Les grandes manœuvres du marché asiatique

L’art chinois au meilleur prix

Que faut-il acheter et où ?

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2009

Secrétaire de la Ching wan Society, prestigieuse association taiwanaise de collectionneurs d’art chinois, et lui-même marchand renommé installé à Taipei, Jeff C.F. Hsu indique où acheter dans le monde œuvres et objets d’art chinois au meilleur prix.

TAIPEI (de notre correspondant). Située dans Anho Road, au cœur d’un des beaux quartiers de Taipei, la galerie de Jeff C.F. Hsu recèle quelques-uns des plus beaux exemples d’art chinois que l’on puisse acquérir dans l’île. Jeff Hsu s’est lui-même constitué une très riche collection de sculptures anciennes en pierre et en bois doré, et il possède de remarquables reliquaires tibétains ainsi que de très belles porcelaines du début de la dynastie Ch’ing. La Ching wan Society, dont Jeff Hsu est également le secrétaire, ne fait pas mystère de ses activités. Les membres de cette association de collectionneurs sont si fortunés et si renommés qu’ils n’ont pas besoin du soutien d’un quelconque groupe : à la différence du réseau des marchands d’art japonais, le Kokan-kai, ce club ne fonctionne pas comme un "cartel", car "il existe beaucoup trop d’antiquités chinoises sur le marché, disponibles à tout moment, pour qu’un groupe puisse contrôler l’offre à lui tout seul et chercher à gonfler les prix", déclare Jeff Hsu. Créée en 1992, cette association a pris pour modèle la Min Chiu Society, établie de longue date à Hong Kong. La cotisation initiale, fort modeste, était de l’ordre de 200 000 dollars taiwanais, mais la somme totale recueillie ayant été dépensée depuis, la seconde cotisation a été fixée à 10 millions de dollars taiwanais (environ 2 millions de francs) !

Macao et Singapour en pointe
La Ching wan Society compte quatorze membres, figurant parmi les plus grands collectionneurs de Taiwan. Elle réunit des hommes tels que Tsai Yi-ming, qui se spécialise dans la collection de porcelaines, ou Tasi Tzeng Yang, collectionneur de mobilier, de sceaux et de jades, membre d’une des familles les plus riches d’Asie avec des intérêts dans l’assurance, l’industrie hôtelière, le bâtiment et la banque. Également au nombre des ses membres, Tseng Chi-bing, un entrepreneur qui collectionne des peintures au pinceau et à l’encre ; Luo Chin-ming, directeur général du China Trust, amateur de peintures impressionnistes asiatiques ; Geoffrey T.C. Huang, président de Dimension, la fondation culturelle de la société fruitière Taiwan Pineapple Group (lire le JdA n° 12, mars 1995) ; et Ma chi Ling, grand admirateur de l’artiste chinois Ling Feng-mien. L’association compte aussi quelques membres honoraires, tels que T.T. Tsui de Hong Kong, et Yant-hsin, directeur adjoint du Palace Museum de Pékin. Afin d’élever le niveau des connaissances de tous, Jeff Hsu organise régulièrement des colloques auxquels divers spécialistes sont invités. Selon Jeff Hsu, les membres de la Ching wan Society effectuent environ 70 % de leurs acquisitions lors de ventes organisées par Sotheby’s et Christie’s. Toutefois, pour son compte personnel, il assure acquérir aujourd’hui les pièces les plus intéressantes lors des ventes de Han Hai rand Ja Jer, à Pékin : "Dans l’ensemble, la peinture est de plus haute qualité à Pékin que partout ailleurs, mais les jades et les bronzes ne peuvent être exportés." Le retour de Hong Kong à la Chine devrait selon lui accroître l’importance de Macao, "qui est sans doute déjà l’endroit le moins cher pour acheter des antiquités, en attendant que Singapour prenne le relais." Toujours selon Jeff Hsu, la nouvelle génération de collectionneurs viendra certainement de Shanghai, de Pékin et de Hai Nan dou, une zone économique spéciale proche de Hong Kong.

Les bons placements
À l’éternelle question "que faut-il acheter et où ?", Jeff Hsu répond très précisément : "La céramique T’ang est un bon placement, de même que les sculptures en pierre des dynasties Chi du Sud et des Wei. Le mobilier Ming est sans aucun doute un très bon investissement [lire le JdA n° 30, novembre 1996], comme les jades de la période des Royaumes combattants et de la dynastie Cho (951-960), ainsi que les céramiques de la fin de la dynastie des Ming, de la période de transition et du début de la dynastie Ch’ing." Il reconnaît que "Tokyo est sans doute la meilleure place pour acheter de la porcelaine Ch’ing car les Japonais ne l’apprécient guère, contrairement aux acheteurs de Hong Kong, où les prix sont beaucoup plus élevés." "Les ivoires du XIXe siècle sont bon marché aux États-Unis, mais d’un prix très élevé à Taiwan. Les sculptures en pierre sont relativement peu chères à Londres, et meilleur marché encore à Paris", poursuit Jeff Hsu, qui conseille également "d’éviter les galeries renommées au profit des petits antiquaires situés aux abords des centres-villes."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°33 du 1 février 1997, avec le titre suivant : L’art chinois au meilleur prix

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