Samedi 15 décembre 2018

Sotheby’s

La sculpture sans relief

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 14 mai 2004 - 530 mots

Le goût de l’antique n’a pas brillé le 29 avril chez Sotheby’s.

 PARIS - Malgré un beau catalogue savamment illustré, les amateurs ont boudé la majorité des sculptures d’après l’antique proposées par Sotheby’s le 29 avril. Dans une salle clairsemée, les ravalés se suivaient et se ressemblaient, à l’image des multiples versions de la Victoire de Samothrace et de la Vénus de Milo. En totalisant 672 060 euros, la dispersion a accusé un taux d’invendus de plus de 47 %. « On savait que ce serait difficile car il y avait beaucoup d’œuvres du même modèle que le marché ne pouvait pas vraiment absorber. Il y a eu quelques achats américains, mais moins qu’on ne l’avait cru. À chaque fois, les choix des collectionneurs étaient liés à des goûts personnels quant à la taille et la patine », commente Ulrike Goetz, spécialiste au département Sculpture européenne de Sotheby’s. Les grands modèles ont été assez prisés. Ainsi la plus grande des six Victoires de Samothrace (80 cm) s’est-elle vendue pour 8 500 euros contre 1 000 et 4 000 euros pour les autres versions. Étonnamment, une pièce spectaculaire comme le Cheval de saint Marc, de la fin du XIXe siècle, n’a pas décollé de sa mise à prix de 6 500 euros.
La grande majorité des œuvres adjugées à la lisière de l’estimation basse ont été emportées par des privés. La vente a été largement redevable au collectionneur Francis Holder, propriétaire des magasins Paul et Ladurée, conseillé par le galeriste parisien Yves Gastou présent dans la salle. La mollesse ambiante fut rompue en milieu de course par une bataille entre Francis Holder et un antiquaire parisien pour un Orant, dans le goût de l’antique, bronze à patine verte de 38,5 cm. Ce dernier s’est propulsé de son estimation de 1 500 euros à une adjudication à 20 000 euros au profit du marchand. Gageons que l’œil exercé du professionnel avait décelé dans ce « goût de » un véritable antique.
Les pièces très décoratives en bronze argenté avaient la cote. Un buste d’Apollon du Belvédère en bronze argenté de la fin du XIXe siècle a été enlevé au téléphone pour 10 000 euros sur une prévision de 4 000-5 000 euros. L’adjudicataire, un particulier français, a aussi jeté son dévolu pour 6 200 euros sur une petite Minerve estimée 1 000-1 500 euros. Une paire de sphinx de la fin du XIXe siècle a aussi largement dépassé les prévisions en obtenant 5 200 euros au téléphone contre une estimation de 800 euros. Un petit groupe en bronze représentant Persée et Méduse par Laurent Honoré Marqueste (1848-1920), fonte Barbedienne, est parti pour 12 000 euros sur commission d’un collectionneur étranger, dépassant légèrement son estimation haute de 9 000 euros. La préemption pour 5 500 euros exercée par le Musée du Louvre pour une Minerve (vers 1843) par Jacques Édouard Gatteaux (1788-1881) a quelque peu surpris l’assemblée. « Il existait autrefois une version grandeur nature qui appartenait à la collection Louis-Philippe. Ce bronze avait été exposé au Louvre, puis aux Tuileries, et avait été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette réduction est un témoignage historique d’une œuvre disparue », explique Ulrike Goetz.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°193 du 14 mai 2004, avec le titre suivant : La sculpture sans relief

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