La photographie se pose

Temps calme dans les salles de ventes parisiennes

Le Journal des Arts

Le 24 octobre 2003

Les trois ventes de photographies qui se sont déroulées les 10 et 11 octobre à Paris ont obtenu des résultats satisfaisants. Mais elles n’ont pas connu de véritable surprise, ni d’envolée de prix. Elles affichent cependant des chiffres d’affaires convenables au regard de la composition des ventes.

PARIS - La SVV Beaussant-Lefèvre et la maison Tajan, qui avaient annoncé le même horaire de vente le vendredi après-midi, se sont finalement accordées pour permettre aux amateurs d’assister aux deux vacations l’une après l’autre. Éric Beaussant tenait le marteau de la première séance expertisée par Pierre-Marc Richard. Le produit total avoisine les 165 000 euros pour 70 % de lots vendus, soit environ 84 % en valeur. “Juste après la vente, nous avons été un petit peu déstabilisés, explique l’expert. Sans doute parce que les Portraits à la courge grimpante des frères Varin n’avaient pas été vendus. Avec le recul, nous sommes satisfaits puisque nous avons obtenu un chiffre correct pour une petite vente de 100 numéros.” Estimés 10 000 euros, les fameux portraits ont finalement été achetés 5 300 euros après la vacation par un marchand anglais. Le fonds photographique des frères Varin, qui composait plus de la moitié du catalogue, n’a pas été aussi apprécié qu’on aurait pu le penser, mais plusieurs pièces ont obtenu de bons résultats comme l’autoportrait Eugène Varin à La Rochelle, vendu 6 500 euros. La grande surprise est venue du mystérieux portrait non daté retrouvé dans les cartons de gravures des Varin, une “photographie obtenue directement sur Wattmann sans cliché et sans bain en plein jour”, partie à 10 100 euros. Les trois daguerréotypes des Pyrénées ont réalisé 8 800, 14 700 et 9 400 euros. Enfin, les prix atteints par les œuvres d’Alfred Le Petit ont découragé des projets de préemptions puisque les 600 négatifs-verre au collodion ont été vendus 10 600 euros, et que les 12 tirages de demi-stéréo au virage bleu ont obtenu 13 000 euros contre des estimations de 3 000 euros pour chaque lot.

Quelques estimations trop hautes
La collection de Paul Benarroche dispersée quelques minutes plus tard par François Tajan, avec l’assistance de Serge Kakou, a obtenu des résultats mitigés. Seulement 47 % des 264 lots ont changé de propriétaires, mais le chiffre d’affaires total est de 518 000 euros. “La conjoncture est un peu difficile, analyse l’expert. Il y avait beaucoup de monde, mais peu de marchands américains.” Certaines estimations très hautes ont probablement refroidi la salle. De beaux résultats sont toutefois à retenir comme un daguerréotype post mortem par Dodero vendu 33 000 euros, un Portrait de femme créole adjugé 8 000 euros contre une estimation de 2 000, et l’Étude de nu de Louis Camille d’Olivier achetée 25 000 euros. Les photographes primitifs provençaux étaient bien représentés et, à l’exception d’un négatif, toutes les images de Roman ont été vendues. Terris a également séduit, même si plusieurs de ses “papiers bleus” ont été retirés faute d’enchère.
La vacation du lendemain, dirigée par Antoine Godeau de Bergé & associés et expertisée par Marc Pagneux, a obtenu, en proportion, les meilleurs résultats, avec 60 % de lots vendus pour 72 % en valeur, et un chiffre d’affaires proche de 229 000 euros pour un catalogue de 188 numéros. “Cette vente n’était pas exceptionnelle, remarque l’expert. Les lots importants se sont bien vendus et il y a eu une belle surprise avec le Narcisse de Laure Albin-Guillot, qui a fait 18 000 euros. Les autres pièces sont parties à leurs prix, soit près de leurs estimations.” Les deux pièces majeures étaient, d’une part un ensemble de quatre photographies de la Mission héliographique par Le Gray et Mestral vendu plus de 38 000 euros à un marchand, de l’autre un album de 82 portraits de Duchenne de Boulogne adjugé près de 34 000 euros.
Dans un contexte assez morose, les résultats des trois ventes d’octobre sont plutôt satisfaisants, mais il convient d’attendre le bilan de Paris Photo pour connaître la température du marché de la photographie à Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°179 du 24 octobre 2003, avec le titre suivant : La photographie se pose

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