Dimanche 15 décembre 2019

La Normandie cultive son terroir et ses traditions

La Région compte de bons antiquaires et des ventes publiques actives, mais les pièces de qualité se raréfient

Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2001 - 1273 mots

Le marché de l’art en Normandie jouit de la richesse de son patrimoine bien que le réservoir d’objets d’art tende à se tarir. Si les antiquaires sont prospères et nombreux, les galeries d’art contemporain peinent à tirer leur épingle du jeu et souffrent de la proximité de Paris. Les ventes publiques se portent bien, la Normandie se classant au troisième rang des régions françaises.

ROUEN - Les galeries d’art contemporain de dimension nationale sont rares en Normandie. Les galeries rouennaises Amourette et Duchoze sont les plus remarquables aux cotés de la galerie Rollin plus portée sur l’art figuratif. Plusieurs galeries ont déposé le bilan, à Rouen, ces dernières années et la concurrence de Paris empêche les commissaires-priseurs d’être présents sur ce segment.

La galerie Duchoze est considérée comme l’une des meilleures dans sa spécialité. Installée à Rouen depuis dix-sept ans, elle n’a pas de vitrine, mais 300 m2 sur deux niveaux. Son propriétaire travaille sur fichier. “Ma clientèle se compose de trois types de collectionneurs, explique Daniel Duchoze. Des cadres moyens ou des enseignants qui dépensent environ 10 000 francs pour une œuvre, des professions libérales dont les achats atteignent 100 000 francs, et quelques industriels dont les acquisitions dépassent cette somme.” Le galeriste est lucide. “La situation de l’art contemporain en Normandie ressemble à celle de beaucoup de régions de France, hormis Paris. Le public s’enthousiasme avant tout pour les postimpressionnistes. Un grand travail d’éducation du goût reste à faire. L’autre handicap de la région tient à la dispersion de la population et à la proximité de Paris où les collectionneurs n’hésitent pas à se rendre.” Daniel Amourette, l’autre galeriste notable de Rouen, déplore aussi le conformisme d’une clientèle encore très attachée au postimpressionnisme. Créée il y a six ans, la galerie s’est en peu de temps taillée une solide réputation, séduisant une clientèle nationale et plutôt jeune. La progression est régulière et d’autant plus remarquable que le contexte est difficile. Lui aussi regrette “la proximité de Paris qui aspire le marché mais aussi l’absence d’aide publique. Les institutionnels et les médias régionaux s’intéressent peu aux arts plastiques et à l’art contemporain en particulier.”

Si les galeries ne drainent pas une importante clientèle, il en va tout autrement des antiquaires. À Rouen, non loin de la cathédrale, qui a inspiré Monet, des dizaines de marchands entassent des trésors dans le cœur historique de la ville qui possède l’un des plus riches quartiers d’antiquaires de France. À Caen, ils sont moins nombreux. Les autres sont répartis dans les petites villes mais aussi sur les routes de l’ouest de la région, celles qui conduisent vers le Mont-Saint-Michel et Saint-Malo. Si la Normandie ne possède pas de foire d’art contemporain, elle détient en revanche quelques salons d’antiquaires dans plusieurs villes à l’exception de Rouen... La densité élevée d’antiquaires dans la capitale normande a sans doute contribué à la disparition, il y a trois ans, d’un salon, autrefois l’un des plus cotés de France. Le plus intéressant des salons est celui de Caen. Sans être international, il abrite de beaux témoignages du patrimoine de la Normandie, mais aussi de toute la France. L’amateur appréciera aussi celui d’Alençon, dans l’Orne, fièrement accroché à sa région qu’il reflète remarquablement bien. Sur la côte, celui du Touquet apparaît comme plus parisien, avec celui de Trouville. La marqueterie du XVIIIe siècle et les bijoux anciens y rivalisent avec les armoires normandes.

Ivoires de Dieppe, peintures de l’École de Rouen...
La clientèle est à la fois locale, parisienne et internationale. Américains et Anglais, pour ne citer que les principaux étrangers, sillonnent villes et campagnes à la recherche d’antiquités : des arts populaires, des œuvres de valeur ou de la simple décoration. La Normandie est riche de ses productions historiques : ivoires de Dieppe, peintures de l’École de Rouen, armoires de Bayeux ou d’Alençon, faïences de Rouen, céramiques de la Manche, porcelaines de Bayeux...

Les stocks ont été considérables car la création des siècles passés fut féconde. La bonne marchandise tend cependant à se raréfier. Ces dernières années, les Américains ont acheté beaucoup d’armoires, de faïences de Rouen et même de fers forgés.

La montée de Deauville
Pour les ventes aux enchères, Deauville, avec son rayonnement et sa clientèle parisienne, constitue une force d’attraction mais aussi un pôle en pleine mutation. Guy Le Houelleur, longtemps l’unique commissaire-priseur de la cité, a hissé sa ville au troisième rang français en termes de chiffre d’affaires. Ses résultats s’expliquent cependant avant tout par ses ventes de chevaux mondialement célèbres. À Deauville aussi, le monopole vient de se fissurer. En août 2001, sur six ventes, trois ont été réalisées par la société “Deauville Auction”, les nouveaux venus ! Guy Le Houelleur discerne un grand potentiel d’avenir... “Deauville est un pôle d’attraction pour les Anglais, les Japonais, les Allemands, les Italiens, les Américains, les Arabes... De grosses fortunes nous rendent visite. Le marché est appelé à s’y développer.”

Les commissaires-priseurs n’ont pas le moral
À Honfleur, Francis Dupuy s’est spécialisé dans la vente d’art contemporain, mais aussi, d’art moderne et du XIXe siècle, et préside la Compagnie régionale des commissaires-Priseurs. Comme d’autres acteurs du marché, il se préocuppe de la raréfaction de la marchandise. “Il y a trente-deux ans, à mes débuts, je vendais le contenu de deux châteaux ou grandes demeures par an. Aujourd’hui, j’en espère un tous les dix ans. Une énorme quantité d’objets part à l’étranger.” Le président de la Compagnie régionale est mesuré quand il s’agit d’évoquer la santé de sa profession en Normandie.“L’activité pourrait être meilleure. Nous sommes nombreux et les ventes sont disséminées. Des regroupements s’imposent.” Ceux-ci sont d’autant plus d’actualité que le nouveau statut professionnel se concrétise. “Un certain nombre de commissaires-priseurs pourraient disparaître dans les petites villes. Le changement de statut ne nous profitera pas autant qu’aux multinationales. Face à cette évolution, je crois que l’union est indispensable. C’est ce que nous avons commencé à faire, ici, avec quelques confrères.”

Le dynamisme des ventes publiques

Guide pratique

En termes de chiffre d’affaires, la Normandie se situe au troisième rang des régions françaises avec 1,01 milliard de francs de produit de ventes aux enchères contre 4,49 milliards de francs pour Paris. Trois villes normandes se situent dans le classement des vingt-cinq premières communes de France pour les ventes : Deauville (3e), Ourville-en-Caux (13e) et Rouen (22e). La troisième place obtenue par Deauville tient plus à ses ventes de chevaux qu’aux dispersions d’objets d’art. Le bon classement d’Ourville-en-Caux s’explique, lui, par des ventes d’automobiles.
Les salons d’antiquaires
- À Caen, en mai, au Parc des expositions.
- À Alençon, du 26 au 28 octobre 2001, au Parc des expositions.
- À Trouville, du 1er au 4 novembre 2001, au Casino.
- À Rouen, Salon du livre ancien, en mars, à la Halle aux toiles.
Quelques galeristes...
- Galerie Daniel Duchoze 111 bd de l’Yser 76000 Rouen, tél. 02 35 07 24 13
- Galerie Daniel Amourette 45 rue des Bons-Enfants 76000 Rouen, tél. 02 35 70 20 51
...et antiquaires :
À Caen, les antiquaires se regroupent principalement autour de la rue de l’Écuyère. À Rouen, le long de la rue Saint-Romain, sur le Parvis de Saint-Maclou, et de la rue Damiette. Site Internet des antiquaires : www.place-normande.com
- Henri Métais, 2 place Barthélemy 76000 Rouen, tél. 02 35 70 94 33 Généraliste et spécialiste des faïences, expert près les tribunaux.
- Jean-Luc Boisnard, 54 rue de la République, 76000 Rouen, tél. 02 35 70 60 08
Mobilier.
- François Belliard, 48 rue Saint-Romain 76000 Rouen, tél. 02 35 98 46 29 Mobilier.
- Marie-Hélène Le Maître d’Estève de Bosch, 16 rue des Roques 27310 Saint-Ouen-de-Thouberville, tél. 02 32 56 23 42 Spécialiste internationale en porcelaine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°134 du 12 octobre 2001, avec le titre suivant : La Normandie cultive son terroir et ses traditions

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