Mardi 11 décembre 2018

La galerie Vallois expose Armand-Albert Rateau

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 septembre 2004 - 731 mots

La galerie Vallois présente à la Biennale un ensemble de meubles d’Armand-Albert Rateau conçus pour l’hôtel particulier parisien de Jeanne Lanvin. Émotions garanties.

Est-il encore possible de surprendre après l’ensemble d’Eileen Gray réuni en 2000 ou les menus plaisirs en céramique et en ivoire subtilement agencés dans l’écrin de François-Joseph Graf en 2002 ? Eh bien oui, répond la galerie Vallois, coutumière de telles prouesses. Le choc cette fois est de taille puisque le couple a réuni une quinzaine de meubles et d’objets réalisés entre 1920 et 1922 par Armand-Albert Rateau pour l’hôtel particulier de la styliste Jeanne Lanvin au 16 rue Barbet de Jouy. Une collection que convoitait depuis cinq ans la pugnace Cheska Vallois, qui au demeurant a vu transiter entre ses mains les 2/3 de la production de Rateau. Dès 1986 lors de leur première Biennale, le couple avait présenté un lampadaire et une coiffeuse de ce créateur hors norme et confidentiel.
Ni ébéniste, ni fonctionnaliste, inclassable comme l’était dans son genre Carlo Bugatti, Rateau excelle dans l’emploi de l’ornement, joue sur la complexité du détail, à une époque où la rigueur fonctionnaliste diffuse ses mots d’ordre. « Il a toujours fait cavalier seul. Dans les journaux de l’époque, il n’y avait quasiment aucune ligne sur lui. Sans démarche publicitaire, il a meublé toute l’aristocratie internationale », explique Cheska Vallois. Sa touche reste identifiable : formes nerveuses, motifs zoomorphes, inspiration baroque nourrie aussi bien du répertoire étrusque que de la culture assyrienne. « Rateau nous livre une filiation plus manifeste, celle qui relie Les Orientales de Hugo aux Poèmes barbares de Leconte de Lisle, les Odalisques d’Ingres au Sardanapale de Delacroix, le sentiment romantique de l’Orient. Et s’il est Art déco par son luxe et sa liberté d’inspiration, sa propension à utiliser le meuble comme support pour l’expression d’un sentiment personnel en fait l’un des représentants du romantisme dans l’art décoratif, à l’instar des créateurs de la fin du siècle dernier », écrivent Franck Olivier-Vial et François Rateau dans la monographie consacrée à Rateau.
La complicité intellectuelle et esthétique qui liait Jeanne Lanvin et Rateau était toute particulière. « Ils parlaient la même langue » écrivit un jour une critique d’art. Tout en aménageant l’hôtel particulier de la rue Barbet de Jouy et sa maison du Vésinet, le créateur est associé aux activités de Jeanne Lanvin au sein de Lanvin Décoration. Les amateurs connaissent la donation faite par le prince de Polignac au musée des Arts décoratifs en 1965. La salle de bain, la chambre et le boudoir ainsi reconstitués donnent le ton fantasque mais mâtiné de classicisme de Rateau.
Dans l’ensemble mis en scène par la galerie Vallois à la Biennale, le visiteur va de découvertes en diversions, certaines pièces n’ayant jamais été vues ou reproduites.
Au détour d’un salon composé d’un canapé et de fauteuils dotés d’accoudoirs en forme de cygne, on s’attarde sur un meuble émouvant, la table à dessin personnelle de Jeanne Lanvin. Deux paires de chenets en forme de félins, trois grands lampadaires aux oiseaux aux détails d’un raffinement absolu et un salon de jardin en bronze complètent l’ensemble.
« Voilà vingt ans, le marché de Rateau était inexistant », se rappelle Cheska Vallois qui avait acquis en 1982 une coiffeuse pour 100 000 francs. En décembre 1994, la vente organisée chez Tajan de plusieurs pièces issues de la famille de Rateau marque le début de la consécration. À cette occasion,
une commode en bois doré obtient 3,3 millions de francs. Une lampe en albâtre soutenue par trois petits fennecs en bronze se vend 390 000 francs. Le 20 mai 2003, Christie’s cédait deux autres exemplaires de cette lampe pour 261 250 et 272 250 euros ! Un petit lampadaire aux oiseaux, que Cheska Vallois vend pour 700 000 francs en 1986, s’envole pour 4,1 millions de francs en 1999. La palme revient à un fauteuil en bronze modèle 1793 qui d’année en année observe une plus-value. Ce siège décroche la palme en juin dernier avec le prix record de 970 700 dollars payé par la galerie new-yorkaise DeLorenzo chez Christie’s. Commandé par George et Florence Blumental,
ce fauteuil avait été mis en vente par le Headley-Whitney Museum (Kentucky). Trois sièges similaires issus de ce musée avaient obtenu 398 500 et 640 500 dollars le 10 décembre 1998 et enfin 666 000 dollars chez Christie’s. Le prix de la rareté et de l’envoûtement.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°561 du 1 septembre 2004, avec le titre suivant : La galerie Vallois expose Armand-Albert Rateau

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