Vendredi 30 octobre 2020

Chassé-croisé

Le « come-back » parisien de Ouattara Watts

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 778 mots

Des terres ancestrales de l’Afrique à Manhattan, le résumé de l’œuvre de l’artiste ivoirien présenté à la galerie Boulakia, affiche la continuité de son travail.

PARIS - On n’avait pas vu Ouattara Watts à Paris depuis presque vingt-cinq ans ! On le retrouve aujourd’hui à la galerie Boulakia, où il avait fait sa première exposition fin 1990. À l’époque il s’agissait de la galerie Philippe Boulakia rue Bonaparte (dans le 6e arrondissement) fermée en 2002 ; actuellement l’exposition se tient à la galerie Boulakia (familiale), avenue Matignon (8e arrondissement). Mais si Ouattara Watts est aujourd’hui peu connu en France, ce n’était pas le cas à la fin des années 1980, où une rencontre va changer sa vie, celle de Jean-Michel Basquiat.
Pour comprendre l’histoire singulière de Ouattara Watts, il faut tout reprendre depuis le début. Né en 1957 à Abidjan en Côte d’Ivoire, et d’origine Sénoufo, c’est-à-dire la région de Korhogho, au nord du pays, l’artiste débarque à Paris en 1977 et s’inscrit directement aux Beaux-Arts, où il va rester jusqu’à ce qu’il trouve, six ou sept ans plus tard, un atelier. Il est vite repéré et exposé pour la première fois par le galeriste Georges Lavrov dans une exposition collective en 1985. Claude Picasso l’y remarque et, par la suite, lui fera rencontrer Miquel Barceló, avec qui il ira travailler en Afrique quelques années plus tard. En janvier 1988, Yvon Lambert fait une exposition de Jean-Michel Basquiat. Watts va à la soirée de vernissage, les deux artistes sympathisent. Basquiat lui achète des tableaux, le fait venir s’installer à New York et lui présente son galeriste de l’époque, Vrej Baghoomian, qui lui organise dès 1989 sa première exposition personnelle, suivie par d’autres jusqu’au décès du galeriste en 2003. Entre-temps, Basquiat lui aussi meurt, en août 1988. Celui qui, à Paris, s’appelait seulement Ouattara, ou Watt en diminutif et qui à New York devient Ouattara Watts repart alors à zéro, rencontre des agents et des commissaires et fait sa première exposition monographique dans un musée, au Berkeley Museum de San Francisco en 1994. L’année suivante, il exposera même chez Gagosian en étant alors l’un de ses plus jeunes artistes. Il va ensuite régulièrement montrer ses œuvres ici ou là, notamment à la galerie Magazzino de Rome, ou récemment en 2012 dans un grand espace industriel à Soho (New York).

De la Côte d’Ivoire à New York
En une dizaine d’œuvres, la sélection, ici choisie par la galerie et l’artiste, raccourcit le temps, retrace le trajet parcouru et montre subtilement la continuité, la cohérence intellectuelle et plastique entre les œuvres du début et celles d’aujourd’hui. On prend ainsi un grand plaisir à revoir de grandes toiles comme Divination (1990) évocatrice de ces rhombes, objets en bois losangés que les initiés font tourner et vrombir et que Watts (lui-même issu d’une famille d’initiés) a connu dans sa jeunesse. Quiconque a, un jour, assisté à la « sortie des rhombes », selon l’expression consacrée et entendu leur vrombissement impressionnant, frissonnera de nouveau rien qu’à la vue de leur figuration sur la toile. Car les toiles de Watts sont animées, habitées, « chargées » comme on le dit des pièces d’arts premiers. Chargées de tout : de couleur, de matières, de spiritualité, de signes et de symboles universels et magiques, de ce qui dessine notre rapport au monde, visible ou invisible. D’une toile à l’autre et même souvent à l’intérieur d’un même tableau, sont ainsi juxtaposés le losange précité, la forme récurrente de la spirale qui peut se prendre pour un serpent (ou l’inverse), des têtes de mort (ou de vivant) des inscriptions diverses, des chiffres, des lettres, des équations bizarres, « parce qu’on est dans un monde technologique » indique-t-il, des aplats, des empâtements, des coulures, des surfaces granuleuses. Chez Watts, les bleus sont bleus, les oranges vifs, les marrons sombres, à chacun son rôle, sa place, sa profondeur. « Même si la référence spirituelle est restée la base de mon travail », rappelle-t-il, on trouve aussi dans ses œuvres plus récentes des images de sa vie quotidienne new yorkaise. Car si Basquiat était allé en Afrique (en 1986) chercher ses racines, sa mémoire, Watts a fait, lui, le chemin inverse et est allé à New York pour conjuguer ses traditions au présent de la modernité.

À destins croisés, cotes distinctes, puisque loin de ceux de Basquiat, les prix de Watts nettement plus raisonnables, sont eux de 7 000 euros pour une gouache sur papier et vont de 30 000 euros pour une toile à 94 000  euros pour un grand triptyque.

OUATTARA WATTS

Nombre d’œuvres : 14 (10 toiles et 4 papiers)
Prix : entre 7 000 et 94 000 €

OUATTARA WATTS

Jusqu’au 11 mai, Galerie Boulakia, 10 avenue Matignon, 75008 Paris, tél.01 56 59 65 55, www.boulakia.net, lundi-samedi 10h-13h et 14h30-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : Le « come-back » parisien de Ouattara Watts

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