Mardi 11 décembre 2018

Les ventes aux enchères dans le monde, résultats et commentaires

L’art ancien sauvé par une licorne

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 753 mots

En raison de l’étroitesse actuelle du marché et du petit nombre des œuvres proposées, Sotheby’s et Christie’s ont eu du mal à trouver des acheteurs les 6 et 7 juillet. Une corne de narval sculptée du XIIe a sauvé la vente avec une enchère de 3,4 millions de francs.

LONDRES - Avec un catalogue plus mince que d’habitude, Sotheby’s n’a vendu, le 7 juillet, que 40 % des 207 lots proposés, pour un total de 975 448 livres (soit 8,2 millions de francs environ) représentant 60 % en valeur. La veille, Christie’s avait écoulé 43 % de ses lots pour 1 149 290 livres (soit 9,65 millions de francs environ), représentant 69 % en valeur – mais uniquement grâce à un objet exceptionnel, une corne de narval dont on a tant parlé.

Il s’agit d’un travail du milieu du XIIe siècle, probablement anglais, comparable à une pièce du Victoria & Albert Museum. Elle a été vendue sur enchère téléphonique à 400 000 livres (soit 3,4 millions de francs environ). Un fragment de tapisserie de laine représentant deux scènes de la vie de sainte Sabine, œuvre alsacienne du XIVe siècle, a été vendu par téléphone à 150 000 livres (soit 1,26 million de francs environ).

Les marchands ont emporté certaines des meilleures pièces. Une Diane chasseresse de l’atelier de Prieur, estimée entre 12 000 et 18 000 livres (soit 100 800/ 151 200 francs), a été vendue à Reiner Zietz pour 18 000 livres (151 200 francs). Il s’agit de l’une des trois œuvres de cet atelier récemment apparues sur le marché : une pièce estimée 20 000 livres (168 000 francs) a été vendue par une succursale provinciale de Phillips pour 18 000 livres (151 200 francs) ; Sotheby’s a vendu à Trinity Fine Arts un Mercure pour 15 000 livres (126 000 francs).

Les enchères du marchand londonien Danny Katz ont fait monter les prix pour une mosaïque de Saint Jérôme dans le désert, attribuée à Giovanni Antonio Bianchini, et vendue 66 000 livres (554 400 francs). Le marché londonien a également emporté une magnifique paire d’Atlantes de l’atelier de Montorsoli – sujet d’une récente mono­graphie – pour 30 000 livres (252 000 francs), avec une estimation initiale de 12 000 à 15 000 livres (100 800 à 126 000 francs).

La plupart des échecs s’expliquent : les pièces de Trapani n’étaient pas aussi bonnes que celles de Sotheby’s ; le cabinet milanais damasquiné, sans aucune autre décoration était surestimé (de 50 000 à 70 000 livres). Il paraît plus difficile d’expliquer l’échec d’une paire de torses (Mars et Vénus), du cercle de Gabriel Grupello, proposée entre 12 000 et 18 000 livres (entre 100 800 et  151 200 francs).

Sotheby’s, après étude technique approfondie d’un aquamanile de type assez tardif, l’a bien vendu pour 180 000 livres (1,51 million de francs) au Metropolitan Museum de New York.

Un ensemble de pièces de Trapani, de la collection du prince de Ligne, comportait quelques pièces exceptionnelles, mais aussi quelques estimations erronées. Une tasse exceptionnelle, estimée 8 000/12 000 livres a été achetée par Trinity Fine Arts pour 33 000 livres (277 200 francs environ). Les jardins “fantastiques” de Trapani ont été acquis pour 44 000 livres (370 000 francs) et 46 000 livres (387 000 francs).

Le marché d’art européen a également acquis de bonnes pièces. Une belle anse d’ivoire d’Allemagne méridionale est partie chez Neuhaus pour 35 000 livres (294 000 francs), avec une estimation initiale de 25 à 35 000 livres. Kugel a emporté un plat d’Italie méridionale, en cristal de roche et cuivre doré, pour 16 000 livres, pour une estimation de 6 000 à ­8 000 livres. Trois bustes d’ivoire du XIXe siècle par Norbert Schrödl, estimés 3 000/5 000 livres, ont été achetés par Danny Katz pour 14 000 livres (117 600 francs).

1. Aquamanile en forme de lion, Nuremberg, vers 1400, H. 33 cm, L. 40 cm, Sotheby’s, 7 juillet, (Est. £ 100 000-150 000), vendu £ 180 000, 1 510 000 F.

2. Corne de narval gravée, XIIe siècle, Christie’s, 5 juillet, (Estimation sur demande), vendu £ 400 000, 3 400 000 F.

3. Attribuée à Giovanni Antonio Bianchini, Mosaïque de Saint-Jérôme dans le désert, fin XVIe siècle, Christie’s, 5 juillet, (Est. £ 40 000-60 000), vendu £ 66 000, 554 400 F.

4. Fragment de tapisserie de laine représentant deux scènes de la vie de Sainte-Sabine, Alsace, XIVe s., Christie’s, 5 juillet, (Est. £ 150 000-200 000), vendu £ 150 000, 1 260 000 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : L’art ancien sauvé par une licorne

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