diebenkorn, a trouvé preneur à 7,7 millions de dollars, légèrement en dessous de son estimation basse, ce qui constitue tout de même un record pour l’artiste. Untitled (Lamp/Bear), sculpture monumentale d’Urs Fischer réalisée en 2005-2006 à trois exemplaires et attendue autour de 9 millions de dollars, s’est vendue à 6,8 millions de dollars, soit six fois le précédent record pour l’artiste. 

Phillips de Pury en progression
Sotheby’s présentait une sélection plus modeste, couronnée d’un tableau de Warhol, Seize Jacky (1964), parti à 20,2 millions de dollars malgré une estimation manifestement trop élevée (20 à 30 millions de dollars). Pour Shadow (Red) (1978) de Warhol, la maison de ventes avait obtenu du vendeur la liberté de proposer l’œuvre à un prix attractif. « Quand nous l’avons présentée à 700 000-900 000 dollars, nous pensions qu’elle monterait jusqu’à 2 millions de dollars. C’est comme cela que l’on fait rêver les amateurs », rapporte l’expert Grégoire Billault, directement du département de Sotheby’s France. Une stratégie gagnante puisque le tableau s’est envolé à 4,8 millions de dollars. La sculpture iconique en porcelaine de Jeff Koons, Pink Panther (1988), éditée à trois exemplaires, a été disputée jusqu’à 16,8 millions de dollars, alors que son propriétaire en espérait également 20 à 30 millions de dollars. Ce prix reste néanmoins un résultat spectaculaire car l’œuvre s’était vendue 1,8 million de dollars il y a douze ans à New York chez Christie’s. Les deux autres exemplaires de cette sculpture sont conservés au Museum of Modern Art de New York et au Museum of Contemporary Art de Chicago.

Troisième sur le marché de l’art contemporain, la maison Phillips de Pury a su tirer son épingle du jeu. Avec près de 100 millions de dollars de recette pour sa vente du soir, elle réduit son écart avec les deux auctioneers historiques. Son président, Simon de Pury, s’est dit « enthousiaste de ces forts résultats qui ont plus que doublé par rapport à l’an dernier, du fait du dynamisme du marché et aussi en raison de notre nouvelle localisation au 450 Park Avenue, ce qui nous a « boosté » ». Des œuvres signées Warhol étaient aussi de la partie, à commencer par un emblématique portrait de l’actrice américaine Elizabeth Taylor décédée cette année, Liz #5 (Early Colored Liz), emporté à 26,9 millions de dollars, dans son estimation. 

SOTHEBY’S, LE 10 MAI

Estimation : 115 à 175 millions de dollars
Résultats : 128,1 millions de dollars (89 millions d’euros)
Nombre de lots vendus/invendus : 49/9
Lots vendus : 84,5 %
En valeur : 88,7 % CHRISTIE’S, LE 11 MAI

Estimation : 226 à 317 millions de dollars
Résultats : 301,6 millions de dollars (211 millions d’euros)
Nombre de lots vendus/invendus : 62/3
Lots vendus : 95 %
En valeur : 99 % PHILLIPS…, LE 12 MAI

Estimation : 85 à 120 millions de dollars
Résultats : 98,8 millions de dollars (69 millions d’euros)
Nombre de lots vendus/invendus : 39/11
Lots vendus : 78 %
En valeur : 91,5 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : « Le marché est compulsif »

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque