Vendredi 22 février 2019

La soupière du siècle

George Ortiz vend son argenterie

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1996 - 452 mots

Signée Thomas Germain, l’une des plus spectaculaires soupières rococo jamais mises aux enchères passe en vente chez Sotheby’s New York le 13 novembre, ainsi que sept autres pièces de la collection Ortiz. Son estimation de 7,5 à 8,5 millions de dollars est deux fois supérieure au prix record payé pour une pièce d’argenterie.

NEW YORK. Bien qu’exceptionnelle, l’estimation de la soupière Ortiz n’est pas excessive. Pour acquérir son pendant, aujourd’hui au Detroit Institute of Art, Madame Firestone avait dû débourser 150 000 livres en 1959. La soupière fait partie d’un remarquable ensemble de huit pièces de la collection du millionnaire bolivien George Ortiz – plus connu pour sa collection d’objets archéologiques –, dont Sotheby’s espère obtenir 15 millions de dollars. Fondue sur ordre de Louis XV pour financer ses guerres, sans compter les exactions de la période révolutionnaire, l’argenterie française du XVIIIe siècle est très rare, et cette soupière donne un aperçu de la grandeur et de la qualité de ce qui a été perdu, d’autant qu’aucune pièce comparable du même Thomas Germain ne devrait se représenter sur le marché.

La soupière Ortiz fait partie du service Penthièvre-Orléans. Sotheby’s a récemment découvert que ce service avait été à l’origine commandé par un gentleman anglais, Henry Janssen, et donné au comte d’Eu, en échange d’une pension, lequel le céda à son tour au duc de Penthièvre. Il a échappé aux fontes de Louis XV, puis fut confisqué par les révolutionnaires qui, devant sa beauté, décidèrent de l’utiliser comme service officiel. Restitué à son propriétaire originel en 1815, le service est resté dans la famille jusqu’à son acquisition en 1952 par Graziella Ortiz Linares, la mère de George Ortiz.

Pièce maîtresse
Les services de table français, composés de douzaines de pièces richement décorées, ont atteint une élégance et un raffinement inégalés durant l’époque rococo. Descendant du pot à l’oile du XVIIe siècle, la soupière était la pièce maîtresse du service et aurait à l’origine contenu un ragoût traditionnel espagnol qui mariait viande et poisson. Le décor de la soupière de Germain donne quelques indications sur son contenu : un chou-fleur, du céleri, des champignons, des truffes et une cosse de petits pois ouverte sont empilés sur le couvercle en compagnie d’une bé­casse  et d’une écrevisse.

La vente Ortiz comprend également une paire de rafraîchissoirs du même service, décorés de têtes d’épagneuls (estimés 2,5-3 millions de dollars) ; deux paires de candélabres par le fils de Thomas Germain, François-Thomas, qui font partie du fameux service royal portugais (estimés 2,5-3 millions de dollars chacun), ainsi qu’une paire de candélabres identiques à ceux exécutés par l’orfèvre anglais George Wickes. Commandés en 1744 pour le comte de Kildare, ils sont estimés aujourd’hui entre 500 000 et 700 000 dollars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°30 du 1 novembre 1996, avec le titre suivant : La soupière du siècle

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