Archéologie

Le Bâle des Antiquités

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2011 - 697 mots

Paradis des passionnés d’archéologie, la foire Baaf, en Suisse, a connu un léger ralentissement économique sur la fin.

BÂLE - La 8e édition de Baaf (Basel Ancient Art Fair) s’est tenue du 4 au 9 novembre dans la Reithalle Wenkenhof – belle propriété du XVIIIe siècle entourée d’un vaste parc, à Riehen près de Bâle (Suisse). Première au monde dans le domaine de l’art antique devant Tefaf (The European Fine Art Fair) de Maastricht (Pays-Bas), cette foire spécialisée dans l’Antiquité classique, l’Égypte ancienne et les civilisations anciennes d’Asie occidentale, a réuni 18 marchands, grâce à une astucieuse extension du lieu qui a profité à deux exposants français. Introduit temporairement l’an dernier à la suite de la défection exceptionnelle de l’Anglais Charles Ede, Jean-Pierre Montesino, de la galerie Cybèle, a pu être de nouveau accueilli à la Baaf. Le soir du vernissage, il a vendu à un important collectionneur européen la partie inférieure d’une statue égyptienne portant le nom de Thoutmôsis III, de la XVIIIe dynastie, Nouvel Empire. Il a aussi enregistré « plusieurs touches » sur un rare amphoriscos de 14 cm en verre multicolore égyptien, de l’époque d’Akhetaton (XVIIIe dynastie). « Le seul autre exemplaire connu de cette taille se trouve au Metropolitan Museum of Art, à New York », souligne l’antiquaire, qui estime raisonnablement pouvoir vendre le sien dans l’année. Son confrère parisien, David Ghezelbash, nouveau à Baaf, a aussi eu des touches sur sa pièce maîtresse, une tête de Diomède (roi mythologique d’Argos) en marbre blanc. Cette pièce romaine du IIe siècle avait été achetée 145 000 euros par un collectionneur lors de la vente de la collection Saint Laurent-Bergé à Paris en 2009. Le jeune marchand en demandait plus du double, soit « un prix normal, compte tenu de l’évolution constatée des prix du marché pour les belles pièces de grande qualité ». Du reste, un tiers des objets de son stand ont été cédés dès le premier jour, en grande partie à des collections internationales publiques et privées, mais aussi à quelques marchands.

Antiques et éthique
Nombre de conservateurs américains avaient fait le déplacement. Plusieurs se sont arrêtés devant une statue fragmentée du règne d’Amenhotep II, représentant une tête de prêtre en granodiorite, présentée par la galerie Bader Koller (Lugano, Suisse) à plus de 300 000 euros. Sur le stand du Londonien Rupert Wace, un musée a emporté un très beau vase sacré égypto-romain d’Osiris-Canope du Ier-IIe siècle pour près de 200 000 euros. Chez son compatriote Charles Ede, une monumentale et puissante tête de roi ou de dieu, en calcaire, de la période perse, a fait le bonheur d’une institution pour 100 000 euros. À Baaf, la facilité avec laquelle les musées choisissent les objets, achetant quasiment les yeux fermés, est étonnante. Point  fort du salon : les participants appartiennent tous à l’« International Association of Dealers in Ancient Art » (IADAA), une association très sélective de marchands (au minimum deux ans de mise à l’épreuve avant intronisation) régie par un code de conduite qui garantit à leurs clients l’authenticité des objets et une provenance irréprochable. Un label de confiance dont ne bénéficient pas certaines enseignes prestigieuses, présentes pourtant dans de grandes foires internationales. Dernier admis en date à l’IADAA, David Ghezelbash est fier d’exercer « son métier de la façon la plus éthique qui soit ». « Même lorsque j’achète un objet en salle des ventes, je fais une véritable enquête », précise Jean-Pierre Montesino.

L’effervescence commerciale du premier jour a fait place à une activité assez ralentie durant le week-end. Certains participants déploraient que leur confrère bâlois, Jean-David Cahn, exposant mais également auctioneer, ait organisé une vente aux enchères d’archéologie le samedi soir dans ses locaux. Pour Vincent Geerling de la galerie Archea (Amsterdam), organisateur de la foire, « cela ne peut pas nuire [à l’événement], car la vente aux enchères a lieu deux jours après l’ouverture de la Baaf ». « La vente donne encore plus d’attractivité à notre salon. Je pense aux sous-enchérisseurs des quelques pièces les plus convoitées qui vont revenir vers nous le lendemain, afin de compenser leur frustration. » Le rythme des affaires ne s’est pourtant pas arrangé le lendemain, ni les trois jours suivants.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Le Bâle des Antiquités

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