Dimanche 16 décembre 2018

Galerie

La noblesse du bronze gan

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 29 avril 2005 - 583 mots

Maine Durieu présente un ensemble de pièces issues du Burkina Faso.

 PARIS - C’est à Abidjan dans les années 1980 que Maine Durieu découvre les bronzes gan. Précieux par leur finesse d’exécution, séduisants par le secret qui les entoure, ces ouvrages deviennent l’objet d’une quête inlassable pour la galeriste. Elle a aujourd’hui décidé de se séparer d’une centaine de ces pièces en bronze, fruit de dix-huit ans de recherches. Placés sous le signe du « torfan », reptile légendaire, bracelets, torques et autres fétiches ont pris possession de son espace sur le quai des Grands-Augustins, à Paris.
Comptant 5 000 âmes réparties sur huit villages, le peuple gan est installé au sud-ouest du Burkina Faso. D’après Madeleine Père, auteur de recherches anthropologiques et historiques, le peuple nomade des Gan aurait des racines au Ghana. Ce royaume, dont la capitale est le village d’Obiré, est toléré par la République burkinabaise, comme il est d’usage dans nombre de pays africains. Contrairement à leurs voisins les Lobi, dont les productions en bois sont recherchées, le peuple gan s’est spécialisé dans l’orfèvrerie et la forge. Peaufinée depuis plusieurs siècles, leur technique à la cire perdue témoigne d’une grande dextérité.
Réalisé dans un esprit de grande spiritualité, l’ensemble présenté mêle objets de pouvoir et objets fétiches de protection, « ce que l’on appelle ici, plutôt péjorativement, des “grigris” », précise la galeriste. Le torfan, serpent mythique à plusieurs têtes dont la force se matérialise dans le métal, est au cœur de la culture gan. Son pouvoir de protection, proportionnel au nombre de têtes qu’il arbore, explique son omniprésence. D’une part sur les objets usuels, portés sur le corps par le commun des Gan (pendentifs, bracelets et chevillières). D’autre part sur les objets de rite et de pouvoir (imposants torques, bracelets et cloches) présentant d’importantes patines de terre. Systématiquement enfouis, ces derniers n’étaient déterrés que lors de cérémonies officielles.

Complexité des motifs
La qualité première de ces objets provient de leur grande harmonie stylistique. Le motif ondulé orne chaque pièce (spirales – symbole d’éternité qui serait un signe d’appartenance à la famille royale –, arabesques et torsades) et leur confère une énergie décelable. Inspirée par le mouvement ondulatoire du serpent (et peut-être de sa peau ?), la complexité des motifs permet au sujet d’être réinventé et non pas copié : chaque pièce est unique.
Le peuple gan cultivant l’art du secret, l’étude des bronzes en est encore à ses premiers balbutiements. Aussi, Maine Durieu est-elle réservée sur les dates et les attributions. Ayant peu évolué
depuis le XIVe siècle, le style n’est pas garant de la datation des pièces, comme peut l’être une analyse scientifique. Restent quelques indices visibles à l’œil nu : l’état général, l’oxydation (verte, grise de marron ou bleue) et la patine.
Cette exposition a obtenu l’aval du gouvernement burkinabais. Mahamoudou Ouedraogo, le ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, en signe la préface du catalogue.
Ces pièces pourront intéresser le collectionneur de bronze qui « découvre quelque chose qu’il n’a pas et qui fait tout pour l’obtenir », ainsi que l’amateur, empreint à une nouvelle passion, aidé en cela par des prix démarrant à 300 euros. D’ores et déjà, l’exposition remporte un réel succès : deux semaines après le vernissage, un bon tiers des pièces avaient déjà trouvé preneur...

BRONZES GAN, LA SPIRALE DU SERPENT

Jusqu’au 10 mai, Galerie Maine Durieu, 57, quai des Grands-Augustins, 75006 Paris, tél. 01 43 26 82 52, tlj sauf dimanche et lundi, 14h-19h. Catalogue, éditions Sépia, 128 p., ill. couleurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°214 du 29 avril 2005, avec le titre suivant : La noblesse du bronze gan

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