L’affaire Dreyfus sur l’Internet

Me Binoche innove à Drouot

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 2009

Février devrait être plutôt calme à Drouot, hormis l’événement annoncé d’une dispersion accessible sur le Web d’une collection de documents relatifs à l’affaire Dreyfus. Mars sera marqué par deux ventes Art déco.

PARIS - Première en France : le 19 février, Me Jean-Claude Binoche dirigera une vente consacrée à la célèbre affaire Dreyfus, qui devrait se dérouler simultanément dans la salle de Drouot-Richelieu et sur l’Internet. Dans ce but, l’étude s’est associée avec la société Nart, qui consacre un espace aux artistes contemporains et à leurs œuvres sur le Web. Dès le 1er février, les internautes auront accès au catalogue numérisé sur le site de l’entreprise et pourront effectuer des pré-enchères jusqu’à la veille de la vente. Les cent vingt meilleures offres – il y a cent vingt lots d’intérêt inégal – seront sélectionnées avant le mardi 18 février à minuit. Le jour de la vente, Me Binoche dirigera les enchères jusqu’à concurrence de l’avant-dernier montant, "pour garder le suspense". Une fois cette somme dépassée, les enchérisseurs "présélectionnés" auront la possibilité de participer en direct à la vente les enchères sur le Net.

Si elle répond aux espérances de l’étude et de la société Nart, cette opération, à la pointe de la technologie, pourrait inspirer d’autres maisons de vente. Christie’s a déjà étoffé son serveur, qui permet au collectionneur d’obtenir des informations sur l’objet d’art qu’il convoite. En revanche, Sotheby’s ne songe pas pour l’instant à utiliser ce procédé.

Après une dizaine d’années de recherches sur la biographie du capitaine Alfred Dreyfus, le collectionneur Nicolas Philippe a décidé de céder sa documentation : lettres, cartes postales, caricatures, livres, brochures, journaux, médailles, dessins et cartes, pour témoigner d’un "moment de conscience humaine".

Chacun connaît le scandale qui divisa l’opinion française de 1894 à 1906, et l’officier français, de confession israélite et d’origine alsacienne, accusé et condamné à tort pour espionnage au profit de l’Allemagne. Humilié et dégradé, il fut d’abord jeté dans un cachot avant d’être envoyé à l’autre bout du monde, sur l’île du Diable. Après une bataille longue et acharnée entre les partisans réunis autour de la Ligue des droits de l’homme et les antidreyfusards, il sera gracié en 1899 et réhabilité en 1906. "Les jeunes gens antisémites, ça existe donc cela ?", s’interrogeait en 1897 Émile Zola dans une lettre adressée à la jeunesse. "Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quel­le inquiétude pour le XXe siècle qui va s’ouvrir !" Cette missive importante sera proposée aux acheteurs mais, à la mi-janvier, l’étude ne pouvait encore fournir les estimations des lots. Par ailleurs, elle a dû reporter au début du mois d’avril la vente de photographies, d’objets et de tableaux autour de Man Ray, prévue le 26 février.

Deux ventes Jean-Michel Frank
Après leur vente de décembre, Mes Millon et Robert disperseront le 27 mars, à Drouot-Montaigne, un nouvel ensemble d’objets Art déco provenant d’une collection particulière européenne. Les amateurs se disputeront en particulier un exceptionnel canapé Lotus, estimé 1,2 à 1,5 million de francs. Réalisé en 1924 par Eileen Gray, il honorait une commande de Madame Mathieu Lévy pour la décoration de son hôtel particulier, rue Lota, dans le XVIe arrondissement de Paris.

Quatorze pièces signées Jean-Michel Frank devraient également séduire les acheteurs. Parmi elles, une étonnante méridienne gainée de galuchat pour laquelle les commissaires-priseurs attendent entre 300 000 et 350 000 francs, et une imposante salle à manger en sycomore estimée 400 000 à 500 000 francs. Enfin, un superbe panneau décoratif réalisé d’après un carton de Paul Jouve, composé de neuf dalles en glace, re­haussé de feuilles d’or et d’argent, et exécuté dans les ateliers de Gaëtan Jan­nin, en 1930, pourrait s’envoler à 800 000 francs.

Jean-Michel Frank est aussi en vedette à l’étude Dequay-Lombrail qui, les 19 et 20 mars à Drouot-Montaigne, dispersera plus d’une vingtaine de pièces de l’artiste : une console en marqueterie de paille, estimée 400 000 à 600 000 francs, un bureau de parchemin, 500 000 à 600 000 francs, et un siège de Legrain, dont un exemplaire figurait dans la collection Doucet, estimé entre 700 000 et 900 000 francs.

Dans un autre domaine, le 18 mars, Me Jacques Tajan, assisté de l’expert Thierry Portier, dispersera une collection privée d’art coréen. Constituée au cours des dernières années, elle comprend un ensemble de laques et de meubles, mais surtout de précieu­ses céramiques : un bol céladon de l’époque Koryo, estimé 8 000 à 15 000 francs, ou encore une bouteille punchong, 25 000 à 45 000 francs. Les amateurs découvriront encore des peintures et des paravents des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, représentant l’ambassade de Corée en Chine, signés de la main de l’artiste de cour chinois Yudziding. Le 19 février, le commissaire-priseur mettra en vente une collection de trains électriques de la marque allemande Marklin, dont les prix s’échelonnent de 10 000 à 500 000 francs. Le 3 mars, il dispersera des faïences et des porcelaines européennes, dont une paire de chevrettes Pesaro estimée 60 000 à 80 000 francs, et un plat Delft doré, 12 000 à 15 000 francs.

Enfin, le 4 février, la chasse sera à l’honneur à l’étude Coutau-Bégarie. Parmi des ouvrages du XVIIIe au XXe siècle, les bibliophiles remarqueront Les Chasses d’automne de Saint-Germain, qui pourraient dépasser les 15 000 francs, et Les poésies de Guillaume Crétin (XVIIIe), estimées entre 2 000 et 3 000 francs. Parmi appelants, dagues de vénerie et un rare épieu d’époque XVIIIe, estimé 6 000 à 7 000 francs, un fusil Perrin pourrait trouver preneur à 40 000 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°33 du 1 février 1997, avec le titre suivant : L’affaire Dreyfus sur l’Internet

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