La haute joaillerie à la Biennale

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 26 juin 2014 - 818 mots

En exclusivité, les joailliers ont accepté de présenter à L’Œil quelques-uns des bijoux d’exception qu’il présenteront en septembre au sein de la Biennale des antiquaires. Ou comment leurs pierres précieuses ont décroché les étoiles du Grand Palais.

Pour sa 27e édition, en septembre prochain, la prestigieuse Biennale des antiquaires déroule aux joailliers un tapis rouge plus long que jamais. Et pour cause, sous la verrière du Grand Palais, ils seront quatorze – contre dix l’an dernier – à exposer leurs pièces uniques. Alexandre Reza, David Morris, Graff Diamonds et Giampiero Bodino y rejoignent ainsi Boucheron, Bulgari, Cartier, Chanel, Chaumet, Christian Dior, Piaget, Siegelson, Van Cleef & Arpels et le Chinois Wallace Chan. Car la Biennale des antiquaires, fondée en 1962 par des antiquaires désireux d’aller au-delà des murs de leurs galeries, est devenue l’événement phare de l’univers de la haute joaillerie. Étonnant ? Non, si l’on considère que l’arrivée des joailliers de la place Vendôme et de la rue de la Paix dans la Biennale remonte à 1964. « La joaillerie française est unique par son excellence : la hauteur de son exigence fait qu’elle rivalise avec l’ébénisterie du grand siècle », explique Pierre Rainero, directeur de l’image et du patrimoine de la maison Cartier. Pourtant, la montée en puissance des joailliers au sein de la Biennale semble récente. Un effet du retour de la Biennale au Grand Palais ? Sans doute. Au Carrousel du Louvre, entre 1994 et 2004, les joailliers étaient sis à l’étage. L’espace du Grand Palais redistribue donc les cartes. En 2012, sous sa verrière, Cartier pouvait ainsi s’offrir le luxe d’un espace de 250 m2 pour présenter près de 150 pièces…

Mais cet essor tient aussi à des raisons plus profondes, économiques et culturelles. « La haute joaillerie a une dimension créative de plus en plus marquée. Le secteur a retrouvé un souffle qu’il avait perdu dans les années 1980, quand les maisons, encore familiales, avaient moins de moyens pour investir », explique Nicolas Bos, président et directeur international de Van Cleef & Arpels. De plus, les expositions liées à la haute joaillerie – comme celles de Cartier au Petit Palais en 1989, puis au Grand Palais en 2013 – se sont multipliées. Les arts décoratifs, jadis dépréciés, ont pris de l’importance au sein des arts. Enfin, de grandes collections de joaillerie sont apparues sur le marché. Si bien qu’aujourd’hui, l’émulation entre les maisons est plus forte que jamais…

Dior, comme un défilé haute couture
Un plissé d’émeraudes et de diamants, une jupe de saphirs roses et violets et de grenats… « J’ai voulu créer chaque pièce comme les robes que Dior pensait en architecte, comme si les bijoux étaient des tissus sculptés, volantés, plissés, ceinturés, drapés… », explique la créatrice Victoire de Castellane au sujet de sa collection pour la Biennale. Pour ce bracelet, elle s’est inspirée de la ligne Corolle du tout premier défilé de Christian Dior, en 1947, et de son tailleur « Bar » – iconique du « new look » -et de ses « femmes-fleurs aux bustes épanouis, aux tailles fines comme des lianes et aux jupes larges comme des corolles », dixit le couturier.

Cartier, jeune fille à la perle… royale
Chez Cartier, les pierres d’exception seront à l’honneur. Cette perle rare, montée en un collier qui par un mécanisme subtil peut se transformer en diadème, a appartenu à la princesse Mary, tante d’Elisabeth II – certains supposent même qu’elle avait été en la possession de Maria Fedorovna, mère du tsar Nicolas II. Avec son orient argenté, sa forme en poire, elle est sans doute l’une des plus belles perles connues. « C’est la pierre qui détermine le dessin : le collier doit la révéler », insiste Pierre Rainero, responsable du département des pierres d’exception.

Boucheron, une pièce historique

Ce bracelet Boucheron, présenté par le bijoutier américain Siegelson spécialisé dans les bijoux anciens d’exception, a été créé pour l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925. Cette pièce unique, qui combine géométrie et couleurs vives, est emblématique du style Art déco le plus pur. Après l’exposition de 1925, ce bracelet, composé de 573 diamants et d’émail, serti de douze rubis, dix saphirs et neuf émeraudes, a été vendu au salon de Boucheron à Londres, et probablement acheté par la mère de la comtesse Moira Rossi di Montelera – fille du 8e comte de Granard, en Irlande – à qui il a appartenu.

Van Cleef & Arpels, il était une fois…
 
Raconter Peau d’Âne avec des bijoux… C’est ce que propose Van Cleef & Arpels à travers sa collection d’une centaine de pièces uniques, inspirées du film de Jacques Demy et des gravures de Gustave Doré. Par son émeraude et sa spirale soulignée de diamants, cette bague évoque les formes gourmandes et légères du gâteau d’amour que Catherine Deneuve, pardon Peau d’Âne, vêtue de sa robe couleur du soleil, prépare pour le Prince, et dans lequel elle glisse sa bague…

« Biennale des antiquaires »

Du 11 au 21 septembre 2014, Grand Palais, Paris-8e. www.sna-france.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°670 du 1 juillet 2014, avec le titre suivant : La haute joaillerie à la Biennale

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