La vente Mauerbach plébiscitée

Estimations quadruplées pour les œuvres saisies par les nazis

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1996

La vente Mauerbach organisée à Vienne par Christie’s les 29 et 30 octobre a quadruplé ses estimations : le total de la vente a atteint 155 166 810 shillings autrichiens avec les frais (75,5 millions de francs). Près de 8 000 objets et œuvres d’art saisis par les nazis, répartis en 1 045 lots, devaient être vendus, mais 173 lots ont été réclamés avant la vente. Mis aux enchères sans prix de réserve, les 872 lots restants ont tous trouvé preneur.

VIENNE. Le désir bien compréhensible de l’État autrichien de prendre ses distances avec les œuvres d’art saisies par les nazis et entreposées depuis 1956 au monastère médiéval de Mauer­bach, près de Vienne (lire le JdA  n° 29, octobre 1996), vient de trouver une conclusion avec leur dispersion sur le marché. Le droit de propriété de ces œuvres avait été transféré, en 1995, à la Fédération des communautés juives d’Au­triche, mais la tenue de la vente au Musée des arts décoratifs a souligné l’approbation officielle du gouvernement autrichien et conféré un prestige tout particulier à cette manifestation, à laquelle tous les intervenants ont apporté bénévolement leur concours, à commencer par Christie’s. De son côté, depuis la révélation de l’"affaire" Mauer­bach dans le magazine ARTNews en 1984, le Comité juif international honoraire, placé sous la direction de Ronald Lauder et d’Edgar Bronfman, n’a cessé de veiller à ce que les intérêts des communautés juives du monde entier soient défendus et incité le plus grand nombre d’acquéreurs possible à venir à Vienne.

Pour le Musée de l’Holocauste
La vente a finalement quadruplé les estimations, réalisant un produit total équivalant à 75,5 millions de francs, frais inclus. Les lots étaient proposés sans prix de réserve, et les estimations étaient aussi basses que possible. Les personnes présentes ont considéré les objets avec respect, comme d’émouvants té­moignages de l’Holocauste, indépendamment de leur valeur artistique intrinsèque. Du reste, sur les 872 lots finalement mis aux enchères – 173 ayant été réclamés avant la vente –, pas plus d’une vingtaine d’œuvres sortaient de l’ordinaire et ont atteint, bien entendu, des prix dix fois supérieur à leur estimation. Ainsi, la nature morte aux fleurs d’Abraham Mignon s’est vendue 1,2 million de dollars (6,1 millions de francs) contre une estimation de 74 000 dollars, et celle aux fruits, estimée 46 000 dollars, est partie à 516 000 dollars (2,6 millions de francs). Jusqu’ici inconnue, la Madone à l’Enfant du XVIe siècle due à Pietro Orioli a été adjugée 312 000 dollars (1,6 million de francs) contre une estimation de 110 000 dollars. L’Orientale de Friedrich von Amerling, estimée 74 000 dollars, a fait 302 000 dollars (1,5 million de francs) ; la Carafe d’Archipenko, un relief considéré comme perdu et datant de 1921, s’est vendue 426 000 dollars (2,2 millions de francs) contre une estimation de 93 000 dollars ; Saint-Pierre-de-Rome vu par Rudolf von Alt a fait 106 000 dollars (540 000 francs), contre une estimation de 51 000 dollars ; les Ven­dan­geurs de Winterhalter, estimés 74 000 dollars, ont été adjugés 178 000 dollars (907 000 francs) ; la tête hellénistique représentant peut-être Alexandre le Grand a atteint 302 000 dollars (1,5 million de francs) contre une estimation de 74 000 dollars… Bon nombre de ces œuvres seront données à Yad Vashem, le Musée de l’Holocauste et des archives d’Israël, afin d’y être conservées au même titre que d’autres documents relatifs à l’une des périodes les plus noires de l’histoire.

Tous ces prix s’entendent frais compris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : La vente Mauerbach plébiscitée

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