Vendredi 30 octobre 2020

Collection

Le choix du roi

Un galeriste en appartement concurrence les maisons de ventes

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2012 - 517 mots

PARIS - L’éditeur de tissus de luxe Manuel Canovas est un grand amateur de dessins anciens, mais certainement pas un accumulateur. « Une collection, c’est comme un voyage : on rapporte des choses, mais pas trop.

Quand on a trop d’œuvres, on ne les voit plus. Le plaisir s’émousse », explique-t-il. Sa collection de dessins évolue et il n’hésite pas à se séparer de pièces qu’il apprécie moins au fil du temps. « Il faut garder les œuvres que l’on aime le plus, qui ne sont pas forcément les plus rares ni les plus chères », indique ce passionné des feuilles italiennes illustrant des antiques. S’apprêtant à céder un pan entier de sa collection trop volumineuse pour ne garder que ses pièces favorites, sa première pensée fut de s’adresser à une maison de ventes internationale, comme il a déjà eu l’occasion de le faire par le passé pour quelques feuilles. Sa rencontre avec un jeune marchand parisien va modifier sa vision des choses. « Il y a une alternative aux enchères », lance son interlocuteur Emmanuel Marty de Cambiaire, qui, compte tenu de la qualité de la collection, offre à Manuel Canovas de la prendre en charge entièrement. Il lui organise une exposition dans sa galerie-bureau en appartement située place Vendôme, au moment du Salon du dessin, qu’il accompagne de l’édition d’un catalogue bilingue au nom du collectionneur. C’est une première dans le milieu.

Recherches approfondies
La rémunération du marchand consiste en un pourcentage sur le montant de la vente tandis que le collectionneur peut bénéficier d’une avance financière sur les transactions, comme dans le cadre d’enchères. Emmanuel Marty de Cambiaire, qui sait que l’on reproche aux antiquaires leur manque de transparence, donne à Manuel Canovas le moyen de vérifier le montant des transactions, stipulé dans le contrat. La compétence et la passion du professionnel en matière de dessins anciens, l’aide de son épouse Laurie pour les recherches approfondies sur chaque œuvre, ont fait le reste. L’affaire est conclue. « Ce jeune antiquaire est très «calé». Il m’a appris des choses sur mes dessins », s’enthousiasme Manuel Canovas. Par exemple, deux études exécutées par Palma le Jeune – peintre vénitien de la fin du XVIe– se révèlent être des dessins préparatoires pour deux tableaux : Adam et Ève, conservé au Museum of Art de Baltimore (Maryland), et Les Trois Grâces qui se trouvent dans les collections de la galerie de l’Accademia di San Luca à Rome en Italie. Au total, vingt-six dessins du XVIe au XVIIIe siècle, principalement italiens, sont exposés place Vendôme, parmi lesquels une impressionnante composition sur papier bleu de l’artiste véronais Paolo Farinati figurant La Décollation de saint Jean Baptiste et un petit dessin très synthétique (pour ne pas dire cubiste) du Génois Luca Cambiaso représentant Deux personnages luttant. Vendre sa collection aux enchères n’est peut-être plus la voie royale. Les marchands peuvent se révéler de sacrés concurrents pour les maisons de ventes.

DESSINS ANCIENS DE LA COLLECTION MANUEL CANOVAS

Du 27 mars au 6 avril, 10h-19h, 16, place Vendôme, escalier B, 2e étage, 75001 Paris, tél. 01 49 26 05 01. Catalogue bilingue français/anglais.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°365 du 16 mars 2012, avec le titre suivant : Le choix du roi

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