Samedi 17 novembre 2018

L’archéologie en repli

Des résultats en demi-teinte, surtout pour les bronzes

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 24 octobre 2003 - 639 mots

La vente de prestige des 1er et 2 octobre à Drouot Montaigne, menée par la SVV Piasa avec le cabinet de Serres, n’a pas brillé par ses résultats. La moitié des lots n’ont pas trouvé preneurs, y compris les grosses pièces. Analyses et tendances d’un marché.

 PARIS - La vente d’archéologie menée par la SVV Piasa avec la collaboration du cabinet de Serres qui s’est déroulée les 1er et 2 octobre dans la salle prestige de Drouot-Montaigne a attiré bon nombre d’amateurs. Mais à peine plus de la moitié des 549 lots ont trouvé preneurs. L’expert Jean-Philippe Mariaud de Serres qualifie lui-même ces résultats de “médiocres” au regard de sa vacation du premier semestre qui avait dépassé les 80 % de lots vendus. “L’amateur actuel veut profiter de son objet. L’esthétique compte avant tout, observe l’expert. Les pièces trop petites, trop archéologiques ou intellectuelles se vendent mal.” Une statue fragmentaire de 11,5 cm en terre siliceuse dense à glaçure bleue représentant un personnage agenouillé, vêtu d’un long pagne, les mains posées sur les cuisses, sur une base rectangulaire inscrite, provenant de Memphis, d’époque ptolémaïque, en a fait les frais. Malgré la rareté de son sujet, sa beauté d’exécution, sa matière et la qualité de ses inscriptions, cette rare et belle faïence, au demeurant dépourvue de la partie supérieure de son corps, n’a pas fait ciller un collectionneur. Surtout pas pour 100 000 euros. “Le prix de réserve était trop élevé, acquiesce Jean-Philippe Mariaud de Serres. Personne n’a envie de mettre autant d’argent dans une petite pièce de musée. Les gens veulent des objets plus spectaculaires chez eux. Il faudra réviser les cotations.” Mais la clientèle vendeuse ne l’entend pas toujours de cette oreille. “Prenez les bronzes par exemple, ils n’ont plus la cote alors que tout le monde en voulait il y a six ans. Aujourd’hui, les vendeurs ne retrouvent pas les prix qu’ils ont payés à l’époque.” Ainsi, la statuette hellénistique de 24 cm en bronze représentant Hercule nu, datant du IIIe siècle avant J.-C. et estimée un peu chèrement 100 000 euros, est restée invendue. Contre-exemple et figure d’exception, la statuette égyptienne en bronze gravé de 41 cm représentant le dieu Osiris-Ptah des XXIIe-XXVe dynasties, estimée 50 000 euros, s’est envolée à 190 700 euros. “Superbe de qualité, rare par l’iconographie et très belle de conservation”, résume l’expert. Il y aurait également une désaffection sur les têtes de prêtres. Selon l’expert, une pièce invendue appartenant à cette dernière catégorie, en granodiorite, représentant Imhotep et datant des XXVe-XXVIe dynasties, avait peu de chance de trouver preneur avec une estimation de 100 000 euros. Les marbres, en revanche, sont au goût du jour. Leurs prix sont soutenus, à condition toutefois qu’ils répondent aux critères du marché. Une statue romaine acéphale montrant un éphèbe debout nu en marbre blanc du IIe siècle, au rendu anatomique particulièrement soigné et réaliste, a été ravalée au grand étonnement de son propriétaire qui en voulait près de 130 000 euros. L’expert a eu du mal à lui expliquer qu’il était plus facile de vendre un torse d’homme qu’une statue en pied privée de sa tête, ce qui pour le public nuisait à l’équilibre de l’œuvre. “Il aurait donc fallu que je lui casse les deux jambes ?!”, lui aurait rétorqué le vendeur.
Les collectionneurs sont cependant prêts à aller loin pour des lots exceptionnels, à l’instar du n° 22, une statuette de lion rugissant au pelage stylisé, en stéatite noire et calcaire blanc : ce petit joyau de 20 cm d’Asie occidentale et datant de la fin du IIIe millénaire avant J.-C. a pulvérisé son estimation de 120 000-150 000 pour atteindre 235 500 euros. “Au départ j’avais sept acheteurs internationaux sur cette pièce, précise l’expert. In fine, ce sont deux collectionneurs français qui ont bataillé pour l’avoir, ce qui n’arrive pas si souvent...”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°179 du 24 octobre 2003, avec le titre suivant : L’archéologie en repli

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