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L’affaire est dans le sac

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 25 mars 2015 - 871 mots

Christie’s a organisé avec succès sa première vente de sacs à main à Paris,
dans un marché stratégique en pleine expansion.

PARIS - Christie’s a profité de la fashion week pour lancer sa première vente de sacs à main parisienne, avec un beau succès à la clé : la maison a récolté 2,6 millions d’euros (1) et vendu 92 % des lots. La somme double celle espérée par la maison mais, estime Dominique Chombert, experte et fondatrice du cabinet Chombert & Sternbach, « les estimations étaient très basses ».
La quasi-totalité des rares spécimens proposés étaient signés Hermès, qui a remporté les dix meilleures enchères, devant quelques pièces Chanel ou Vuitton. Les prix obtenus peuvent sans conteste rivaliser avec ceux du marché de l’art. Stars de la vente, deux Birkin Himalaya, en crocodile Niloticus blanc mat, se sont ainsi vendus 151 500 et 157 500 euros. Comment expliquer de telles envolées ? Les modèles Birkin et Kelly de Hermès, créés respectivement pour Jane Birkin et Grace Kelly, et déclinés depuis des décennies dans de multiples formats, matières et coloris, restent les plus demandés. « Ces modèles traversent les décennies et les générations », observe Pénélope Blanckaert, experte mode et fondatrice de PB Fashion Expert. Les modèles Himalaya en question sont parmi les plus recherchés, en raison de leur matériau rare et de leur procédé de teinture complexe. « Dans la formation du prix, comptent l’état – qui doit être parfait – les matières, les couleurs – un bicolore ou tricolore se vend plus cher – et forcément les commandes spéciales ou sur mesure atteignent de plus hauts prix », indique Dominique Chombert. Certains sacs sont en effet produits en édition limitée, à l’instar d’un Kelly, version pique-nique en veau barénia et osier, parti 49 500 euros ou des éditions So Black créées par Jean Paul Gaultier pour Hermès en 2010 et quasi introuvables (un Kelly de 32 centimètres a ainsi triplé son estimation basse en atteignant 22 500 euros).

Un fièvre acheteuse en Asie
Une très grande partie de la marchandise a été importée de pays hors Union européenne et est ainsi assujettie à une TVA de 20 % pour rester dans ses frontières. À noter également, plusieurs sacs sont soumis à la réglementation issue de la convention de Washington sur le commerce des espèces menacées d’extinction. Elles devront ainsi obtenir un permis CITES pour entrer aux États-Unis ou en Asie, une procédure qui n’a pas été effectuée au préalable de la vente et qui peut prendre un certain temps. C’est précisément la clientèle asiatique qui s’est portée acquéreur de nombreux lots. « Le marché chinois est prêt à dépenser des sommes folles, mais il faut lui donner ce qu’il cherche : des sacs sur commande, qui ne sont pas en stock, dans un état digne de sortir du magasin », indique Dominique Chombert.
Un placement rentable
En raison de la demande croissante et des longs délais de fabrication par Hermès, investir dans un sac de la marque peut être rentable : « Certains sacs sont achetés autour de 7 000 euros et revendus 15 000 euros aux enchères, neufs, dans les six mois suivant l’achat », observe Dominique Chombert. Christie’s entend organiser chaque année deux ventes de sacs à main à Paris et deux à Hongkong où le département a été inauguré avec succès en novembre dernier. La maison propose en parallèle depuis décembre des ventes online only avec une petite trentaine de sacs présents en permanence sur le site. Si l’opérateur s’est engouffré dans ce domaine, c’est qu’il est en pleine expansion. Le luxe d’occasion a en effet représenté un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros en 2014 (2).

 Les ventes aux enchères de sacs ont débuté à Drouot il y a 25 ans. « Nous nous sommes battues pour que la haute couture et la maroquinerie acquièrent le rang d’objets d’art », explique Dominique Chombert. « Pour la première vente Hermès organisée il y a dix-huit ans avec Rémy Le Fur, il y a eu une émeute, les pompiers ont dû intervenir ! » raconte l’expert. En France, officient aujourd’hui dans ce domaine Gros & Delettrez, Cornette de Saint Cyr et surtout Artcurial, dont les ventes Hermès vintage ont totalisé 3,2 millions d’euros en 2014. À l’échelle internationale, sont actifs Bonhams et Héritage, leader du secteur et détenteur du record mondial pour un lot à plus de 200 000 euros. Mais les sites Internet offrent une concurrence féroce, tout en démultipliant la clientèle. « Internet a fait exploser ces ventes qui se sont étendues au monde entier, avec des frais moindres qu’aux enchères », indique Pénélope Blanckaert. Mais « avec plus de contrefaçons » note Dominique Chombert. Si le secteur est très rentable et les prix en constante augmentation, ces ventes offrent également aux maisons de ventes un important relais de croissance et leur permettent de recruter une nouvelle clientèle qui peut se déporter par la suite vers d’autres objets. Cette stratégie n’est pas étrangère à Artcurial qui a réalisé en 2014 près de la moitié de son chiffre d’affaires grâce à son département art de vivre.

Notes

(1) Tous les prix sont annoncés frais compris et les estimations hors frais
(2) D’après une étude de Bain & Company

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°432 du 27 mars 2015, avec le titre suivant : L’affaire est dans le sac

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