La photo tient son Paris

La vente Dora Maar dépasse 4 millions de francs

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 4 septembre 2008

Organisée parallèlement au salon Paris Photo (lire p. 23), la vente des photographies de Dora Maar a connu un vif succès. Pour la première fois, la demande internationale a stimulé le marché français.

PARIS. La vente des photographies de Dora Maar par l’étude Piasa et Me Mathias, quatrième partie de la succession de celle qui fut la muse et la compagne de Picasso entre 1936 et 1943, a totalisé 4,62 millions de francs, le 20 novembre à Drouot, avec 91,45 % de lots vendus. Parmi les 230 œuvres proposées, les travaux surréalistes et les photomontages ont obtenu les plus hautes enchères : 29 rue d’Astorg (estimé 120-150 000 francs) et Silence (estimé 50-60 000 francs), deux photomontages de 1935-1936 réalisés à partir de clichés du cloître et de la voûte de l’Orangerie du château de Versailles, ont été adjugés 300 000 et 150 000 francs. Mais la vedette revient au Portrait d’Ubu, une photographie de 1936 estimée 150-200 000 francs et tirée à quelques rares exemplaires, qui s’est envolée à 350 000 francs avant d’être préemptée par le Centre Georges Pompidou. L’expert Michèle Chomette s’est réjouie de “l’acquisition de Beaubourg, qui s’est faite au prix du marché international”. La vente a volontairement été organisée pendant le salon Paris Photo, qui a attiré nombre de collectionneurs étrangers et dynamisé le marché. “C’était une date idéale pour faciliter la venue d’une clientèle internationale qui avait deux raisons de venir à Paris. Il y a eu une véritable synergie : les collectionneurs étrangers, très présents, ont pour la première fois stimulé et entraîné le marché français qui s’est battu pour des lots importants”, souligne-t-elle. Le marché s’est finalement équilibré, avec autant d’achats français qu’étrangers pour les œuvres importantes. Les collectionneurs ont particulièrement apprécié le regard de Dora Maar sur Nush Eluard, la femme du poète, dont trois portraits ont trouvé preneur à 230 000, 150 000 et 100 000 francs. Les scènes de rue ont séduit les acheteurs américains : la photographie d’un vendeur d’allumettes prise à Londres en 1934 a été adjugée 65 000 francs ; le Mendiant aveugle, 45 000 francs. Quant aux images montrant Picasso en plein travail sur son chef-d’œuvre Guernica, toutes – à l’exception d’une – ont été préemptées par le Musée Picasso avec des portraits de jeunesse de Dora Maar, soit 17 préemptions. “Je ne vois pas où est la nécessité muséale dans cette boulimie effrénée du Musée Picasso”, commente Michèle Chomette.

Un daguerréotype du baron Gros
Les études Tajan et Loiseau-Schmitz-Digard (Saint-Germain-en-Laye) ont pour leur part organisé deux ventes de photographies des XIXe et XXe siècles. Le 23 novembre, un daguerréotype du baron Gros représentant une vue d’Athènes en 1850 a été adjugé 135 000 francs par Me Tajan. Une vue de l’église de Louviers en 1851 par Hippolyte Bayard a été vendue 34 000 francs, et un ensemble de 136 tirages albuminés sur la Commune de Paris en 1871, 40 000 francs. Avec près de 60 % de produit vendu, la vente a totalisé 1,21 million de francs. De son côté, Me Digard n’a dispersé qu’une petite moitié des lots, le 24 novembre. “Il y avait beaucoup de petits collectionneurs qui ont eu du mal à dépasser 40 000 francs”, a constaté l’expert Viviane Esders. Prochaine vente de photographies, le 18 décembre à Drouot, par l’étude Binoche.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°72 du 4 décembre 1998, avec le titre suivant : La photo tient son Paris

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