Mercredi 14 novembre 2018

L’art de se mettre au vert

Les maisons de ventes se lancent dans les antiquités de jardins

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 10 octobre 2003 - 739 mots

Tandis que les feuilles mortes se ramassent à la pelle, deux ventes atypiques rendent hommage à l’art des jardins, qu’ils soient romantiques ou classiques. Cette spécialité semble en effet avoir le vent en poupe. Tendance.

 HOUDAN/PARIS - Les 18 et 19 octobre, la maison de ventes Artcurial proposera une vente de plus de mille lots sur le thème des antiquités de jardins. Sculptures anciennes et modernes, fontaines, bassins, mobilier, grilles d’entrée, puits, margelles, vases, jarres, portes d’entrée, boiseries et cheminées sont au programme. La vacation se déroulera à Houdan (Yvelines) où sont exposées les pièces provenant du déstockage d’un marchand. Ce n’est pas la première fois que ce genre de vente a lieu, mais “c’est la première vente de cette importance dans l’art des jardins”, souligne Rémy Le Fur, qui à cette occasion partagera le marteau avec Hervé Poulain. Les temps forts tournent autour d’une fontaine monumentale en pierre, datant du XIXe siècle et haute de 6,50 m. Cette pièce, estimée 125 000-160 000 euros, est aussi baptisée Temple du Prince Noir et provient du château de Lormont, en Gironde, qui fut pendant trois siècles la résidence des rois d’Angleterre (1154-1453) avant de devenir la demeure des archevêques de Bordeaux jusqu’à la Révolution. Très attendu aussi, un temple indien de 3,65 m en marbre de la première moitié du XIXe siècle, dédié à Ambeshwar (la déesse de l’énergie et de la force), provenant de la province du Shekhawati, au nord du Rajasthan, et estimé 80 000 à 120 000 euros. Près d’une centaine de sculptures rythment la vente, de 1 500 à 100 000 euros. On notera une paire de statues italiennes du XVIIe siècle en roche volcano-sédimentaire, représentant des consuls romains à l’antique, sur une estimation de 40 000 euros pièce, mais aussi : Le Triomphe d’Ariane, une sculpture en marbre de Carrare signée Auguste Clésinger, à Rome, 1866, estimée environ 100 000 euros ; une Nymphe agenouillée en pierre par Lanson, présentée au Salon de 1896 et estimée 30 000 euros, ou encore La Source endormie d’Auteuil, une réalisation majeure en marbre de 1901 d’Alfred Lenoir, estimée 60 000 euros. De quoi embellir propriétés et parcs selon le goût de chacun.

Le décoratif l’emporte sur l’historique
La maison Sotheby’s organise depuis longtemps dans le Sussex ce type de dispersion annuelle intitulée “Garden, Architectural and Natural History”. Au cours de la dernière vente, qui a eu lieu le 23 septembre, 55 % des 675 lots ont trouvé preneurs, souvent au-dessus de leurs estimations. “Ces vacations, significatives de la passion de nombreuses personnes pour les jardins, marchent bien”, observe-t-on chez l’auctioneer. Le côté décoratif l’emporte sur l’intérêt pour les pièces historiques, ce qui est le propre de la vente de charme, où l’acheteur cherche avant tout à se faire plaisir. Le thème a par ailleurs inspiré un commissaire-priseur de Drouot, Alain Leroy, de la SVV EVE. C’est sous le titre “Jardin, Botanique, Maison de campagne” qu’il effectuera son premier essai le 24 novembre. Quelques statues et pièces de mobilier de jardin, à l’instar d’un banc d’époque Directoire, d’une paire de suspensions vénitiennes pour extérieur et de trois ou quatre arrosoirs en cuivre du XVIIIe siècle, seront posés pour le décor mais ne constitueront pas l’essentiel du programme, dédié aux dessins, aquarelles et tableaux botaniques, vues et plans de jardins ainsi qu’aux ouvrages anciens sur le sujet. “C’est plutôt amusant car les lots sont accessibles entre 100 et 10 000 euros (hormis quelques tableaux anciens). J’aimerais reconduire ce genre de vente une ou deux fois par an”, lance Alain Leroy. On remarquera notamment : le Plan de la villa Monte Dragone près de Rome, un dessin à l’encre et aquarelle attribué à Percier et Fontaine pour 800 euros ; une aquarelle sur vélin décrivant une Étude de châtaignes, vers 1880, estimée 1 000 euros, ou encore une gouache signée “M. Dunant” intitulée Le Lignon, nom d’une propriété située près de Genève, et estimée 7 000 euros. Ces enchères automnales réveilleront-elles les âmes bucoliques des amateurs de jardins ?

- ANTIQUITÉS ARCHITECTURALES, vente les 18 et 19 octobre, Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur, “Origines”?, 14 porte d’Épernon, 78550 Houdan, tél. 01 30 59 50 84, exposition : du 11 au 17 octobre, 8h30-18h. Visites guidées tous les jours. www.artcurial.auction.fr - JARDIN, BOTANIQUE, MAISON DE CAMPAGNE, vente le 24 novembre, Drouot-Richelieu, SVV EVE, tél. 01 53 34 04 04. Exposition : les 22 et 24 novembre, 11h-18h ; le 24 novembre, 11h-12h et sur rendez-vous chez EVE.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°178 du 10 octobre 2003, avec le titre suivant : L’art de se mettre au vert

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