Mercredi 21 octobre 2020

Design

Le Japon et le coffre à secrets

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 1 février 2012 - 788 mots

PARIS [03.02.12] - Le designer Oki Sato s’expose généreusement dans deux galeries parisiennes tandis que ses confrères européens présentent ailleurs d’énigmatiques pièces.

Le Pays du soleil levant revient sur le devant de la scène. Pour sa première exposition parisienne, le designer Oki Sato, 35 ans, fondateur, en 2002, de l’agence tokyoïte Nendo, n’a pas lésiné sur les moyens, déployant ses dernières – et abondantes – productions dans pas moins de deux vastes lieux de la capitale. À la Carpenters Workshop Gallery, il montre deux types de recherches : l’une réalisée en verre soufflé de Bohême, l’autre à partir de filets en polypropylène. La première, intitulée Static Bubbles, joue avec la liquidité du verre de deux façons opposées. D’un côté, les tables d’appoint Overflow (5 500 euros/pièce, 12 modèles, 8 exemplaires de chaque) laissent, ainsi, ledit « liquide » s’échapper aléatoirement par un interstice du plateau. De l’autre, au contraire, les tables basses Innerblow (8 800 euros/pièce, 5 modèles, 8 exemplaires de chaque) contraignent le verre, lequel est soufflé à l’intérieur d’un cube de métal. Dans les deux cas, l’effet, gracile ou puissant, est surprenant. Plus délicat et un poil maniéré, le second travail, Farming Net Objects (de 650 à 1 800 euros/pièce, 28 modèles, 8 exemplaires de chaque), consiste en une collection d’objets – vase, coupe, panier… – fabriqués à l’aide d’un banal matériau industriel : du filet de protection pour les cultures agricoles. Le designer nippon a sculpté des formes les plus diverses en les moulant sur des volumes existants, puis en les soudant à chaud, à la manière d’un orfèvre. Moins convaincante, en revanche, est la livraison qu’Oki Sato a réalisée pour le jeune éditeur Specimen et qu’il exhibe dans la galerie Pierre-Alain Challier. « Object Dependency » (de 3 500 à 8 000 euros/pièce, toutes les pièces sont éditées à 8 exemplaires) consiste en 14 meubles en tilleul laqué – lampe, étagère, table, rangement… – conçues selon un étrange principe : « Ces meubles ne peuvent exister sans les objets pour lesquels ils ont été créés. » Ainsi, la porte d’un rangement ne peut se refermer que si on la coince avec ledit objet, « tasse » ou « brique de lait » en fonte peinte. Une table basse ne tient en équilibre que si l’on ne retire pas les « livres » (en fonte !) qui maintiennent son plateau bien fermement sur le pied. Bref, ce système de contrepoids imposé complique derechef l’utilisation du mobilier, en clair, sa fonctionnalité.

Du mystère dans le design
À la Granville Gallery, le designer Vincent Dupont-Rougier s’attaque, lui, aux archétypes. Sa sobre table Uses (20 000 euros, 6 exemplaires) pourrait, de prime abord, paraître ordinaire, sauf qu’elle se compose de deux matériaux distincts réunis comme par enchantement : du chêne et du Staron, mélange de résine acrylique et de minéraux. Avec cette dernière matière, Dupont-Rougier a aussi conçu le candélabre Santa Teresa (10 000 euros, 6 exemplaires), luminaire faussement liturgique telle une ponctuation dans l’espace. Enfin, l’étagère Halikéa (1 200 euros, à la demande) en MDF plaqué chêne s’inspire non sans humour de ses congénères faussement massives des grandes enseignes de décoration – Habitat, Alinéa, Ikéa, dont la contraction donne le nom à cette pièce – mais profite de loger dans son épaisseur un discret « coffre à secrets ». La planète design cultiverait-elle le secret ? Sans doute, car tel est le cas également à la Tools Galerie, dans cette exposition intitulée « Knock on Wood », en particulier avec ce tas de bois dressé tel un stère devant un chalet. Ce meuble dessiné par le designer helvète Boris Dennler se révèle être, en fait, un semainier en frêne, Wooden Heap (12 000 euros, 8 exemplaires), lequel dissimule une série de six tiroirs secrets. Plus mystérieux encore sont les Pine Stools (2 100 euros/pièce, 24 pièces) du duo anglo-suédois Joe Nunn et Markus Bergström. Contrairement à leur apparence, ces tabourets sont constitués d’éléments de pin de section carrée, collés et découpés au laser, le tout recouvert de sept couches de laque, puis d’un vernis polyuréthane, ce qui, au final, donne un aspect d’une profondeur incroyable. Énigmatique enfin, cette suspension signée Elisa Strozyk et baptisée Miss Maple (2 000 euros, à la demande). L’abat-jour se compose d’une mosaïque de bois collée sur de la fibre de coton, que l’on peut former ou déformer à l’envi, au gré de son humeur du jour. Façon cumulonimbus ou cirrostratus, c’est selon.

« VINCENT DUPONT-ROUGIER », jusqu’au 29 février, Granville Gallery, 23, rue du Départ, 75014 Paris, tél. : 01 43 22 41 94

« NENDO, STATIC BUBBLES », jusqu’au 3 mars, Carpenters Workshop Gallery, 54, rue de la Verrerie, 75004 Paris, tél. : 01 42 78 80 92

« KNOCK ON WOOD », jusqu’au 10 mars, Tools Galerie, 119, rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris, tél. : 01 42 77 35 80

« NENDO, OBJECT DEPENDENCY », jusqu’au 17 mars, Galerie Pierre-Alain Challier, 8, rue Debelleyme, 75003 Paris, tél. : 01 49 96 63 00

Légende photo

Nendo, tables Overflow et Innerblow, 2011, vue de l'exposition « Static bubbles  » à la Carpenters Workshop Gallery, Paris. © Carpenters Workshop Gallery.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°362 du 3 février 2012, avec le titre suivant : Le Japon et le coffre à secrets

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