Arts décoratifs

L’adéquation 20/21

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2009

Camard conjugue avec inspiration l’Art déco et le contemporain.

PARIS - La SVV Camard & associés orchestrera le 6 avril à Drouot, à Paris, une vente de prestige dédiée à l’Art déco et au design, baptisée « 20-21 » en référence aux deux siècles de création qu’elle couvre de manière équivalente. Les lots du catalogue défilent classiquement selon un ordre chronologique, d’une rare sculpture en forme de pâtisson (v. 1914) signée Jean Dunand, en étain martelé souligné de laque or et rouge, estimée 15 000 euros, à la chaise Pirate (2009), pièce unique des Suédois Joakim Kaminsky et Fredrik Kjellgren, réalisée spécialement pour la vente et offerte à hauteur de 3 000 euros. Le concept « 20-21 » met aussi en exergue la continuité dans la création, et décloisonne les époques. « En préambule au catalogue, un cahier illustré de 16 pages rapproche et confronte les créations Art déco et contemporaines, à travers des mises en rapport de matières – comme la laque d’une suspension d’Eileen Gray avec le siège en acier inoxydable Blo-Void 6 (2006) de Ron Arad –, ou de formes, à l’exemple de l’organique pâtisson de Jean Dunand à rapprocher de la Boîte noire (2008) de Vincent Dubourg, un meuble-sculpture entouré de ronces en bronze, souligne Alexandra Jaffré, spécialiste en Art déco chez Camard. Nous avons mis en parallèle la rigueur de la ligne du bureau de Georges Vantongerloo et le baroque de la table Cinderella (2005) de Jeroen Verhoeven dont la structure a été évidée au laser. [Nous avons aussi comparé] la conception de la lumière chez Jacques-Émile Ruhlmann et sa vasque d’éclairage en albâtre à une suspension cocon Omi (2008) qui a été dessinée par l’Israélien Assa Ashuach et réalisée en 3D grâce à l’intelligence artificielle. » Cela va-t-il encourager les collectionneurs d’Art déco à faire le grand écart ?

L’effet YSL
Les pièces Art déco s’imposent comme le poids lourd de la vacation. Estimé 280 000 euros au minimum, le bureau personnel de 1921 de Georges Vantongerloo, en bois peint gris, noir et blanc, conçu mathématiquement comme une étude de l’espace et reposant sur un jeu de caissons d’inspiration cubisante, est une vraie pièce de musée. La Tate Modern, à Londres, aimerait d’ailleurs bien le faire figurer dans son exposition consacrée à « Theo Van Doesburg et l’avant-garde internationale », prévue du 3 février au 3 mai 2010. Eileen Gray est particulièrement à l’honneur avec deux rares suspensions lampions (vers 1922) en bois laqué rouge vif et noir, à découpe ajourée, l’une avec un diffuseur cache-ampoule en œuf d’autruche, l’autre avec deux demi-œufs d’autruche, estimées respectivement 100 000 et 120 000 euros. Viennent en renfort un rare tapis de Gray, à motif abstrait vert amande sur fond noir, inspiré du groupe De Stijl et estimé 120 000 euros, et un miroir de la décoratrice, à large encadrement décoré de laques, estimé 70 000 euros. Plusieurs pièces de Jacques-Émile Ruhlmann sont à relever, à l’exemple d’une rare vasque d’éclairage à corps en albâtre sculpté de gradins reposant sur un socle en bronze argenté, estimée 80 000 euros ; d’une paire de fauteuils Boudoir Redhead en macassar massif à bâti apparent, estimée 100 000 euros, ou encore d’un élégant guéridon, variante du modèle Ducharne, en palissandre massif et placage soleil de palissandre. Estimé 55 000 euros, ce guéridon apparaît plus beau et plus élancé que celui de la collection Yves Saint Laurent (YSL) et Pierre Bergé, adjugé 67 000 euros (quatre fois l’estimation basse) le 24 février chez Christie’s à Paris.
La vente Camard surfera-t-elle sur la vague de la vente YSL/Bergé, qui a vu un mois plus tôt les prix s’envoler pour les pièces Art déco, d’Eileen Gray et d’autres ? Si le spécialiste Jean-Marcel Camard avoue avoir consigné pour sa vente, dans la semaine qui a suivi la dispersion de la collection YSL/Bergé, des pièces tels le miroir de Gray ou la vasque Ruhlmann, il a été prudent dans le discours qu’il a tenu à ses vendeurs. « Ma vacation, habituellement programmée début avril, arrive juste après cette vente événementielle au Grand Palais. C’est l’occasion de voir si le marché reste grisé par ce succès, avance-t-il. Mais j’ai prévenu mes clients que le niveau des prix enregistrés était aussi dû à l’“effet Saint Laurent”. J’ai donc conservé des estimations très raisonnables. »

20-21, vente le 6 avril à Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, SVV Camard & associés, tél. 01 42 46 35 74 ; exposition publique : les 2, 3 et 4 avril 11h-18h et le 6 avril 11h-12h, www.camardetassocies.com

20-21
Expert : Jean-Marcel Camard
Estimation : 2,5 millions d’euros
Nombre de lots : 154

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°299 du 20 mars 2009, avec le titre suivant : L’adéquation 20/21

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