Découverte

L’Art déco vu par Marc du Plantier

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 2 décembre 2005

Le décorateur, qui navigua dans les hautes sphères de la société de son époque, réalisa de nombreux objets au style affirmé et novateur. Exposition à Paris, à la galerie Willy Huybrechts.

PARIS - Marc du Plantier (1901-1975) est de ces décorateurs dont la renommée ne dépasse pas le cercle des connaisseurs. Si les rares pièces proposées aux enchères ne passent jamais inaperçues, sa notoriété n’a jamais atteint celles de Jacques Émile Ruhlmann ou d’Eugène Printz. Spécialiste de l’Art déco, Willy Huybrechts consacre au décorateur au style affirmé et novateur sa première exposition dans ses locaux de la rue Bonaparte à Paris (inaugurés il y a tout juste un an).
Aristocrate de naissance, membre de l’élite intellectuelle et confident des têtes couronnées, Marc du Plantier a passé sa vie à naviguer dans les hautes sphères de la société. Ses relations lui ont
assuré, dès ses débuts, des commandes importantes, tant à Paris qu’à Madrid, où il se réfugie en 1939, à Mexico, où il établit sa maison de décoration Artdecor, voire à Los Angeles, à Beyrouth ou à Alger. Il fut même l’auteur de tapisseries et de meubles destinés au palais de l’Élysée. Ces
pérégrinations ont marqué l’évolution de ses goûts, à l’origine très marqués par l’Antiquité avant de se dépouiller et de se moderniser. Sa griffe est en quelque sorte celle du jarret de lion, dont il affuble ses socles, ses tables basses et ses cadres. Conflit mondial oblige, les matières de ses œuvres ne sont pas toujours les plus nobles, mais elles sont traitées avec raffinement et avec une grande maîtrise du détail.

Clientèle américaine
La soixantaine d’objets décoratifs réunis par Willy Huybrechts offre un large aperçu des créations de du Plantier. Des porte-savon en bronze aux vide-poches en métal doré, en passant par les tabourets en Plexiglas et les multiples boîtes en ébène de Macassar et en amarante, la sélection est vaste, pour des prix naviguant entre 10 000 et 150 000 euros. Sa paire de candélabres en plâtre (1954) n’est pas sans rappeler ceux de Diego Giacometti, et les veilleuses brûle-parfum au décor ajouré se veulent orientalistes. Les lampadaires, aux bras fins et dociles dans les années 1940, s’affirment plus géométriques, arrimés par d’importants blocs de quartz fumé dans les années 1960. Le luxe et la fragilité des matières soulignent l’excellent état de conservation des pièces, parmi lesquelles une œuvre maîtresse : un meuble recouvert de parchemin teinté en bleu, dont la façade à deux portes est ornée d’éléments en terre cuite dorée. Les amateurs de larges tableaux au parfum symboliste voire surréaliste – dont l’ambiance emprunte autant à Puvis de Chavannes (lire p. 10) qu’à Paul Delvaux – apprécieront les panneaux décoratifs peints par du Plantier pour sa résidence de Boulogne (Hauts-de-Seine).
Aujourd’hui, le marché du créateur est relativement restreint, et les créations présentées sont d’autant plus rares qu’elles résultent d’un long travail d’identification auprès de collectionneurs privés,
recherches effectuées grâce aux archives du décorateur. Il n’existe ni répertoire ni garant officiel – ou officieux – de l’œuvre. Aussi, dans les mois à venir, pourraient apparaître sur le marché de nouvelles pièces, provenant de collectionneurs interpellés par l’exposition. Car si le marché de l’Art déco est dominé par la clientèle américaine, les multiples commandes parisiennes du décorateur laissent présumer d’un grand nombre de pièces encore entre des mains privées, même si les Français ont la réputation de se défaire difficilement de leurs trésors.

MARC DU PLANTIER

- Galeriste : Willy Huybrechts - Nombre d’œuvres : une soixantaine - Nombre de salles : 1

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°226 du 2 décembre 2005, avec le titre suivant : L’Art déco vu par Marc du Plantier

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