Samedi 7 décembre 2019

La photo : un marché unique en son genre

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 12 octobre 2011 - 581 mots

Bien que la photographie relève du multiple, les pièces uniques s’y taillent une niche, pourvu que l’estimation soit juste…

Le marché de l’art est traversé par deux mouvements contradictoires. D’un côté, les collectionneurs veulent la même chose au même moment. De l’autre, alors que la photographie est un art du multiple, les collectionneurs braconnent du côté de l’unique. D’ailleurs, l’un des premiers procédés photographiques, le daguerréotype, breveté en 1839, relève de l’unique ! Cette technique permettait de fixer sur une plaque une image capturée à l’aide d’une chambre noire. Très usitée au XIXe siècle, elle autorisait la réalisation d’images d’une d’une qualité extrêmement fine.
 
Le daguerréotype, un exploit technique
Aujourd’hui, l’engouement ne faiblit pas. Christie’s a réalisé entre 2003 et 2010 trois ventes dédiées aux daguerréotypes de Joseph-Philibert Girault de Prangey. En 2003, un spécimen a décroché 500 000 livres sterling. En juin dernier, les daguerréotypes de la collection Pierre-Marc Richard dispersés par Beaussant-Lefèvre firent des étincelles. Une plaque de Charles Choiselat et Stanislas Ratel, de 1844, montrant l’intérieur de l’église Saint-Sulpice, a décroché 190 000 euros. Dans la même vente, une Vue intérieure de la gare de Tours de Stanislas Ratel a aussi obtenu 130 000 euros.
 
Ces prix s’expliquent notamment par le fait que les daguerréotypes de vues d’intérieur constituent de vrais exploits techniques exigeant un temps de pose important. Il ne faut toutefois pas se montrer trop gourmand. En 2008, le marchand Serge Plantureux avait acheté pour 216 750 euros un daguerréotype du baron Gros chez Sotheby’s. L’objet est repassé l’année suivante sans succès sous le marteau de Binoche et Giquello avec l’estimation exorbitante de 300 000-500 000 euros. Le marché n’aime pas plus les daguerréotypes lambda représentant des portraits de familles anonymes.

L’autochrome, un déficit de signatures
Dans le sillage de ce support, d’autres pièces uniques commencent à se tailler de petites niches sur le marché tel le cliché-verre, défendu mordicus par le marchand Alain Paviot, et l’autochrome, premier procédé de photographie couleur mis au point par les frères Lumière en 1907. Cette dernière niche séduit même les mandarins de la photographie, comme le puissant marchand américain Hans P. Kraus. Il faut dire que les autochromes ont connu un succès retentissant en 2005 avec la vente de la collection du journal L’Illustration chez Artcurial. Un spécimen attribué à Étienne Clémentel, et représentant Monet à Giverny, s’est alors envolé pour 30 831 euros.
 
Pourtant, une hirondelle ne fait pas le printemps. En 2008, la maison de ventes récidivait avec une trentaine d’autochromes. À cette occasion, un autochrome de Léon Gimpel est parti pour 2 354 euros, tandis que plusieurs spécimens anonymes proposés entre 800 et 1 000 euros ont doublé leur estimation. « C’est un très petit marché. L’autochrome n’a pas été tellement utilisé par les professionnels, il n’est pas associé à des grands noms, excepté Heinrich Kühn. Les musées sont encore frileux, car l’autochrome est difficile à exposer, cela nécessite une source de lumière très puissante », souligne Philippe Jacquier, de la galerie Lumière des Roses à Montreuil. Néanmoins, sur la foire Paris Photo en 2010, celui-ci avait cédé dix des vingt-cinq autochromes de Léon Gimpel représentant des enseignes lumineuses la nuit. Chaque spécimen valait environ 5 000 euros.

Une brèche est à creuser du côté de l’art actuel. Les procédés photographiques uniques séduisent en effet les artistes contemporains. Représentée à Paris par Renos Xippas, Vera Lutter affectionne ainsi la camera obscura, tandis que Gábor Ösz, montré par Hervé Lövenbruck, produit des sténopés d’une délicatesse infinie.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°640 du 1 novembre 2011, avec le titre suivant : La photo : un marché unique en son genre

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